Programme d’efficacité énergétique en Croatie


En deux ans, les projets pilotes efefctués à Sisak, une ville typique de Croatie, ont permis de réduire la consommation d’énergie de 13 %, et fait économiser 220 000 dollars par an. Photo: PNUD Croatie

Début 2011, l’équipe chargée de l’efficacité énergétique au sein du ministère croate de la Justice s’est alarmée des taux anormalement élevés de la consommation d’eau relevés à la prison de Lepoglava, un établissement pénitentiaire datant de l’Empire austro-hongrois. Une exploration des canalisations souterraines a permis d’identifier une énorme fuite, qui a pu être réparée pour un montant de 4 000 dollars. Économies réalisées : 225 000 dollars EU par an. Sans le suivi vigilant et le diagnostic rapide du programme d’efficacité énergétique mené par le PNUD, cette perte serait passée inaperçue.

L’histoire de la prison de Lepoglava n’est qu’un exemple parmi d’autres des économies que le programme d’efficacité énergétique a permis de réaliser dans l’ensemble du secteur public en Croatie. Après six années de fonctionnement, il a réduit les dépenses publiques de 18 millions de dollars par an – des économies qui, en une seule année, dépassent largement le coût total du programme à ce jour. Parallèlement, il a réduit les émissions de gaz à effet de serre – qui contribuent au réchauffement climatique – de 12 % dans 5 900 bâtiments du secteur public, diminuant ainsi les émissions totales de CO2 de 63 000 tonnes, soit de 0,2 % par an. Les économies devraient encore augmenter à mesure que les investissements en capital encouragés par le programme seront effectués.

Lancé en 2005 avec un financement de 4,4 millions de dollars du Fonds pour l’environnement mondial (FEM), le programme a pour but de lever les obstacles à la mise en place de pratiques et technologies d’efficacité énergétique. Comme dans beaucoup de pays émergeant du socialisme d’État, il subsiste encore de nombreux gaspillages d’énergie en Croatie : par unité de PIB, la consommation d’énergie du pays est supérieure de 12 % à la moyenne de l’Union européenne (UE).

A retenir

  • Le programme a réduit les dépenses publiques d’un montant estimé à 18 millions de dollars par an.
  • Les émissions totales de CO2 de la Croatie ont baissé de 63 000 tonnes, soit 0,2 % par an.
  • 4,4 millions de dollars EU ont été financés par le FEM.
  • Les audits énergétiques ont stimulé des projets d’investissement liés à l’efficacité énergétique pour une valeur de 30 millions de dollars.
  • Le programme a dispensé une formation spécialisée à l’efficacité énergétique à 10 000 fonctionnaires croates.
  • 52 % de l’ensemble des bâtiments du secteur public croate sont à présent couverts par le programme d’efficacité énergétique.

Gros-plan : les bâtiments du secteur public
Le programme a commencé par cibler les édifices publics, qui représentent une grande partie de la consommation énergétique, avec l’idée que l’État lui-même devait donner le bon exemple. Une composante du projet couvrait les bâtiments des ministères et organismes centraux, tandis qu’une seconde portait sur les installations des 20 comitats et 127 villes de Croatie.

La première étape cruciale a consisté à obtenir un engagement politique en faveur du projet. Cela a exigé de prouver aux sceptiques que des améliorations étaient possibles. Le programme a donc commencé par mener une expérience pilote à Sisak, une ville croate typique, d’une population de 50 000 habitants, ayant hérité d’industries polluantes et des dégâts dus à la guerre. En deux ans, 24 projets de démonstration ont réduit la consommation d’énergie de 13 %, et fait économiser 220 000 dollars par an. Ils ont également diminué les émissions de CO2 de 780 tonnes.

Ce succès initial a suscité l’intérêt d’autres villes. Le projet a transformé cet intérêt en engagement public, en encourageant les maires des villes et les préfets des comitats à signer une « Charte de l’énergie ». Ils s’y engagent à mettre en place une gestion systématique de l’énergie dans toutes les installations relevant de leur compétence. En huit mois, l’ensemble des 127 maires et 20 préfets de comitats avaient signé la charte, et celle-ci est à présent fièrement affichée dans quasiment toutes les mairies de Croatie. Au niveau central, 15 des 16 ministères ont pris le même engagement.

En même temps, le projet a mené une vaste campagne médiatique au niveau national pour sensibiliser le public à l’efficacité énergétique. Le message principal a été communiqué par un petit personnage animé charismatique : Gašpar Energeti´c, qui aide son voisin Trošimir, gros consommateur d’énergie, à mettre en place dans sa maison, diverses mesures simples d’efficacité énergétique. À la fin de la campagne, Gašpar Energeti´c avait 4 300 amis sur Facebook. Il a également été la vedette d’un court métrage pour enfants, Think of tomorrow (Penser à demain), dont 500 000 copies ont été distribuées et présentées par l’équipe du projet pendant des « heures de classe » à but pédagogique.

Pour compléter ces efforts, le programme a créé un réseau de six centres d’information destinés à prodiguer aux citoyens des conseils pratiques sur la façon de rendre leurs maisons plus énergétiquement efficientes. Ces centres d’information sont le fruit d’un partenariat unique : les comitats et les villes ont fourni les espaces et le personnel, tandis que des producteurs de matériaux et d’appareils de construction du secteur privé ont fait don de l’équipement de démonstration. Le plus récent de ces établissements, situé à Zadar, héberge également un centre d’information sur l’énergie solaire. Celui-ci dispense une formation aux technologies solaires et a sorti sa première promotion d’assembleurs certifiés de chauffe-eau solaires en juin 2011. Le projet a également mis en place des points d’information. Au total, 98 « points info » ont été installés dans 43 villes et 12 comitats.

