Prévenir la violence sexuelle en RD Congo

cliniques juridiques pour les victimes de violence sexuelle en RDC
La clinique juridique de Muganga a mis en place des sessions d’information pour les femmes mais aussi pour les leaders communautaires.

Julie* a tout juste 10 ans. Elle est l’une des patientes de la clinique juridique de Muganga, au Nord Kivu, dont le rôle est d’accompagner et redonner espoir aux victimes de violences sexuelles. Le père de Julie n’a pas compris ce que sa fille avait subi et a décidé de la punir en la privant d’éducation. La mère explique : « Il croyait qu’elle voulait jouer à la maman en allant avec un garçon. Alors il a dit que, si elle voulait faire la maman, elle n’irait plus à l’école. »

Le violeur, quant à lui, n’a même pas 18 ans et est en maison de rééducation pour mineurs. La plupart des coupables sont des jeunes désœuvrés - le taux de chômage dans la région est d’environ 85% - et l’oisiveté forcée, combinée au manque d’éducation, les pousse à commettre toutes sortes de délits dont les violences sexuelles sont un exemple tragique.

A retenir

  • Les cliniques juridiques permettent une prise en charge complète des victimes, du suivi médical et juridique à la réintégration dans la communauté.
  • Depuis le début du projet, plus de 800 cas de violences sexuelles ont été soumis en justice et plus de 500 ont fait l’objet de jugement.
  • Un vaste programme d’accès à la justice (2006-2013) a permis l’accompagnement psycho-social de 40 000 victimes, qui a abouti à la réintégration sociale et économique de 13 843 femmes et filles.

Un suivi complet

C’est dans ce contexte qu’a été mis en place un programme conjoint de l’ONU pour lutter contre la prévalence de la violence sexuelle à l’est de la RD Congo. Coordonné par le PNUD et financé par le gouvernement du Canada à hauteur de 18 millions CA$, le projet préconise un suivi complet des victimes, englobant tous les aspects médicaux, psychologiques, judiciaires, familiaux, sociaux, politiques, législatifs, éducatifs et économiques.

Les victimes sont d’abord conduites à l’hôpital pour une assistance médicale. Les médecins établissent un compte-rendu, qui sert de preuve légale lors des procédures juridiques. Les victimes bénéficient aussi d’une écoute psycho-sociale et peuvent décider de porter plainte à travers la clinique juridique. Souvent l’affaire est portée aux tribunaux après instruction du dossier et le processus juridique est suivi de près par la clinique.

Lancé à l’automne 2014 , le programme a permis de suivre plus de 4 000 cas, dont 1.388 cas de violences sexuelles. Plus de 800 cas ont été référés en justice par 14 cliniques juridiques et 2 bureaux de consultations gratuites. Environ 522 cas ont abouti à une décision judiciaire, dont 385 condamnations. Plus de 700 victimes, dont 300 mineures, ont aussi bénéficié d’une réinsertion dans leur communauté, notamment avec l’appui de centres communautaires où les femmes peuvent suivre une formation en vue de trouver un emploi et assurer leur indépendance financière.

Sensibiliser la communauté

Malheureusement, les victimes hésitent souvent à signaler les violences sexuelles, par manque de confiance en la justice ou par crainte d’être stigmatisées. Beaucoup d’entre elles choisissent un règlement à l’amiable : « Elles préfèrent recevoir tout de suite 200 USD de dommages et intérêts de la famille du coupable, plutôt que les 450 USD que le jugement prévoit, explique Maître John, avocat en charge du suivi des dossiers. »

C’est pourquoi le programme consacre aussi des ressources à la prévention et la sensibilisation pour changer les comportements, et permettre la réinsertion dans une communauté qui, traditionnellement, rejette les victimes de crimes sexuels.

La clinique juridique de Muganga a ainsi mis en place des sessions d’information pour les femmes mais aussi pour les leaders communautaires et les chefs locaux. C’est de cette manière que la mère de Julie a découvert la clinique, et compris qu’il y avait une solution pour aider son enfant.

Grâce aux efforts de médiation de la clinique, Julie a retrouvé le chemin de l’école après quatre mois d’absence.

Un succès durable

Le PNUD est depuis longtemps investi dans la lutte contre les violences sexuelles en RD Congo, et a coordonné un vaste programme d’accès à la justice de 2006 à 2013. Le but était de restaurer la confiance dans le système judiciaire, en fournissant aux victimes de violences sexuelles un meilleur accès aux tribunaux, en apprenant à la police comment mener des enquêtes et à la magistrature comment poursuivre les responsables présumés.

Le programme a ainsi financé 85 projets pour un budget total de plus de 28 millions de dollars américains. Il a permis la mise en place de 140 organisations communautaires pour la protection des victimes des violences.  Plus de 25 000 victimes de violence sexuelle ont été prises en charge médicalement et près de 40 000 ont reçu un accompagnement psycho-social, qui a abouti à la réintégration sociale et économique de 13 843 femmes et filles.

*nom fictif

PNUD Dans le monde

A

Afghanistan Afrique du sud Albanie Algérie Angola Arabie saoudite Argentine Arménie Azerbaïdjan

B

Bahreïn Bangladesh Barbade Bélarus Bélize Bénin Bhoutan Bolivie Bosnie-Herzégovine Botswana Brésil Bureau du Pacifique Burkina Faso Burundi

C

Cambodge Cameroun Cap-Vert Centrafrique (République centrafricaine) Chili Chine Chypre Colombie Comores Congo (République démocratique du) Congo (République du) Corée (République populaire démocratique de) Costa Rica Côte d'Ivoire Croatie Cuba

D

Djibouti

E

Egypte El Salvador Emirats arabes unis Equateur Erythrée Ethiopie

G

Gabon Gambie Géorgie Ghana Guatemala Guinée Guinée-Bissau Guinée équatoriale Guyane

H

Haïti Honduras

I

Ile Maurice et Seychelles Inde Indonésie Irak (République d') Iran

J

Jamaïque Jordanie

K

Kazakhstan Kenya Kirghizistan Kosovo (selon RCSNU 1244) Koweït

L

Laos Lesotho Liban Libéria Libye L’Ex-République yougoslave de Macédoine

M

Madagascar Malaisie Malawi Maldives Mali Maroc Mauritanie Mexique Moldova Mongolie Monténégro Mozambique Myanmar

N

Namibie Népal Nicaragua Niger Nigéria

O

Ouganda

P

Pakistan Panama Papouasie-Nouvelle-Guinée Paraguay Pérou Philippines Programme palestinien

R

République dominicaine Russie (Fédération de) Rwanda

S

Samoa São Tomé-et-Principe Sénégal Serbie Sierra Leone Somalie Soudan Soudan du Sud Sri Lanka Suriname Swaziland Syrie

T

Tadjikistan Tanzanie Tchad Thaïlande Timor-Leste Togo Trinité et Tobago Tunisie Turkménistan Turquie

U

Ukraine Uruguay Uzbekistan

V

Venezuela Viet Nam

Y

Yémen

Z

Zambie Zimbabwe