La Zambie jugule le mariage des enfants, de village en village

Hommes et femmes en Zambie
Environ 1 200 membres communautaires ont suivi une formation parajuridique, des vélos et un téléphone mobile. Photo: PNUD en Zambie

Agnes Lungu, 56 ans, regrette encore le jour où elle et son mari ont marié leur fille de 15 ans à un homme qu’ils avaient choisi, en échange d’une dot pour régler les problèmes financiers de la famille.

« Je me sens très coupable d’avoir fait cela. C’est une erreur et personne ne devrait le faire, » dit-elle.

A Kakwiya, le village d’Agnès à l’est de la Zambie, la pratique du mariage des enfants est de 60 %, le taux le plus élevé du pays. Bien que le mariage des enfants soit illégal en Zambie, les communautés font souvent fi de la législation.

A retenir

  • Environ 1 200 hommes et femmes ont suivi une formation sur l’engagement communautaire en cas de violence sexiste
  • Des centres de services intégrés ont été mis en place dans 4 villages pilotes, et d’autres seront établis dans tout le pays d’ici à 2016
  • Le programme a empêché 20 mariages d’enfants, et le nombre d’incidents signalés de violence sexiste a considérablement baissé, passant de 50 à 10-20 par mois

Selon des données des Nations Unies, la Zambie détient l’un des taux les plus élevés au monde du mariage d'enfants, avec 42 % de femmes entre 20 et 24 ans mariées avant l’âge de 18 ans. Cette pratique prive les filles à la fois de leur éducation et de leur enfance, mais aussi de leurs droits d’accès aux services de santé et aux moyens de subsistance, les rendant vulnérables à la violence physique, sexuelle et psychologique. Les filles vivant en zone rurale ont encore plus de chances d’être mariées à un âge précoce, et celles qui n’ont pas accès à l’éducation sont les plus vulnérables.

Pour contribuer à éliminer ce problème, le PNUD a lancé un centre de services intégrés liés à la violence sexiste, et œuvre avec les communautés pour les sensibiliser aux conséquences du mariage des enfants. Cette initiative est le fruit d’un partenariat entre l’Equipe des Nations Unies sur la violence sexiste et le gouvernement zambien, et bénéficie de l’appui financier des gouvernements suédois et irlandais. Ce projet de 4 ans, doté d’un budget de 15 millions USD, recourt à une approche multisectorielle pour sensibiliser les villageois, et faire en sorte qu’ils se sentent concernés (y compris les hommes) par les problèmes liés au genre.

Mis en place en 2014, les centre de services permettent aux femmes d’accéder au système judiciaire et à des services de santé et d’appui adaptés aux cas de violence sexiste.

Avec l’appui du PNUD, les communautés des 4 villages pilotes ont formé 1200 hommes et femmes, qui transmettent ensuite leurs compétences et leurs connaissances aux groupes des villages, chaque groupe étant constitué de 40 membres.

Agnes est la responsable du groupe de femmes de sa région, Women for Change, et a reçu une formation de parajuriste. Grâce aux directives et aux connaissances acquises lors des ateliers, elle a mis fin au mariage de sa fille et l’a ramenée à l’école.

A l’aide de bicyclettes et de téléphones portables en plus de la formation parajuridique dont ils bénéficient, Agnes et ses collègues ont mis sur pied des comités de surveillance de quartier, des services de conseils, et des systèmes d’aiguillage pour les affaires de violence sexiste. Elles sont à l’origine d’une campagne visant à prévenir le mariage des enfants, une pratique traditionnelle de longue date dans leur communauté.

Fanny Lungu, parajuriste au village de Misolo, indique avoir déjà constaté une réduction importante du nombre de mariages des enfants depuis la mise en place du centre de services intégrés dans sa communauté. « Nous parlons aux familles des différentes possibilités pouvant permettre à leurs filles d’assurer leurs moyens de subsistance, afin que le mariage ne soit pas considéré comme la seule option » dit-elle.

La communauté plaide aussi pour la création d’un forum où les hommes et les femmes pourraient discuter ensemble des problèmes qui contribuent à la violence sexiste, comme l’alcoolisme, les jeux d’argent, la violence domestique et la polygamie.

Les hommes assurent le rôle de « police communautaire ». Ils discutent des cas locaux de violence domestique et de la façon dont les traiter, notamment en intervenant auprès des auteurs de ces actes lorsqu’ils sont connus. Parfois, ils les arrêtent et les remettent à la police.

Désormais, les chefs traditionnels à l’intérieur du pays veillent à ce que le mariage des enfants, et d’autres questions liées à ce sujet, soient abordés lors des rassemblements des villageois.

À ce jour, l’initiative a permis d’empêcher 20 mariages d’enfants et de mettre fin à la pratique de la dot dans plusieurs communautés. Selon Amon Mashewa, Secrétaire du centre de services intégrés de Misolo, le nombre d’incidents signalés de violence sexiste a considérablement baissé, passant de 50 à 10-20 par mois.

Pour Agnes, le programme a eu des effets immédiats. « Je suis heureuse que ma fille soit retournée à l’école ; je voudrais qu’elle aille au bout du cycle scolaire et qu’elle ait une meilleure vie, » dit-elle.

PNUD Dans le monde

A

Afghanistan Afrique du sud Albanie Algérie Angola Arabie saoudite Argentine Arménie Azerbaïdjan

B

Bahreïn Bangladesh Barbade Bélarus Bélize Bénin Bhoutan Bolivie Bosnie-Herzégovine Botswana Brésil Bureau du Pacifique Burkina Faso Burundi

C

Cambodge Cameroun Cap-Vert Centrafrique (République centrafricaine) Chili Chine Chypre Colombie Comores Congo (République démocratique du) Congo (République du) Corée (République populaire démocratique de) Costa Rica Côte d'Ivoire Croatie Cuba

D

Djibouti

E

Egypte El Salvador Emirats arabes unis Equateur Erythrée Ethiopie

G

Gabon Gambie Géorgie Ghana Guatemala Guinée Guinée-Bissau Guinée équatoriale Guyane

H

Haïti Honduras

I

Ile Maurice et Seychelles Inde Indonésie Irak (République d') Iran

J

Jamaïque Jordanie

K

Kazakhstan Kenya Kirghizistan Kosovo (selon RCSNU 1244) Koweït

L

Laos Lesotho Liban Libéria Libye L’Ex-République yougoslave de Macédoine

M

Madagascar Malaisie Malawi Maldives Mali Maroc Mauritanie Mexique Moldova Mongolie Monténégro Mozambique Myanmar

N

Namibie Népal Nicaragua Niger Nigéria

O

Ouganda

P

Pakistan Panama Papouasie-Nouvelle-Guinée Paraguay Pérou Philippines Programme palestinien

R

République dominicaine Russie (Fédération de) Rwanda

S

Samoa São Tomé-et-Principe Sénégal Serbie Sierra Leone Somalie Soudan Soudan du Sud Sri Lanka Suriname Swaziland Syrie

T

Tadjikistan Tanzanie Tchad Thaïlande Timor-Leste Togo Trinité et Tobago Tunisie Turkménistan Turquie

U

Ukraine Uruguay Uzbekistan

V

Venezuela Viet Nam

Y

Yémen

Z

Zambie Zimbabwe