Ouganda : les femmes s'organisent pour lutter contre la corruption

women in Uganda discussing land rights
Les membres d'une association militant pour la reconnaissance des droits fonciers des femmes à Budondo, en Ouganda. ©Joyce Nangobi/PNUD Ouganda

En 2003, Joyce Nangobi a failli perdre son logement. À Jinja, en Ouganda, le terrain sur lequel elle vivait devait être vendu à des entreprises manufacturières payant de faibles salaires, et Joyce et ses voisines allaient se retrouver sans rien.

Les habitantes de la ville n’avaient ni les ressources nécessaires pour acheter leur parcelle, ni les titres de propriété officiels qui, s’ils avaient été à leur nom, leur auraient permis d’obtenir un prêt pour construire sur leurs terres. Sans documents juridiques attestant de leurs droits fonciers, elles vivaient dans la crainte permanente d’une éviction.

À retenir

  • En Ouganda, un collectif de femmes affectées par l’absence de droits fonciers s’efforce de mobiliser les membres de la communauté, de faire œuvre de sensibilisation et de surveiller la corruption dans le processus de délivrance des titres de propriété.
  • Grâce à cette initiative, plus de 150 femmes ont été en mesure de soumettre les documents nécessaires pour recevoir des titres de propriété authentiques.
  • Le collectif est financé et appuyé par la Commission Huairou et le Programme mondial anti-corruption du PNUD.
  • Une étude conjointe du PNUD et de la Commission Huairou a permis de mobiliser plus de 2 300 individus et former 500 personnes aux stratégies de responsabilisation sociale dans des pays comme le Brésil, le Népal, le Nicaragua et les Philippines.

« Le pire scénario pour nous, en tant que femmes, c’est la corruption omniprésente dans la délivrance des titres de propriété, nous explique Joyce. Nous sommes passées de bureau en bureau et lorsque nous sommes arrivées à un stade où il nous fallait des copies authentiques, l’un des fonctionnaires du bureau du cadastre nous a demandé de l’argent, par exemple 100 000 shillings ougandais par personne (environ 37 dollars). Il a promis de nous apporter les documents dans les quinze jours, mais à l’heure où je vous parle, nous n’avons encore rien reçu. »

Pour surmonter ces obstacles, Joyce et ses compagnes ont formé l’Initiative des femmes des bidonvilles pour le développement (dont l’acronyme anglais est SWID), un collectif de résidentes affectées par l’absence de droits fonciers.

Le SWID applique les Initiatives sur la transparence et la responsabilisation, qui s’efforcent d’améliorer les prestations de services et la gouvernance locale en mobilisant les femmes des petites communautés et en s’occupant du suivi et de la sensibilisation aux menaces que la corruption fait peser sur la délivrance des titres de propriété.

En 2012, le SWID a participé à une étude conjointe du PNUD et de la Commission Huairou qui décrit avec précision l’impact de la corruption sur la vie quotidienne des femmes, ainsi que les stratégies adoptées par celles-ci pour lutter avec succès contre ce phénomène. Ce travail a mobilisé plus de 2 300 individus au sein des communautés et formé 500 personnes aux stratégies de responsabilisation sociale dans des pays comme le Brésil, le Népal, le Nicaragua ou encore les Philippines. 

Suite aux conclusions de cette étude, le Programme mondial anti-corruption du PNUD et la Commission Huairou ont commencé à collaborer avec le SWID. Ils lui ont accordé une subvention de départ ainsi qu’une aide technique pour l’Initiative sur la transparence et la responsabilisation.

Joyce explique qu’au début, les responsables locaux se méfiaient de l’agenda du SWID dans le secteur foncier. Avec les autres membres de l’association, elle s’est trouvée bloquée au départ non par la corruption officielle mais par le manque d’informations sur la façon d’obtenir les titres de propriété.

Après des réunions avec les membres de la communauté pour leur expliquer le processus, les habitantes de Jinja ont formé des groupes qui se sont rendus dans les bureaux municipaux et régionaux du cadastre et elles ont soumis leurs formulaires toutes ensemble pour éviter d’avoir à payer un pot-de-vin. Lorsqu’il est devenu clair que le processus d’organisation du SWID présentait des avantages, les soupçons se sont peu à peu évanouis : le problème des titres de propriété ne touchait pas seulement les femmes, mais avait un impact sur la communauté tout entière.

« Avant, l’administration locale pensait que nous étions en conflit avec elle et que nous voulions lui ravir le processus, explique Joyce. Lorsque nous avons organisé notre Dialogue d’habitant à habitant, nous avons invité l’administration à des ateliers où les membres de la communauté ont imaginé ce qu’ils voulaient et ont expliqué leurs idées aux autorités municipales. Aujourd’hui, nous avons notre mot à dire dans les décisions locales et on nous invite à participer à la planification et aux discussions budgétaires. »

Grâce à cette initiative, 35 femmes ont pu recevoir leur titre de propriété en moins de 14 mois et 120 autres ont soumis les documents nécessaires pour entamer le processus. Les membres masculins de la communauté ont commencé, eux aussi, à considérer le SWID comme une ressource utile.

Maintenant que la communauté comprend le processus, le bornage officiel s’est accru, et les différends fonciers entre la communauté et les autorités locales ont considérablement diminué.

En 2014 et dans les années qui suivront, le SWID s’efforcera d’étendre son action à d’autres provinces ougandaises avec l’appui du PNUD et de la Commission Huairou.

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