Cambodge : les villages participent à l'élaboration d'une stratégie nationale

14 février 2011

Phnom Penh – Dans les villages du Cambodge, les conseillers locaux et les membres des communautés informent les responsables du gouvernement des mesures qui seraient les plus à même de répondre à leurs besoins élémentaires. Ils organisent à cet effet des réunions publiques qui s’avèrent déterminantes pour faire aboutir les efforts du gouvernement pour hausser le niveau de vie de la population.

Ces rencontres font partie d'un projet de six ans de soutien à la gouvernance locale, qui est cofinancé par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et l'Union européenne (UE). Dans le cadre de ce projet qui devrait se terminer en 2011, des forums ont été organisés dans les huit régions du Cambodge, couvrant ses 23 provinces, la capitale et plus de 70 districts.

« Une meilleure gouvernance locale implique de tenir compte de l’offre et de la demande en matière de mécanismes de responsabilité ainsi que la capacité des responsables gouvernementaux à être plus réactifs aux besoins des résidants locaux », a déclaré Patrick Duong, coordonnateur du projet du PNUD/UE de Renforcement de la gouvernance locale démocratique et décentralisée au Cambodge. « Ces forums offrent aux citoyens et aux conseillers l’occasion d’exprimer de vive voix leurs préoccupations et leurs besoins en matière de services aux représentants des autorités locales et nationales. Ils ont grandement contribué à renforcer la démocratie au niveau communautaire et améliorer la vie des gens au Cambodge », a-t-il ajouté.

En juillet 2010, des villageois de la province sud-ouest de Preah Sihanouk ont bravé des pluies torrentielles pour participer à une réunion de planification communautaire. Lors de cette rencontre, ils ont mis en avant des projets de construction et d’amélioration des écoles, des routes, des puits et des latrines.

« Quelles que soient vos suggestions ou les préoccupations ou les projets de développement locaux qui vous sont chers, levez la main et parlez en toute liberté », a déclaré le conseiller Yoan Chhieng devant une assemblée de 35 hommes et femmes. « Comme nous élaborons en ce moment un plan de développement communautaire pour 2011, nous voulons entendre ce que les gens ont à dire », a-t-il expliqué.

Dans la commune de O’Chrov d’où M. Chhieng est originaire, seules 10 pour cent des 1 000 familles qui y vivent ont accès à des latrines. Il y a un seul dispensaire, qui dessert aussi les communes environnantes, soit 2 000 familles au total. M. Chhieng insiste sur le fait que l’implication des villageois est essentielle pour développer la confiance et la compréhension réciproques.

Partout au Cambodge, les réunions communautaires comme celles-ci aident à décentraliser la prise de décision et à mieux identifier les besoins réels des résidants locaux. Sur la base des informations et des préoccupations collectées, les autorités peuvent à présent établir les priorités et planifier de manière plus efficace.

Le processus de décentralisation encourage ainsi une approche ascendante pour identifier les besoins en matière de développement. Ces derniers peuvent alors en retour être traités par le biais de décisions descendantes prises à l’échelon des districts administratifs, divisés en communes et en quartiers (sangkat), ces derniers étant eux-mêmes formés de villages.

Malgré les progrès économiques significatifs enregistrés durant la décennie précédente, le Cambodge est toujours lourdement tributaire de l’aide externe pour son développement. Dans les campagnes, on n’a toujours pas accès aux premières nécessités telles que les routes, l’eau potable ou l’assainissement.

« Nous sommes soucieux de répondre à ces besoins, nous ne pouvons pas simplement laisser ces questions à la charge du chef de la commune », a indiqué Mme Heng Vipheak, une habitante de 48 ans du village de Ream, située à 35 km de O’Chrov. « Il se peut que le chef de la commune ait une dizaine de bonnes idées pour appuyer le développement du village, mais nous, les habitants, pouvons en avoir bien plus », a-t-elle conclu.

La liste des revendications et des attentes qui se font jour durant les réunions communautaires est généralement assez longue. Les responsables locaux doivent suivre plusieurs étapes avant d’être prêts à présenter leurs projets et solliciter les financements nécessaires auprès du gouvernement central, des partenaires du développement et des organisations non gouvernementales.

Même avant de garantir la disponibilité des fonds, l’établissement d’une relation solide avec les communautés locales a constitué une étape clé dans la réforme de la gouvernance locale, afin de mettre en œuvre ces projets de manière efficace.

Le plan de développement stratégique national du gouvernement cambodgien (2006-2010) et sa réactualisation pour la période de 2009 à 2013 reconnaît que la décentralisation des forces politiques et de l’autorité administrative sont des préalables à la réduction de la pauvreté.

En 2003, le Cambodge a défini des jalons nationaux pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement. Ces derniers visent, entre autres, à réduire de moitié les niveaux de la pauvreté et la faim d’ici 2015.

Le PNUD appuie la décentralisation au Cambodge et les réformes allant dans ce sens depuis 1993, lorsqu’il a aidé au rapatriement, à la réinstallation et la réintégration des réfugiés des camps à la frontière avec la Thaïlande.