De nouveaux filets permettent à des pêcheurs de Gaza de devenir autonomes

De nouveaux filets permettent à des pêcheurs de Gaza de devenir autonomes
Des pêcheurs rentrent leur prise avec les nouveaux filets fournis par le projet DEEP. Photo: Tanya Habjouka/UNDP-PAPP

Par Dania Darwish

Le village suédois, petit bourg de pêcheurs tout au sud de la bande de Gaza, dans le Territoire palestinien occupé, compte quelque 95 ménages vivant dans une pauvreté extrême. Quand on visite le village (construit dans les années 1960 par le gouvernement suédois), on peut constater que ses infrastructures sont en mauvais état et que ses 700 habitants vivent dans des conditions précaires avec moins d’un dollar par jour.

A retenir

  • Dans la Bande de Gaza, plus de 75% de la population reçoit une aide pour faire face à l’insécurité alimentaire et aux restrictions à la croissance économique et sociale.
  • Le programme a créé 12 000 postes d’emploi grâce à un système de micro-crédit et a aidé plus de 66 000 familles à devenir plus autonomes.
  • Il a été nominé pour le Prix International Palestinien pour l’Excellence et la Créativité en Octobre 2011.

Ces gens, qui appartiennent à la communauté de pêcheurs de la bande de Gaza, ont souffert d’années d’abandon en termes d’activités de développement. Mais là n’est pas leur seul souci.

« Nous sommes pêcheurs de naissance. Mon père l’était, de même que mes grands-pères avant lui.  Avant, la pêche était moins dangereuse et plus productive. Maintenant, les risques  sont différents », explique Kamel Abu Odah, 50 ans, habitant de longue date du village suédois et père de huit enfants.

« Nous sommes devenus tellement pauvres que je ne peux même plus acheter des filets de pêche. Ils coûtent trop cher. J’arrive à peine à nourrir ma famille tous les jours, à envoyer mes enfants à l’école ou à leur procurer des soins médicaux adéquats », ajoute-t-il.

Abu Odah, qui gagnait 250 à 350 dollars par mois jusqu’à présent, a reçu une subvention en nature de 4 000 dollars sous forme de filets de pêche fournis par le Programme du PNUD pour la promotion économique des familles démunies (connu sous son acronyme anglais DEEP). Il fait partie des neuf ménages qui ont reçu des filets dans son village, après une évaluation des besoins qui a permis de déterminer qu’ils étaient extrêmement pauvres et avaient besoin d’une petite subvention pour reprendre pied.

Grâce à ses nouveaux filets, avec lesquels il peut attraper diverses espèces de poissons de toutes tailles, et une formation en comptabilité qui lui permet de calculer ses revenus et ses dépenses, Abu Odah et ses deux fils ont repris leurs expéditions quotidiennes en mer.

Ses affaires se sont améliorées et son frère et son neveu en ont également profité. Ses livres comptables montrent que ses revenus sont désormais de 1 300 à 1 500 dollars par mois.

« Je peux épargner à présent, acheter le bateau dont j’ai toujours rêvé et envoyer ma fille à l’université l’an prochain », se réjouit Abu Odah.
Le DEEP est un programme de réduction de la pauvreté financé à hauteur de 48 millions de dollars par la Banque islamique de développement et implanté par le PNUD en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza. À ce jour, il a créé 12 000 emplois permanents par le biais de subventions à des micro-entreprises et a aidé plus de 66 000 ménages à sortir de la pauvreté et à atteindre une certaine autonomie économique.

La stratégie du DEEP est d’aider les gens à décider eux-mêmes de la meilleure façon de répondre à leurs besoins, à trouver leurs propres solutions et à se sentir maîtres de leur nouvelle petite entreprise ou autres activités génératrices de revenus. Cette approche participative implique que les projets soient taillés sur mesure pour chaque communauté. Le programme a pour objectif de surmonter le problème de dépendance de longue durée provoquée par la crise politique dans le territoire palestinien occupé. Rien qu’à Gaza, plus de 75 pour cent de la population reçoit une aide, à cause de l’insécurité alimentaire et des restrictions limitant la croissance économique et sociale.

