Prise de conscience au Rwanda

Rwanda

Pasteur dans le nord du Rwanda, Emmanuel  s’était toujours cru un mari modèle, jusqu’ à ce qu’un jour, après avoir participé à un programme de sensibilisation à la violence sexospécifique dans sa communauté, il se rende compte qu’il en allait tout autrement et qu’il avait même été, envers sa femme, d’une violence qui lui  faisait enfreindre la loi.

« Lorsque j’ai appris que mon comportement était inadmissible, j’ai changé », raconte-t-il. « Et j’ai promis de faire part de ce que j’avais appris aux autres hommes de ma communauté et d’ailleurs ».

A retenir

  • L’examen des procès-verbaux en matière de violence sexospécifique fait état de 428 cas d’agression physique, 307 cas de viols de personnes adultes, 1652 cas de viol d’enfants âgés de moins de 18 ans, et 75 cas d’homicide domestique.
  • Les inégalités sexospécifiques sont profondément inscrites dans la culture.
  • En 2009, le Parlement adopte la Charte relative à la violence sexospécifique.

Au Rwanda, un Centre de lutte contre la violence sexospécifique parrainé par l’ONU  et situé dans les locaux de la police nationale, fournit un soutien juridique et psychosocial aux victimes et s’emploie à sensibiliser le public et surtout les hommes, à la violence envers les femmes. Ce programme, administré conjointement par le Gouvernement du Rwanda et l’ONU, et soutenu par le PNUD, s’inscrit dans le cadre du programme de l’ONU « Unis dans l’action ».

Le programme sensibilise également les agents de police à la violence sexospécifique.

« En tant que responsables des enquêtes sur les cas de violence sexospécifique et domestique, les agents de police doivent comprendre le sens des inégalités entre les sexes et de la violence sexiste », explique Violet Kaberanze, consultante au Centre, qui dirige aussi un service d’assistance téléphonique. « Cela leur permet d’écouter les victimes, d’assimiler la violence perpétrée à l’égard des femmes à un problème ayant trait à la sécurité ainsi qu’aux droits de l’homme, et de faire preuve de compassion envers ces victimes-mêmes ».

L’un des premiers cas rapportés au Centre concernait une mère ayant découvert que sa fille de 14 ans avait été violée à de nombreuses reprises par son tuteur. Ne sachant vers qui d’autre se tourner, la mère a contacté l’administrateur d’un programme de l’ONU, qui l’a dirigée vers le Centre de lutte contre la violence sexospécifique situé dans les locaux de la police nationale.

Sa mise en place fait suite aux avancées historiques enregistrées au Rwanda en matière de droits des femmes, avec notamment, en 2009, l’adoption par le Parlement de la Charte relative à la violence sexospécifique. Cette charte, qui a également bénéficié du soutien d’agences de l’ONU, définit la violence sexospécifique et préconise sa prévention au moyen de campagnes éducatives ainsi que de sanctions pénales infligées aux auteurs de tels actes.

« Ici, qu’il s’agisse d’une femme ou d’une jeune fille victimes de ce type de violence, elles se voient offrir la possibilité de voir leur cas faire l’objet d’une enquête et de voir les auteurs de ce type de violence être poursuivis en justice », précise Kaberanze.

L’examen des procès-verbaux dressés entre janvier et septembre 2008 en matière de violence sexospécifique, fait état de 428 cas d’agression physique, 307 cas de viols de personnes adultes, 1652 cas de viol d’enfants âgés de moins de 18 ans, et 75 cas d’homicide domestique. Plus de 400 cas de viol et d’abus sexuel ont fini devant les tribunaux durant la première moitié de 2008. Dans 68 pourcent de ces cas, les coupables ont été condamnés, tandis que dans 32 pourcent des cas, ils ont été acquittés. Le Centre de lutte contre la violence sexospécifique a aidé à mener les enquêtes portant sur ces cas et à garantir l’accès aux preuves lors des procédures judiciaires.