Les femmes jouent un rôle majeur dans les élections en Tunisie

Thurayya Sithum (à gauche) fait du porte-à-porte pour le dernier jour de campagne avant les élections du 23 Octobre 2011. Photo: Jamel Haouas/ PNUD.
Thurayya Sithum (à gauche) fait du porte-à-porte pour le dernier jour de campagne avant les élections du 23 Octobre 2011. Photo: Jamel Haouas/ PNUD.

Azza Badra fait partie de ces milliers de femmes candidates aux élections nationales qui ont eu lieu en Tunisie le 23 octobre 2011 – les premières organisées après le spectaculaire changement intervenu dans le pays en janvier dernier, et  en fait, les premières élections vraiment démocratiques depuis l’indépendance de la Tunisie en 1956.

Mère de deux enfants, elle s’est présentée sur la liste du parti des Verts tunisiens, dans la capitale, Tunis. Elle est candidate à l'un des 217 sièges de l'Assemblée constituante, qui a pour mandat d'élaborer la nouvelle constitution et de nommer un gouvernement de transition jusqu'à la tenue de nouvelles élections.

A retenir

  • Nombre de candidats : plus de 11 000 dans 33 circonscriptions (27 en Tunisie et 3 circonscriptions en dehors du pays).
  • 7 % de l’ensemble des formations ont des femmes pour tête de liste.
  • Budget de l'appui aux candidates: 0,525 millions de dollars.
  • Résultats du projet: 162 candidates formées à l'organisation et aux stratégies de campagne.

« C'est une simple question de statistiques. Nous sommes la majorité, explique Azza Badra, dont le logo de campagne est une carte d'identité tunisienne portant le numéro 51, le pourcentage des femmes dans la population du pays.

Azza Badra fait partie des plus de 4 000 candidates se présentant pour la première fois à la suite de la législation de mai 2011 exigeant sur chaque liste une alternance de candidats hommes et femmes.

En dépit de ces listes, la représentation réelle des femmes dans la nouvelle assemblée ne reflétera pas leur part dans la population nationale. En effet, elles ne viennent en tête que dans 7 % seulement des plus de 1 500 listes qui se présentent.

« Le nombre des femmes sera inférieur à ce que sont en droit d’espérer les Tunisiens », regrette Bushra Balhaj Hmeida, avocate et militante de longue date des droits de l'homme, placée en première position sur la liste du parti Al Takkatul dans la circonscription de Zaghwan.

« Même si je crois que les hommes et les femmes sont les mêmes en politique, je suis convaincue que les femmes peuvent améliorer la politique et restaurer la confiance des Tunisiens dans le processus politique. Les femmes peuvent rendre la politique plus humaine. »

Quelque 160 femmes, dont Azza Badra et Bushra Hmeida, ont été désignées par leur parti pour assister aux cours organisés par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) afin de former des candidates aux stratégies et à la gestion des campagnes électorales, ainsi qu’à la communication avec les électeurs et les médias.

Le programme de l'Université d'été est l’une des trois composantes du projet d'appui électoral du PNUD (4,2 millions de dollars), lancé en mars 2011 à la demande du gouvernement intérimaire. Il poursuivra l'assistance électorale après l'adoption de la nouvelle constitution.

Le PNUD fournit également un appui opérationnel et technique à la Haute instance indépendante pour les élections en Tunisie, pour les aspects juridiques, organisationnels et logistiques du processus électoral, et il collabore avec des organisations de la société civile en matière d'information du public et de mobilisation des citoyens.

« L'un des principaux gains de ces élections est d'avoir suscité un regain d'intérêt des femmes pour la politique, souligne Soulef Guessoum, directrice du projet régional du PNUD pour le renforcement parlementaire. Nous nous efforçons de maintenir cet intérêt et de ne pas les décevoir. »

Pour Thurayya Sithum, une ex-femme au foyer, elle aussi diplômée du programme de l'Université d'été, la participation au processus était plus importante que le fait de gagner un siège : « Aujourd'hui, le simple fait que tous les Tunisiens peuvent choisir entre plusieurs candidats est déjà une victoire. »

Thurayya Sithum s'est jointe à d'autres indépendants pour former le mouvement Dustorona (Notre constitution), qui a élaboré un projet de constitution et constitué une liste électorale, où elle venait en deuxième position dans la circonscription de Nable.

« Mon ambition n'est pas simplement de gagner un siège, ajoute-t-elle. Je veux contribuer à la démocratie naissante dans mon pays. Même si je perds, je gagne. »

Sur la base de l'expérience de l'Université d'été, le PNUD a l'intention d'étendre son appui aux candidates qui se présenteront à de prochaines élections dans trois régions de la Tunisie.

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