Thaïlande : rompre le silence sur les violences domestiques

23 mars 2010

Personnalité de la télévision, experte en droit constitutionnel et ancienne Miss Thaïlande, Khun Areewan a toujours été le symbole du glamour et de la réussite.

Mais comme on le sait de plus en plus, elle a été victime de violences conjugales, et en tant que telle, elle est devenue un symbole de force et de défi.

« Dès le plus jeune âge, j’ai été élevée dans une structure familiale thaïlandaise où la femme n’est pas l’égale de l’homme, explique-t-elle. Mon petit ami voulait qu’on se marie. Je l’ai présenté à mes parents. C’est alors qu’il a commencé à me battre. À l’époque, je croyais que c’était sa façon de m’aimer. »

Elle a subi ses mauvais traitements pendant des années. Comme beaucoup de femmes dans la même situation, elle lui trouvait des excuses. Mais un jour, elle a trouvé le courage de le quitter.

« J’ai compris que j’étais victime de violences conjugales. C’est comme ça que j’ai commencé à m’intéresser aux questions féminines. »

Pendant qu’elle s’en remettait, elle a découvert que d’innombrables femmes avaient subi les mêmes épreuves. C’est alors qu’elle a décidé de raconter publiquement son histoire. Autorités, partis politiques, associations de femmes, magazines, télévision… partout où elle pouvait s’exprimer, elle le faisait.

Son militantisme, sa volonté d’être un porte-parole expliquent en partie la vague de soutien qui a permis à la Thaïlande de passer sa première loi en faveur des victimes de violences domestiques.

La violence domestique est un crime à présent. Les femmes qui en sont victimes peuvent traîner leurs agresseurs devant les tribunaux. Au cours des trois dernières années, le Programme des Nations Unies pour le développement et d’autres agences des Nations Unies ont collaboré avec le gouvernement royal thaïlandais pour faire appliquer la loi. Cela comprend la création d’un système de suivi et de rapports et le lancement de campagnes d’information sur la violence domestique.

La participation de femmes comme Khun Areewan est essentielle pour que d’autres y trouvent la force de dénoncer les maltraitances et de chercher un soutien.

« La première chose à faire, c’est de changer la structure de la société thaïlandaise, explique Mme Areewan. On considère encore que les hommes se situent à un niveau plus élevé. »

Le nombre de dénonciations de cas de violence à l’égard des femmes et des enfants est passé de 11.542 en 2005 à 13.550 en 2006. D’après le Centre de crise à guichet unique du ministère de la Santé publique, on a rapporté plus de 19.000 cas de maltraitance à l’égard des femmes et des enfants en 2007, dont 80 pour cent relevaient de la violence conjugale. Les maris, amants ou parents forment la majorité des auteurs de violences domestiques, souvent sous l’influence de l’alcool ou de la drogue.

Khun Nareerat offre un soutien aux femmes battues depuis 1998 : suivi psychosocial, conseils juridiques, un endroit où dormir, voire un repas chaud.

« Au cours des deux dernières années, nous avons travaillé avec diverses organisations dans de nombreuses provinces, et nous nous rendons compte que les gens sont au courant de la loi sur la violence domestique, mais que son application rencontre de nombreux obstacles », dit Mme Nareerat.

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Elle ajoute que même si on rapporte de plus en plus de cas à la police ou dans les hôpitaux, il reste beaucoup à faire pour accroître la capacité des autorités à réagir efficacement.

Pour lutter dans les faits contre la violence à l’égard des femmes (et contre des relations de pouvoir inégales entre les deux sexes), il est crucial d’aborder aussi les inégalités entre les sexes.

« Les femmes jouent un rôle majeur dans l’économie thaïlandaise et la Thaïlande s’est souvent engagée en faveur de l’égalité hommes-femmes. Pourtant, ces dernières n’ont pas toujours un statut correspondant à leur rôle au sein de la société », constate Gwi-Yeop Son, coordonnatrice résidente des Nations Unies et représentante résidente du PNUD en Thaïlande.

Maintenant que la loi pénalisant la violence domestique a été votée et que des femmes comme Khun Areewan continuent de parler publiquement du problème, il n’est plus possible d’ignorer la violence domestique en Thaïlande.


 



Lutter contre la violence et les inégalités, autres ressources (en anglais) :PNUD Thailande:
http://www.undp.or.th/

Base de données sur le statut des femmes en Thaïlande:
http://www.undp.or.th/newsandevents/2008/news_20080603.html