RD Congo : se reconstruire grâce aux centres communautaires

woman in fish shop
Après avoir suivi une formation en gestion de petites entreprises, les femmes 
des centres communautaires se sont lancées dans les affaires. (Photo: Junior Kannah/PNUD RDC)

Par Jin-Hee Dieu et Florence Marchal, finalistes du deuxième concours annuel de reportage du PNUD

Mangina, Nord-Kivu, République démocratique du Congo – Les conflits entre groupes armés font rage dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) depuis la fin des années 1990. La situation humanitaire et la sécurité y sont très préoccupantes, avec des attaques répétées contre les civils, des violences sexuelles et le 
recrutement d’enfants soldats.

Pour soutenir et répondre aux besoins des personnes fragilisées par ces conflits, le PNUD a créé 12 centres communautaires multifonctionnels dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu, deux des régions les plus durement touchées.

A retenir

  • Douze centres communautaires dans les deux provinces du Kivu ont fourni des services de médiation, d'alphabétisation, des formations et autres à plus de 4500 personnes
  • Parmi les gens qui ont reçu un soutien, 2000 personnes ont formé une tontine qui leur offre la possibilité de faire des économies et d'avoir accès au micro-crédit
  • Les centres sont financés en majeure partie par le PNUD et leur budget est de près de 1,6 million USD

Maman Miriam*, une veuve de 34 ans, fait partie des bénéficiaires du centre. En 2004, trois hommes armés l’ont violée et lui ont entaillé les parties génitales, laissant des séquelles physiques et psychologiques graves. Elle s’est sentie complètement abandonnée et incapable de prendre soin de ses trois enfants. Lorsqu’elle est entrée pour la 
première fois dans le centre communautaire local en 2010, le personnel lui a apporté un soutien psycho-
social. En outre, elle a acquis des 
compétences lui permettant de 
gagner sa vie et de trouver sa voie, y compris de gérer de petites sommes d’argent, lire des informations de base pour 
pouvoir se forger ses propres opinions et acquérir des compétences en matière de leadership.

Deux ans plus tard, Maman Miriam a quitté le camp de déplacés où elle vivait depuis son agression et s’est installée dans une petite ville voisine. En combinant ses talents de couturière et la vente de breuvages locaux traditionnels, elle parvient à payer son loyer.

« Je vois les choses changer peu à peu autour de moi, dit-elle avec fierté. Les enfants sont propres, en bonne santé et ils vont à l’école. Je mets de l’argent de côté pour m’acheter un lopin de terre. »

Elle a de nouveaux collègues et s’est fait des amis, une vraie communauté qui lui redonne de la force.

S’inspirant d’initiatives similaires à Beni, une ville du Nord-Kivu, le PNUD a proposé cette réponse novatrice à la violence en 2010, pour permettre la réinsertion sociale et économique des personnes vulnérables. Les centres sont gérés par la communauté et proposent toute une gamme de services, comme la médiation, des cours d’alphabétisation ou des informations sur les opportunités d’emploi et le leadership des femmes. Ils proposent aussi des formations pour une douzaine de métiers, tels que la couture, la vannerie, l’élevage de bétail, la boulangerie ou la culture de légumes pour le marché. Bien mieux, ils offrent un lieu de réunion où citoyens, fonctionnaires et dirigeants locaux peuvent discuter de plans pour la santé et le développement, y compris les campagnes de protection et de prévention contre le VIH.

Les 12 centres communautaires appuyés par le PNUD qui se sont ouverts dans les deux provinces du Kivu au cours des deux dernières années ont permis à plus de 4 500 personnes de se réinsérer dans la vie économique locale. Suite aux séances d’information et d’éducation, plus de 2 000 d’entre elles sont devenues membres d’une tontine où elles ont appris à épargner de l’argent et peuvent se procurer des microprêts, une approche collective qui leur permet de devenir financièrement indépendantes.

« Je n’imaginais pas que des femmes aussi démunies que nous puissent épargner, » s’émerveille Sylvie Lubaki*, qui fréquente le centre communautaire d’Uvira, dans le Sud-Kivu. « Avant, je ne pensais qu’au 
présent, mais je sais désormais qu’avec ce que je gagne aujourd’hui, je peux faire des plans pour l’avenir. »

Ce projet a également permis la participation massive des femmes aux élections présidentielles et législatives de 2011 dans la ville de Burusi, dans le Nord-Kivu. Il s’agissait, pour beaucoup d’entre elles, de femmes qui venaient tout juste d’apprendre à lire et à écrire dans les classes du centre local.

Cette approche particulière, axée sur les centres communautaires, offre aux femmes et aux jeunes des zones rurales reculées, qui ont été victimes de violence pendant des décennies, l’occasion de faire entendre leur voix au sein de leur famille et de leur communauté et de prendre en charge leur avenir.

Les autorités congolaises ont depuis peu fait part de leur intérêt pour les centres communautaires du PNUD. Elles les ont incorporés dans leur stratégie nationale sur le genre et le développement dans les deux provinces du Kivu. Les établissements recevront bientôt un statut juridique respectueux de la gestion communautaire tout en autorisant l’appui des pouvoirs publics. Le budget est actuellement de 
1,6 million de dollars pour l’ensemble des centres, la majorité des fonds étant fournie par le PNUD.

« Je me sentais inutile, confie Maman Miriam. Je pleurais en regardant mes enfants mourir de faim. Je n’avais pas d’argent et ma santé était détruite. Aujourd’hui, je revis. Je suis fière de moi et je sais que je peux affirmer mon indépendance, prendre des décisions et agir », avoue-t-elle avec un grand sourire.

*Les femmes citées dans le texte ont toutes été victimes de violences sexuelles et ont demandé à ce que leur vrai nom ne soit pas utilisé.


Florence Marchal est chargée de communication pour le PNUD RDC.
Jin-Hee Dieu est volontaire des Nations Unies chargée de la communication pour le PNUD à Goma, dans le Nord-Kivu.


 

Le PNUD en action
Oeuvrer pour un progrès global

Présent dans 177 pays et territoires, le PNUD appuie des activités visant à relever le niveau de vie et à créer des opportunités. Notre Rapport annuel 2012-2013 présente toute la gamme de nos partenariats et illustre notre rôle de leader en matière de coordination et de responsabilisation au sein du système des Nations Unies.

Voir tous les rapports annuels
Suivez-nous sur