Kirghizistan: Protéger vie privée et dignité des personnes vivant avec le VIH et le sida

Photo du texte de loi de 2005
Elaborée avec l'aide du PNUD, une nouvelle loi nationale sur le SIDA a été passée au Kirghizistan en 2005 (Photo: PNUD Kirghizistan)

Petit pays disposant d’une base économique restreinte, le Kirghizistan a connu une transition difficile après les années où il était sous dépendance soviétique. Ses ressources budgétaires étant insuffisantes, les dépenses de santé se sont effondrées, alors que la menace du VIH commençait à émerger.

La prévalence du VIH reste relativement faible au Kirghizistan, mais le virus s’y répand plus rapidement que quasi partout ailleurs dans le monde. Sa situation au carrefour des trafics de drogue en Asie centrale explique que le nombre de consommateurs de drogues injectables se soit multiplié par 50 au cours des 20 dernières années. Ils sont quelque 25 000 à l’heure actuelle, des hommes pour la plupart, et ils comptent pour deux tiers des séropositifs du pays. L’augmentation récente du nombre de femmes et d’enfants infectés par le VIH semble indiquer que l’épidémie se propage lentement mais sûrement dans le reste de la population.

Pour enrayer la propagation du VIH, il est nécessaire de coordonner les initiatives à de multiples niveaux : nouvelle législation, nouveaux programmes publics, services de prévention et de soins, ressources, partenariats et modifications du comportement. Au début, très peu de ces éléments existaient au Kirghizistan. Mais avec l’aide de partenaires internationaux comme le PNUD, le pays a commencé à les mettre en place.

A retenir

  • La situation du Kirghizistan au carrefour des trafics de drogue en Asie centrale explique que le nombre de consommateurs de drogues injectables se soit multiplié par 50 au cours des 20 dernières années. Ils sont quelque 25 000 à l’heure actuelle.
  • En 2000, le PNUD a aidé le Kirghizistan à devenir l’une des premières nations d’Asie centrale à établir des programmes pilotes d’échange de seringues.
  • En 2011, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme a accepté d’envoyer 31 millions de dollars au Kirghizistan afin d’assurer un accès universel aux services destinés aux personnes vivant avec le VIH.

Protection juridique

Les premières initiatives relatives au VIH visaient d’abord les communautés les plus vulnérables, comme les consommateurs de drogues injectables. En 2000, le PNUD a aidé le Kirghizistan à devenir l’une des premières nations d’Asie centrale à établir des programmes pilotes d’échange de seringues. En 2002, il est devenu le premier pays de la Communauté des États indépendants à proposer des traitements à la méthadone aux héroïnomanes et aux opiomanes.

Un élan supplémentaire a été donné en 2005, avec une nouvelle loi nationale sur le sida que le PNUD a aidé à formuler et à faire approuver par le parlement. Elle est considérée comme l’une des plus progressistes du genre dans l’ancienne région soviétique. Elle accorde aux séropositifs un accès prioritaire aux centres de soins primaires et aux médicaments et stipule les peines encourues en cas de stigmatisation ou de discrimination contre des personnes vivant avec le VIH ou le sida, comme dans le cas pour Mirlan. Pour la première fois, une loi établissait une distinction entre le dépistage obligatoire et le dépistage volontaire, en précisant qu’un consentement écrit et informé était nécessaire dans tous les cas de figure, sauf si un juge en décidait autrement.

D’autres politiques et règlements ont suivi. Le code pénal et administratif a dépénalisé partiellement certaines des activités illicites liées à la drogue pourvu qu’il n’y ait pas intention de vente. En 2007, un nouveau règlement a encouragé l’orientation des toxicomanes vers des programmes d’échange de seringues et de traitement à la méthadone au lieu de les envoyer en prison. Cette mesure a permis de réduire presque de moitié le nombre total de prisonniers au Kirghizistan. La population carcérale est ainsi passée de 17 000 détenus en 2007 à 9 500 en 2009.

Pour appuyer ces changements, le PNUD a aidé les responsables gouvernementaux à élaborer un programme de sensibilisation au VIH pour les forces de l’ordre. Un décret du ministère de l’Intérieur oblige désormais tous les policiers travaillant avec des groupes à haut risque à suivre une formation sur des questions comme l’importance vitale des programmes d’échange de seringues pour protéger les populations les plus exposées, les droits des personnes vivant avec le VIH tels qu’ils sont inscrits dans la constitution et la législation, ainsi que les mesures de protection personnelle.

La différence est évidente dans les rues. Les policiers qui, jadis, harcelaient et arrêtaient les toxicomanes, les envoient désormais s’inscrire dans des programmes qui leur sauveront la vie.

