Dans le nord du Ghana, 10 chevaux-vapeur contre la pauvreté

22 avril 2010

La cohérence des politiques nationales de réduction de la pauvreté et la constance de leur application sont les principaux facteurs de leur succès au Ghana.

Tamale (Ghana), le 14 avril 2010 — Amadu Mahama s’est employé ces 20 dernières années à apporter des services énergétiques modernes aux habitants de Tamale, sa ville natale, située dans le nord du Ghana. Il n’a jamais douté du fait que l’accès à ces services est la clé de la réduction de la pauvreté, tout particulièrement en milieu rural où seuls 17 % de la population, estime-t-on, sont reliés au réseau électrique national. 

En général, les femmes et les hommes avec lesquels il a travaillé devaient tout faire manuellement et ne disposaient donc d’aucun temps de loisir. Les filles, qui ainsi que les femmes sont traditionnellement chargées des tâches ménagères, devaient souvent rester à la maison pour aider leur mère à moudre et à traiter les céréales. Et puis en 2005, un groupe d’organisations non gouvernementales locales, New Energy, SEND-Ghana, WACSO et KITE, a introduit les plates-formes multifonctionnelles avec l’appui du PNUD, dans le cadre d’un projet de trois ans. Pour les habitants des cinq districts où M. Mahama travaille, c’était un don du ciel. 

Les plates-formes multifonctionnelles, les PMF comme on les appelle communément, consistent en un moteur diesel de 10 chevaux monté sur un châssis et auquel peuvent être raccordés divers dispositifs de traitement, tels qu’une râpe à manioc ou une presse à huile. Elles peuvent également charger des batteries, alimenter une pompe à eau et fournir de l’électricité à jusqu’à 200 ampoules. Elles sont bien établies au Mali voisin, grâce à une initiative du PNUD et de l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI) lancée dans les années 1990, aujourd’hui vieille de 10 ans. Le PNUD a également travaillé avec la Fondation Bill et Melinda Gates en 2007 pour fonder 600 agro-entreprises rurales, dotées de MFP, au Burkina Faso, au Sénégal et au Mali. Une plate-forme coûte environ 5 000 dollars. 

« Il y a un rapport direct entre l’énergie et la pauvreté, note Amadu Mahama. Nombreuses sont les femmes qui ont vu leur revenu mensuel passer de 30 dollars à 120 dollars du fait de l’augmentation de la production agricole. »
Charles Kitindo, agriculteur de 49 ans du district de Nanumba-Nord, n’avait jamais pensé qu’il pourrait un jour faire des cultures commerciales. Il passait tout son temps à travailler avec ses deux épouses pour faire marcher leur exploitation familiale. Après avoir installé une PMF dans leur ferme, leur revenu s’est accru et ils ont de la nourriture chez eux car ils peuvent à présent traiter les céréales sans avoir à se rendre jusqu’au moulin. Cela leur donne aussi davantage de temps à consacrer à leur 12 enfants, dont 7 sont scolarisés. 

M. Kitino signale que les gens viennent à présent jusqu’à son village pour y acheter du gari, du tapioca et de la pâte de manioc en raison de la haute qualité des produits. Il a l’intention d’étendre ses champs de manioc de 2 hectares, dit-il, et d’accroître sa production d’ignames du simple au double : de 8 000 à 16 000 buttes.
Selon le service national de la statistique, le taux de pauvreté du Ghana est passé de 51,7 % en 1992 à 28,5 % en 2006. La proportion de gens vivant dans la pauvreté extrême a également diminué de moitié au cours de la même période, passant de 36 % à 18 %. 

« Cela montre que le Ghana a la capacité d’atteindre le premier objectif », dit Akua Dua-Agyeman du PNUD-Ghana, en faisant allusion au 1er objectif du Millénaire pour le développement qui est l’élimination de la pauvreté extrême et de la faim.

Le Gouvernement ghanéen a intégré les OMD dans son cadre national de développement, qui a définit les activités du programme socioéconomique mis en œuvre dans le pays. Le gouvernement possède tous les projets appuyés par le PNUD et en dirige la conception et l’exécution; il mène par ailleurs des évaluations annuelles des progrès de la réalisation des OMD. La cohérence des politiques nationales de réduction de la pauvreté et la constance de leur application sont les principaux facteurs de leur succès, explique Mme Dua-Agyeman.

Malheureusement, tous les Ghanéens n’ont pas bénéficié des progrès de manière égale. L’incidence de la pauvreté reste plus grande en milieu rural et plus de la moitié des gens extrêmement pauvres vivent dans le nord du Ghana. Afin de remédier aux déséquilibres du développement entre les trois régions septentrionales les plus pauvres et le reste du pays, le gouvernement applique des politiques qui ciblent spécifiquement ces régions.

Le gouvernement s’est également attaché à accroître l’autonomie des 170 districts du pays. Plusieurs districts du nord, tels que ceux de Savalugu-Natom, de Tamale, de Salaga et d’Atebubu Amanten, reconnaissent les avantages des plates-formes multifonctionnelles et assument la responsabilité de renforcer les services de PMF pour les communautés.

« Ce qui est difficile pour moi, c’est de ne pas pouvoir répondre à la demande croissante de plates-formes de la part des communautés et des particuliers, dit M. Mahama. Et je sais qu’elles peuvent faire une différence. C’est une simple question de ressources. »