Laos: la conservation du bambou enrichit les vies et l'environnement

Kong
Kong et Kaew fabriquent une chaise en bambou à Napor, au Laos.

Dans une forêt tropicale grouillante d'insectes en périphérie du village de Napor, à 50 km à l'ouest de la capitale laotienne de Vientiane, Kong et sa femme Kaew1 coupent de gros tronçons de bambou pour en faire des meubles.  

Ils représentent un couple parmi plus de 900 personnes dans huit villages du district de Sangthong qui participent à un programme soutenu par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Ce projet vise à transformer le bambou, un bois peu onéreux et abondant, en produits de grande valeur qui aident les villageois du Laos à faibles revenus à réaliser un bénéfice.

A retenir

  • 2178 hectares de forêt sont protégés par des titres fonciers dans le district de Sangthong.
  • Les forêts qui couvraient autrefois environ 70 pour cent du Laos, ont vu leur superficie réduite à 42 pour cent depuis 2002.
  • La loi sur les forêts a été modifiée en 2007 pour renforcer la gestion durable et participative.

Ce couple coopère avec l'Association des commerçants de bambou de Sangthong, qui fabrique des produits ménagers tels que du mobilier de jardin, des lampes, des paniers en bambou, des sacs, des sets de salle à manger, des hamacs et des canapés. Ces élégants produits se vendent localement à Vientiane et sont même exportés outre-mer. En 2011, 90 000 petites boîtes en bambou ont été livrées à des clients en Allemagne et en Suisse.

Depuis son lancement il y a trois ans, ce projet a rapporté plus de 175 000 dollars au district.  Kong dit que l'argent qu'il a ainsi gagné a changé la vie de sa famille.

« Lorsque nous ne faisions que cultiver le riz, nous ne gagnions que cinq à six millions de kips (625 à 750 dollars) par an. Maintenant, nous gagnons 20 millions de kips (2 500 dollars) par an. Nous avons suffisamment d'argent pour envoyer nos enfants à l'école et pour faire des achats, » dit Kong.

Sangthong est l'un des districts les plus pauvres de la République démocratique populaire lao dans un pays où le PIB par habitant se monte à environ 1 200 dollars. Le projet représente donc une hausse de revenus notable pour les fermiers.

L'association apprend aux membres à créer des produits haut de gamme en bambou. Elle donne aussi des conseils sur les meilleures techniques de récolte du bambou, un processus qui doit être soigneusement calculé pour assurer une repousse régulière et une culture durable.

Le projet, qui reçoit de l'aide du Programme de microfinancements du Fonds pour l'environnement mondial (FEM), est mis en œuvre par le PNUD en partenariat avec Oxfam Novib, l'Organisation néerlandaise de développement (SNV) et l'association à but non lucratif locale Gender and Development Group (GDG - Groupe pour l'égalité des sexes et le développement).

« Le bambou existe dans le village depuis longtemps, mais les villageois n'en connaissaient pas la valeur. Ce projet encourage la conservation du bambou et aide les villageois à générer des revenus en mettant ces produits sur le marché, » dit Boutsady Khounnouvong, Coordinateur de programme du GDG.

L'association a été fondée, en partie, pour répondre à une menace perçue risquant d'affecter les ressources en bambou de la communauté. Puisque le village de Napor se trouve si près de la capitale, le bambou, qui poussait naturellement sur des terres collectives, risquait d'être exploité par des personnes venant de l'extérieur.

L'administration du district de Sangthong a reconnu la menace et a effectué des demandes de titres fonciers communaux en 2010. Grâce à une aide financière et technique de leurs partenaires de projet, Napor et quatre autres villages se sont vu octroyer des titres fonciers pour leurs forêts productrices de bambou en 2011.

Il s'agit du premier octroi de régime foncier communal dans le pays. Étant donné que les produits forestiers non ligneux comptent pour 40 pour cent du revenu rural total, la reproduction de tels modèles pourrait profiter à des villageois dans toute la République démocratique populaire lao. En plus de prévenir l'exploitation des forêts de bambou par des étrangers, les titres fonciers aident à promouvoir un sens partagé de la responsabilité par rapport à la gestion des terres dans la communauté.

La protection des forêts est cruciale pour la République démocratique populaire lao : le pays perd environ 134 000 hectares de forêt chaque année, en grande partie à cause d'une utilisation commerciale extensive, de la production agricole et du développement de l'infrastructure. L'aide aux communautés dans la gestion de leurs ressources et la garantie du régime foncier peuvent réduire la déforestation, stabiliser et améliorer les moyens d'existence rurale ainsi que contribuer à la croissance économique.  

Le succès du projet de Sangthong a entraîné le lancement d'un programme de microfinancements du FEM similaire dans la province de Saravane, au sud du Laos. Les membres de la Sangthong Trade Association (Association de commerce de Sangthong) servent de formateurs pour le nouveau programme.

1comme bien des Laotiens, Kaew et Kong préfèrent qu'on les appelle par leur prénom.