Améliorer plans et services

Après le passage de la loi de 2005 sur le sida, le gouvernement a adopté un programme national pour la faire appliquer. Celui-ci intégrait les dernières normes internationales, comme le fait de couvrir toute la panoplie de mesures de lutte contre le VIH, notamment dans les domaines de la santé, de la justice, des forces de l’ordre, de l’éducation, de la protection sociale et de l’information. Il donnait la priorité aux populations à risque, comme les consommateurs de drogues injectables et les prisonniers. Pour le mettre en œuvre, le PNUD et d’autres organisations internationales ont aidé à installer un comité national de coordination des activités relatives au VIH, de même qu’un système unifié pour le suivi des activités nationales et provinciales.

Grâce à ce programme, les services relatifs au VIH et à la réduction des méfaits de la drogue (comme le dépistage et l’éducation, ainsi que les programmes d’échange de seringues et de méthadone) touchent à présent 60 pour cent des consommateurs de drogues injectables. En 2011, le ministère de

la Santé a ouvert 30 centres de traitement à la méthadone, ainsi que trois programmes dans les prisons. A Bishkek, où l’on trouve certains des plus vieux programmes d’échange de seringues et de traitement à la méthadone, les taux d’infection au VIH chez les consommateurs de drogues injectables est moitié moins élevé que la moyenne nationale.

Les organisations chargées des soins de santé ont ouvert des services de dépistage dans tout le Kirghizistan et des campagnes d’information ont fait savoir, à coups d’affiches, à la radio et à la télévision, que le dépistage est une procédure médicale de routine à ne pas négliger. Environ 350 000 personnes se font à présent tester chaque année.

Le programme national insiste aussi fortement sur la participation de la société civile pour enrayer la vague d’infections au VIH. Un nombre important d’associations de personnes vivant avec le VIH se sont formées, sous l’égide de la loi sur le sida de 2005. Pour la première fois en Asie centrale, des dirigeants de la société civile se sont publiquement fait connaître alors qu’ils appartiennent à des groupes marginalisés, notamment d’anciens consommateurs de drogues injectables, des travailleurs du sexe et des hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes.

Le PNUD a travaillé en étroite collaboration avec ces groupes pour leur fournir des fonds de départ et leur faire acquérir les compétences techniques dont ils ont besoin pour plaider leur cause, gérer leurs associations et fournir des services, notamment en liaison avec le système de santé public. Le VIH menaçant de s’étendre au-delà de la population des consommateurs de drogues injectables, certaines organisations non gouvernementales ont ouvert les tous premiers services destinés plus précisément aux femmes et aux filles vivant avec le VIH au Kirghizistan.

Certaines des principales contributions de la société civile sont venues des chefs religieux. Le Kirghizistan étant un pays majoritairement musulman, le PNUD a demandé aux instances spirituelles des Musulmans du Kirghizistan et à la commission nationale des affaires religieuses de former des imams pour aider à rompre le silence et lutter contre la peur et le manque de connaissances entourant le VIH. Lors des services religieux ou d’autres activités similaires, ils prêchent des modes de vie sains et insistent sur l’importance du respect mutuel, quel que soit le statut VIH de chacun.

« Tout ce que je fais pour stopper le VIH, je le fais au nom de Dieu. J’aide les gens à éviter le malheur et le chagrin », explique Maksutov Jusupjanajy, Grand Imam-Hatib du district d’Alai, dans la province de Osh.

L'accès universel aux soins

Aujourd’hui, le Kirghizistan a pris les mesures nécessaires pour arrêter la propagation du VIH. Mais il lui reste un formidable défi à relever : étendre rapidement la couverture des services de prévention et de traitement du VIH et en améliorer la qualité, pour que chacun y ait accès.

Or, il se heurte à une instabilité économique et politique persistante et au flux transfrontalier incessant de narcotiques. Le fait que des infections au VIH apparaissent de plus en plus souvent dans de petites communautés rurales où les soins médicaux sont limités risque de peser, lui aussi, sur un système de santé déjà débordé. Et le Kirghizistan dépend largement d’un financement extérieur pour ses programmes VIH, financement qui a diminué fortement en raison de la crise économique mondiale.

L’espoir réside dans le nombre croissant de fonctionnaires et d’activistes de la société civile qui ont acquis de l’expérience en travaillant sur des programmes VIH parrainés par le PNUD ou d’autres partenaires internationaux. Le dernier programme de prévention national, préparé en 2011, ambitionne de proposer une série complète de services de prévention et de protection dans tous les centres de santé. Il a pour objectif, entre autres, d’offrir des antirétroviraux à 80 pour cent des enfants et des adultes souffrant du sida, alors qu’ils ne sont que 23 pour cent à l’heure actuelle.

En 2011, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme a accepté d’envoyer 31 millions de dollars au Kirghizistan afin d’assurer un accès universel aux services destinés aux personnes vivant avec le VIH. Il faudra beaucoup plus de moyens financiers pour atteindre ce but, mais c’est un pas énorme dans la bonne direction pour un pays qui s’efforce de mettre un terme à une terrible épidemie.