Pour une police de proximité en Afghanistan

Un conseil en Afghanistan
Le colonel Noor Agha Ibrahimkhail, chef de la police du district de Farza, rencontre des chefs de village à Farza, dans la province de Kaboul. (Photo : PNUD Afghanistan/Sayeed Farhad Zalmai)

Le colonel Noor Agha Ibrahimkhail, chef de la police du district de Farza, situé à 45 kilomètres au nord de Kaboul, est un officier expérimenté qui, tout au long de sa carrière, a souvent été confronté à la violence et au chaos. Comparé à ses précédentes affectations, Farza est un havre de paix et de tranquillité.

« La principale différence ici, c’est que la population écoute les anciens. Les messages que nous faisons passer par leur intermédiaire sont facilement acceptés par la communauté. C’est incroyable, je n’ai jamais vu ça ailleurs », explique-t-il.

À retenir

  • Grâce à un initiative soutenue par le PNUD, les communautés afghanes collaborent désormais avec la police.
  • La sécurité s'est améliorée : leaders communautaires et chefs de police ensembles partagent les priorités d'actions, analysent les menaces et trouvent des solutions communes.
  • Le projet va s'étendre dans 60 districts et 15 provinces en Afghanistan.

En septembre 2009, le Gouvernement afghan, soutenu par le PNUD, a organisé des actions de sensibilisation en direction des communautés de huit districts du nord de la province de Kaboul. L’objectif était de renforcer les liens entre la population et les forces de police. Les districts de la ville de Kaboul, Mir Bacha Kot, Kalakan, Guldara, Deh Sabz, Qarabagh, Shakardara et Istalif ont été les premiers à en bénéficier. L’initiative de police de proximité Police-e-Mardumi s’inscrit dans la plus récente stratégie de l’Afghanistan en matière de police nationale. Elle est soutenue par la Suisse et les États-Unis.

Dans un contexte général de méfiance et de dialogue limité entre la population et les forces de police, le modèle de police de proximité de Farza fait figure d’exemple. Il permet de revalo- riser l’image des agents de police et leur rôle de protecteurs à visage humain. Le chantier engagé - renforcer l’État de droit en Afghanistan - est immense. Outre la province de Kaboul, le projet a été mis en œuvre dans les régions de Herat et Jalalabad, et devrait être étendu à 60 districts et 15 provinces supplémentaires.

Des formations assez poussées devront être organisées pour que les agents de police et la population intègrent le concept de police orientée vers la communauté. Pour gagner la confiance de la population, il a d’abord fallu présenter les forces de police locales aux dirigeants communautaires, notamment les membres élus des conseils de développement communautaire et des assemblées de développement des districts, les chefs religieux et la choura locale.

Haji Mohammad Hanif, chef (Malik) du village de Qalai Salim Khan, dans le district de Farza, explique que grâce à l’initiative Police-e-Mardumi et à des entretiens réguliers avec le colonel Ibrahimkhail, la sécurité s’est considérablement améliorée. Ce changement a eu pour résultat d’accélérer la construction des infrastructures de base (routes, écoles et centres de santé) dans tout le district.

« Nos rencontres hebdomadaires avec le gouverneur du district et le chef de la police ont servi de cadre pour évoquer les menaces, analyser l’activité des insurgés et trouver ensemble des solutions, raconte- t-il. Nous ne laisserons pas les insurgés infiltrer nos villages s’ils menacent nos vies et nos infrastructures. »

Raz Mohammad, un commerçant local, rejoint l’avis du chef du village :

« Contrairement à d’autres régions du pays, nous n’avons jamais eu à fermer nos établissement à cause de la crimina- lité et de la violence. Pas l’année dernière, en tout cas et tout cela, grâce au rôle joué par les chefs de notre communauté et la police locale, qui collaborent pour assurer la paix au quotidien ici, à Farza. »

À Farza, le principal défi en matière de sécurité tient à sa situation géographique. Le district est entouré de montagnes et du fait de l’éparpillement des troupes, les Taliban peuvent facilement occuper l’un des sommets environnants et lancer des attaques sur le district. Ces derniers restent en effet très largement présents dans un district voisin, plus à l’ouest, déchiré par les conflits.

Au cours des cinq derniers mois, les combattants taliban ont posé des mines dans des zones inhabitées. Grâce à la coopération de jeunes de la communauté, celles-ci ont été identifiées et désamorcées avant d’être détruites. Le chef de la police attribue quant à lui les progrès enregistrés au niveau de la sécurité du district, modestes mais significatifs, aux liens étroits noués entre la police et les communautés.

« Ce qui est pratique, dans cette coopération entre la communauté et la police, c’est que nous nous connaissons tous », note Bahloul, un ancien de la communauté très respecté qui ne porte qu’un seul nom. Selon lui, les problèmes rencontrés par les femmes sont régulièrement abordés lors des réunions organisées au niveau des districts.

« Au niveau des villages, les femmes sont représentées aux conseils des chouras. Les représentants des chouras qui siègent au comité du district attirent l’attention des représentants du district sur leurs problèmes », explique-t-il.

Les chefs de la communauté reconnaissent que la police a amélioré la sécurité des filles dans les écoles, les cliniques et d’autres institutions publiques. Le district de Farza compte quatre lycées pour filles, cinq écoles du deuxième cycle et six écoles du premier cycle, pour 61 000 habitants. Dans les centres de santé locaux, les femmes travaillent même de nuit.

Si les anciens de la communauté et les Oulémas (chefs religieux) ont apporté au gouvernement leur aide pour lutter contre la petite criminalité et favoriser les progrès en matière de développement, reste encore à fournir aux forces de police un équipement approprié et à les former, pour pouvoir réagir plus efficacement aux menaces externes, fait cependant remarquer Haji Mohammad Hanif.

Les habitants, eux, reconnaissent que les vols ont diminué.

Le Gouvernement afghan soutient cette nouvelle approche du maintien de l’ordre. Lors d’une réunion qui s’est tenue récemment avec des diplomates étrangers à Kaboul, le ministre de l’Intérieur, Ghulam Mujtaba Patang, a préconisé la création d’une force de police civile qui inclurait des agents non armés, une transformation qui, selon lui « réduirait la distance entre la population et la police.

Kumar M. Tiku

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