Suivi énergétique à l’échelle nationale
CL’obtention d’un soutien public n’était toutefois qu’un début. Le programme a aussi soutenu l’adoption de politiques favorables à l’efficacité énergétique, en prenant appui sur l’élan créé par la volonté de la Croatie de répondre aux exigences liées à son adhésion à l’UE. L’expertise du PNUD a contribué à façonner la loi sur la consommation efficiente de l’énergie, votée en 2008 ; la stratégie énergétique croate, adoptée en 2009 ; le programme national d’efficacité énergétique pour 2008-2016 ; ainsi que le premier plan d’action national d’efficacité énergétique pour 2008-2010. Le programme a également permis d’élaborer la règlementation légale et les manuels régissant les « audits énergétiques » des bâtiments.

Ces derniers ont constitué un outil vital, étant donné que le programme visait à identifier les inefficiences dans les bâtiments du secteur public, susceptibles d’être réglées grâce à de modestes investissements en capital. Quand le programme a été lancé, l’audit énergétique n’en était qu’à ses débuts. Entre 2006 et 2010, le PNUD en a mené 1 069 sur 2,5 millions de mètres carrés dans 1 346 bâtiments. Cette impulsion a aidé à développer une activité qui est à présent mûre et florissante, et qui compte 17 entreprises et plus de 150 experts en audit énergétique. De plus, les audits énergétiques ont stimulé des projets d’investissement pour une valeur de 30 millions de dollars. Ce chiffre met en évidence le potentiel de création d’« emplois verts » dans un pays qui lutte avec un taux de chômage de près de 20 %.

Mais le véritable fleuron du programme est le Système d’information de gestion de l’énergie (SIGE), une plateforme web qui permet le suivi et la gestion en temps réel de la consommation d’énergie dans les bâtiments du secteur public. Comme le pompage de l’eau nécessite de grandes quantités d’énergie, avec des niveaux élevés de fuites, le système mesure également la consommation d’eau. Le SIGE est disponible gratuitement pour toutes les institutions du secteur public croate. Il fournit à tous ceux qui le souhaitent un outil facile à utiliser pour comparer la consommation d’énergie et maintenir la transparence (ce qui aide à lutter contre les abus).

Pour assurer la durabilité du projet, le suivi et la gestion de l’énergie et de l’eau sont confiés à des équipes de fonctionnaires, présents dans chaque unité organisationnelle à tous les niveaux, depuis les bâtiments individuels jusqu’aux sièges des ministères. En six ans, le programme a dispensé une formation spécialisée à l’efficacité énergétique à 10 000 fonctionnaires croates, et le PNUD travaille maintenant à s’assurer que la fonction de « gestionnaire de l’énergie » soit reconnue comme un poste standard dans le secteur public.

La portée du système est impressionnante. À ce jour, plus de 5 900 installations distinctes (2 400 dépendant des ministères et 3 500 des villes et comitats) ont été raccordées au SIGE. Cela signifie que 52 % de la superficie totale des bâtiments du secteur public croate sont maintenant couverts par le programme d’efficacité énergétique. Celui-ci vise à étendre sa couverture à un total de 7 000 bâtiments pour la fin de 2011. L’ampleur et la nature systématique du suivi de la consommation d’eau et d’énergie rendent possibles le type de succès spectaculaires observés à la prison de Lepoglava.

Appropriation par les pouvoirs publics
Les villes, les comitats et les ministères engrangent tous d’importantes économies qui peuvent être affectées à des besoins urgents dans les domaines de la santé, de l’éducation et de l’aide sociale. Il n’est donc pas étonnant que le projet du PNUD ait acquis le statut de programme national. Depuis 2008, il a bénéficié d’un financement de l’État via le Fonds pour la protection de l’environnement et l’efficacité énergétique et le ministère de l’Économie, du Travail et de l’Entrepreneuriat. Depuis juin 2011, le projet dépend exclusivement du financement de l’État. Ce financement a survécu à deux années de dure récession et il devrait se maintenir jusqu’à 2013, pour assurer un transfert en douceur du SIGE et d’autres parties du programme vers les institutions nationales. A ce moment-là, le don de 4,4 millions de dollars accordé par le FEM aura généré une contribution totale de l’État de plus de 16 millions de dollars.

Les succès rencontrés par la Croatie dans cette « mise en ordre de sa  maison » (nom d’une des composantes du programme) lui ont permis de s’approcher des normes plus strictes d’efficacité énergétique pratiquées dans l’UE, que le pays espère rejoindre en 2013. Elle a également donné à d’autres pays un exemple qu’ils sont maintenant désireux d’imiter. À la demande du gouvernement, le projet a déjà été reproduit au Monténégro voisin, et un programme similaire est en cours de préparation en Bosnie-Herzégovine et dans certaines parties de la Serbie. Des pays aussi divers que le Bélarus et le Tadjikistan ont également fait part de leur intérêt pour le savoir-faire acquis au cours du projet.. Alors que le PNUD entreprend de faire passer ses activités en Croatie de la traditionnelle assistance au développement à une exportation de bonnes pratiques vers d’autres pays, le package d’efficacité énergétique figurera au sommet de la liste des connaissances qu’il vise à partager.