Cambodge : les groupes d’épargne permettent aux villages de se maintenir à flot

une femme à vélo collecte les dépôts
La comptable d’un groupe d’épargne fait le tour du village à vélo pour collecter les dépôts des membres. (Photo : PNUD Cambodge)

Srun Bun Thuon, un pêcheur de la province de Koh Kong sur la côte sud-ouest du Cambodge, a assisté impuissant à l’effondrement de sa vie de famille, il y a sept ans, lorsqu’il a dû vendre sa maison pour rembourser un micro-prêt.

« Même les boucles d’oreilles de notre fille n’y ont pas échappé. J’ai dû les lui ôter des oreilles pour les vendre et rembourser ma dette », explique Nhek Sophy, son épouse.

À retenir

  • Depuis 2010, le projet a financé 46 initiatives dans 380 villages, répartis sur 21 provinces à l’échelle du Cambodge.
  • Le programme se concentre principalement sur le renforcement des capacités communautaires et l’amélioration des capacités des villageois à faire face aux aléas climatiques tout en gagnant un revenu plus élevé.
  • Ces initiatives bénéficient à quelque 12 076 familles où les femmes représentent 50 pour cent des membres.

Mais le couple a réussi à se remettre sur pied depuis lors, grâce à des prêts obtenus auprès du fonds d’épargne de leur village, une sorte de caisse commune à laquelle tous les villageois contribuent, liés par la confiance mutuelle. L’argent versé sert à financer les petites entreprises ou à parer aux situations d’urgence lorsque les services bancaires sont hors de portée des habitants. 

Le fonds s’inscrit dans un projet d’adaptation au changement climatique élargi, financé par la Suède et l’Australie. Supervisé conjointement par le PNUD et le Fonds pour l’environnement mondial (FEM), le projet permet de préserver une bande de mangroves liées à Peam Krosorp, une zone protégée de 23 750 hectares située à environ une heure de trajet en bateau de la ville provinciale.

« Ces mangroves constituent une zone tampon naturelle qui protège les villages des tempêtes et de l’érosion côtière, en plus de fournir un habitat pour de nombreuses espèces marines », explique Hun Marady, le chef provincial du département de l’environnement. « Ce sont des ressources sur lesquelles les habitants locaux dépendent pour leur survie », ajoute-t-il.

Les villageois avaient coutume de détruire les mangroves pour alimenter les fours à charbon de bois et faire place à l’élevage de crevettes. Pour inverser la tendance, les autorités ont impliqué les villageois dans la conservation par la création d’un groupe d’épargne à l’échelle du village, afin de leur proposer des prêts comme une alternative aux activités liées au charbon de bois.

« Lorsque les gens empruntent à des sources extérieures au village, l’argent sort du village au titre du remboursement des prêts et des intérêts. En revanche, notre groupe d’épargne permet de faire circuler l’argent ici-même au village », explique Lorn Riss , le chef du comité de conservation du village.

Selon Lorn Riss, des prêts totalisant 10 millions de riels (2 500 dollars US) sont conclus tous les mois. Les montants varient de 250 dollars  à 2 000 dollars  par client, à 2 pour cent d’intérêt mensuel, comparativement à un taux à 2,7 pour cent perçu par les entreprises de micro finance.

Ce sont les clients eux-mêmes qui décident du montant journalier qu’ils souhaitent investir dans les économies du village. Un comptable fait du porte-à-porte pour recueillir les contributions. Une fois par mois, le groupe se réunit pour certifier l’exactitude des comptes, accorder de nouveaux prêts, gérer les remboursements et dresser le bilan des opérations. À la fin de l’année, les intérêts accumulés sont calculés et répartis entre les membres du groupe.

« Il est plus pratique d’obtenir un prêt auprès de l’épargne communautaire en sachant que les profits reviennent aussi à la communauté », affirme Phoeung Phieng, une mère de 58 ans.

Récemment, Phoeung Phieng est venue au centre communautaire pour y déposer le versement lié au remboursement du prêt qu’elle avait sollicité pour acheter un bateau à moteur affecté au transport des marchandises et des passagers. Sur les 61,25 dollars  qu’elle devait, elle n’était en mesure de payer que 12,5 dollars  pour le remboursement du capital et 10 dollars pour les intérêts. Son entreprise de bateau-taxi n’ayant atteint son seuil de rentabilité que le mois passé seulement, elle a demandé le report de la totalité de son versement à une date ultérieure.

« Lorsque l’on a affaire à des prêteurs à l’extérieur du village, le versement doit être fait selon le montant exact dû et en temps voulu », précise-t-elle, ajoutant que des pénalités s’appliquent lorsque l’emprunteur ne parvient pas à satisfaire aux exigences fixées.

Quant à Srun Bun Thuon, le pêcheur, il était revenu dans son village après avoir péniblement survécu, pendant un an, en travaillant comme ouvrier du bâtiment à Phnom Penh. Il avait emprunté de l’argent au groupe d’épargne pour redémarrer son entreprise de pêche au crabe. Après six ans de travail acharné, il a réussi à construire une nouvelle maison en bois. Une moto et un bateau à moteur sont les derniers ajouts à l’actif de la famille.

 « Nous sommes parvenus à retrouver une vie normale grâce à l’aide du groupe d’épargne de la communauté », dit-il en conclusion.

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