Un succès au goût de café en Ethiopie

 Ethiopia Commodity Exchange

Vêtus de blouses blanches habituellement réservées aux médecins, les hommes  qui s’affairent à Addis-Abeba, la capitale éthiopienne, ont une délicate mission à accomplir : ils goûtent le café avec un sérieux tout académique. En fait, la tâche assignée à ces goûteurs de café est extrêmement précise. Il ne s’agit rien de moins que de vérifier que la qualité du café provenant des agriculteurs éthiopiens répond aux normes requises avant de le mettre en vente à l’Ethiopia Commodity Exchange (ECX), la bourse de matières premières d’Éthiopie. 

Jamais auparavant le café n’avait reçu pareil traitement dans le pays. Les grains de café n’avaient jamais non plus été liés à une quelconque bourse de matières premières sur la base de la décision de goûteurs de café ni soumis à des exigences d’entreposage, de transactions électroniques ou de garantie de prix entre acheteurs et vendeurs. L’on comprend alors pourquoi l’Ethiopia Commodity Exchange avait créé l’événement lors de son inauguration en avril 2008.

A retenir

  • Plus de 10 pour cent des petits agriculteurs éthiopiens ont à présent recours à la bourse des matières premières.
  • En 2011, 1,2 milliard USD de matières premières d’Éthiopie ont été transigées à la bourse, la majorité de ces transactions impliquant du café.
  • Les coopératives agricoles représentent maintenant 2,4 millions d'agriculteurs à la bourse des matières premières, qui comprend maintenant 329 membres actifs et plus de 10 000 clients.

Dans un pays où les récoltes sont traditionnellement acheminées à dos d’âne et les transactions conclues de bouche à oreille, la création d’une bourse de matières premières se présentait comme un événement qui tranchait radicalement avec les pratiques jusqu'alors en vigueur, mais qui était néanmoins nécessaire pour faciliter les échanges et diminuer les risques de pénurie alimentaire dans un pays soumis à de terribles sécheresses. Forte d’une réputation internationale qu’elle s’est forgée à la Banque mondiale, Eleni Gabre-Madhin, une économiste éthiopienne diplômée de l’université américaine de Stanford, a imaginé cette bourse en 2005 et n’a eu de cesse de chercher des appuis pour concrétiser son projet. C’est alors que le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) est entré en scène, et a accepté d’être partenaire de l’événement, aux côtés d’autres organisations, dont la Banque mondiale.

Outre le café, la bourse de matières premières éthiopienne négocie les transactions commerciales de divers types de récoltes, telles que le maïs, le blé et les graines de sésame. En 2010, deux ans après l'ouverture de son bureau principal à Addis-Abeba, l’Ethiopian Commodity Exchange dispose désormais d’entrepôts et d’afficheurs boursiers informatisés permettant de suivre les cours des transactions dans d’autres régions du pays, tout en bénéficiant d’une réputation d’honnêteté dans la conduite des affaires. Plus de 10 pour cent des petits agriculteurs éthiopiens ont à présent recours à la bourse de matières premières. Durant ses deux premières années d’existence, le volume des transactions y a représenté 200 millions de dollars.

Gabre-Madhin a assisté avec admiration et fierté au développement de la bourse en taille et en notoriété.  

« Le PNUD a été l’une des premières institutions partenaires à apporter des fonds pour le démarrage du projet, notamment pour les besoins en matière d’équipements, de renforcement des capacités et de formation, a récemment déclaré Gabre-Madhin. Par la suite, lors de la mise en œuvre du système, le PNUD a assuré un appui technique et consultatif sous la forme de financements de groupes d’experts, dont je faisais personnellement partie, qui ont été intégrés au système sur le plan de la gestion au jour le jour et du renforcement des capacités, afin de permettre au système de continuer de se développer. »

Les échanges qui avaient lieu autrefois sur les marchés à ciel ouvert et dans les rues se font désormais dans un lieu couvert où les vendeurs portent des vestes vertes et les acheteurs des vestes de couleur kaki. Tout est organisé et justifié, ce qui renforce la confiance dans un système transparent à tous points de vue, dans ses moindres détails, jusque dans la cloche que l'on sonne pour signifier l’ouverture de la séance de l’Ethiopia Commodity Exchange à Addis-Abeba.