Le DEEP ne se limite pas à des interventions traditionnelles comme l’emploi à court terme. Il va plus loin en proposant une approche dynamique qui envisage le développement en prenant la famille comme unité.

À Gaza plus qu’ailleurs, la mise en œuvre du DEEP rencontre de nombreux obstacles liés à l’absence de matériaux bruts, à la flambée des prix et à un taux d’échange instable.

Face à cette réalité, le PNUD et ses partenaires veulent que le programme se déroule sans heurts. À l’heure actuelle, le DEEP a pu fournir un appui à plus de 500 familles, leur permettant ainsi d’améliorer leurs moyens de subsistance, qu’il s’agisse d’Abu Odah et de ses filets de pêche ou d’une jeune femme de Cisjordanie qui a monté son propre studio de photo et de vidéo. Des organisations non gouvernementales et des partenaires locaux aident le PNUD dans ce travail.

Avant de devenir partenaires du DEEP, non seulement ces ménages manquaient de revenus, de vivres ou d’un toit, mais ils n’avaient aucune opportunité de s’exprimer et de se faire entendre.  Grâce au programme, non seulement ils améliorent leurs moyens d’existence, mais ils commencent à se voir différemment et à se percevoir comme les agents et les producteurs de leur propre bien-être. Ils assistent à des réunions du DEEP et parlent de leurs besoins et de leurs expériences.

« Ma vie a changé. J’ai l’intention de construire un plafond en dur à présent, explique Abu Odah, dont la maison a un toit de tôle, comme beaucoup d’autres dans sa communauté. Vous n’imaginez pas comme il fait froid, ici, l’hiver, parce que nous vivons à proximité de la plage. Mes petits-fils sont tout le temps malades. »

Abu Odah symbolise l’un des nombreux succès du DEEP. Le programme a été nommé pour le Prix international de la Palestine pour l’excellence et la créativité en octobre 2011, en raison de son travail de pionnier en matière de développement socioéconomique durable.

Les méthodes du DEEP sont constamment revues, modifiées et améliorées pour maintenir leur pertinence et répondre aux besoins des ménages palestiniens qui, sous l’occupation, doivent continuellement s’adapter à des conditions de vie changeantes, imprévisibles et difficiles. Son succès dans le Territoire palestinien  occupé laisse à prévoir qu’il pourra s’implanter ailleurs dans la région.

thumbnail

 

Le premier numéro de La Tribune du développement se présente sous forme de journal et reprend les douze articles lauréats de notre premier concours annuel de reportages.

 

Voir la publication et télécharger le PDF
Comment ce projet contribue-t-il au développement durable?

Ce projet fait partie d’un programme plus vaste qui cible les familles palestiniennes les plus pauvres vivant en Territoire palestinien occupé (TPO) et les aide à sortir de la pauvreté en utilisant différents outils, tels que crédits, formations, aide technique, etc…

 

Mis en place conjointement avec des partenaires locaux, cette approche unique remplace ainsi l'aide traditionnelle qui avait créé une certaine dépendance ces dernières années en TPO.

 

L'histoire de ces pêcheurs est l'un des milliers de cas couronnés de succès. Elle montre clairement que, si on leur donne une opportunité et les outils nécessaires pour être productives et créatives, ces familles sont en mesure de mener une vie digne et d'avoir des revenus durables.

 

par Khaled Abdelshafi, Conseiller Spécial et Officier de programme pour le TPO

Le PNUD en action
De nouveaux partenariats pour le développement

Notre Rapport annuel 2013-2014 met en lumière les résultats de notre travail dans plusieurs domaines clés, de la sécurité alimentaire à la création d’emplois, au bon déroulement des élections, au relèvement d’après crise et à la gestion des ressources naturelles non renouvelables.

Voir tous les rapports annuels