Enjeux de la mesure du développement humain en Afrique

30 novembre 2010

Du 22 au 25 novembre, le gouvernement du Mali a été l’hôte, avec le PNUD, d’une conférence internationale sur le développement humain et les objectifs du Millénaire pour le Développement.

L’importance capitale des statistiques pour évaluer le développement humain a été un point clé de la deuxième journée de travaux.

La problématique de conciliation des données nationales et des données internationales en matière d’indicateurs OMD a été exposée. En effet, d’après une étude de  l’Observatoire Economique et Statistique d’Afrique Subsaharienne (AFRISTAT), la mise en place de véritables  bases de données dans certains pays (Cameroun, Niger, Mali, etc), ne résout pas encore  les problèmes liés à  la qualité des indicateurs, au degré de comparabilité des statistiques des pays, à l’harmonisation nécessaire des méthodologies et des nomenclatures.

Des écarts apparaissent notamment entre les systèmes nationaux et le système statistique au niveau des Nations Unies au niveau de la mise à jour et de  l’interprétation des données, la difficulté de produire certains indicateurs (comme l’émission de CO²), ou les sources. Des pistes de solutions sont proposées.  Responsabiliser les acteurs dans la production d’indicateurs OMD précis, développer une culture de la qualité des données, renforcer la chaîne de production des données, favoriser un calendrier unique de production et de diffusion, enfin, trouver un accord sur des sources uniques et un consensus sur l’adoption des méthodes.

Un cas typique  au Sénégal mérite d’être relevé :  s’agissant de l’OMD 1 «  Eliminer l’extrême pauvreté et la faim », les chiffres diffèrent au niveau national et au niveau mondial parce que l’Indicateur 5 (proportion de la population n’atteignant pas le niveau minimal d’apport calorique) est renseigné pour deux années au niveau national (22,3% en 1996 et 53,9% en 2000) contre trois années au niveau des statistiques des Nations Unies (23% en 1991, 25% en 1996 et 23% en 2002). On voit qu’il  y a 2 catégories d’écarts entre les deux bases : différences de valeurs en 1996, et différences de niveau d’information. AFRISTAT recommande entre autres solutions le leadership des systèmes nationaux et  la prise en compte d’une seule base de données pour les publications des rapports.

La présentation de quelques dispositifs statistiques nationaux a fait apparaître les difficultés, enjeux et défis de la mesure du développement humain dans les pays. Il y a certes une vraie volonté politique d’intégrer le développement humain dans les programmes nationaux, et des initiatives existent, mais les systèmes nationaux de statistiques rencontrent des problèmes liées à la planification des opérations des collectes, à la fiabilité des données,  à la coordination des services statistiques, à la collaboration des services dans la production des données, aux méthodes de récolte des données et au gap d’information avec le service des Nations Unies ainsi que le peu de formation des cadres.

Une seconde partie des travaux a été consacrée à l’analyse de quelques thématiques liées au développement humain en Afrique : la sécurité alimentaire, la gouvernance, politiques sociales, le VIH SIDA, l’environnement, le genre et enfin le développement durable.

Selon le projet de rapport sur la sécurité alimentaire et le développement humain en Afrique à produire par le bureau régional Afrique du PNUD, les liens entre la sécurité alimentaire et le développement humain sont avérés. Au cours des années précédentes,  on a pu constater que la croissance rapide du continent s’est accompagnée de la baisse de la pauvreté. Mais la stagnation de la production agricole conduit à un progrès lent et au retour de la faim. La raison en est entre autres le choix que font les agriculteurs (privilégiant des profits immédiats mais à rendement plus faibles), le défaut d’assurance sociale des paysans ou encore la saisonnalité des prix alimentaires.

On note avec l’économiste principal du PNUD Mali, que les défis de la gouvernance sont relevés  en Afrique à des degrés divers : une amélioration certaine de la gouvernance politique avec des avancées démocratiques évidentes, aussi bien au niveau de la perception des citoyens que des actions concrètes (élections libres , renouvellement des parlements ou lutte contre la corruption), une gouvernance économique en progrès (constance des niveaux de croissance  désendettement et amélioration du climat des affaires) mais une réduction peu significative de la pauvreté et un problème persistant de répartition des revenus. Par ailleurs, le développement durable n’est pas encore considéré comme une urgence par les gouvernements. On salue néanmoins un certain nombre d’orientations novatrices, comme le soutien aux médias libres, les espaces d’interpellation démocratique, et une réelle gouvernance de l’aide (modalités, flux et affectations).

Les échanges ont ensuite porter sur l’impact des politiques sociales sur la production des richesses et le développement humain, l’évolution des indicateurs dans la mesure genre, les conséquences importantes que peuvent avoir des maladies comme le VIH Sida sur les efforts de développement et, l’importance croissante que prendra la donnée environnementale dans les prochaines années.

Un mot enfin a été dit sur la notion de durabilité du développement (ou « soutenabilité » selon les écoles), les difficultés de sa prise en compte dans les mesures du développement humain sur le long terme, sa portée et l’adaptation nécessaire des institutions actuelles pour l’intégration réussie de ce concept.