Croatie: Le soutien psychosocial au service de la justice

Une femme assise à un bureau de soutien en Croatie.
En trois ans, les sept bureaux d’appui aux témoins ont procuré un soutien et des conseils à 7 500 victimes. Photo : PNUD Croatie

par Sunčica Pleština

« Lorsque je travaillais dans un magasin, j’ai été témoin d’un cambriolage à main armée. Cette expérience a été tellement traumatique qu’elle m’a obligée à changer d’emploi », écrit M.K. dans une lettre au président du tribunal du comté de Vukovar. Quatre ans après, j’ai reçu une convocation à témoigner contre l’accusé et mon angoisse est revenue. J’en ai perdu le sommeil pendant plusieurs jours… J’avais peur de me retrouver face au suspect, craignant qu’il ne se venge. Je revivais la peur et le stress de cette journée. »

Heureusement, M.K. a reçu, en même temps que sa convocation,  les coordonnées du Bureau de soutien aux victimes et aux témoins rattaché au tribunal de Vukovar. Elle s’y est rendue la veille du jour où elle devait témoigner. La directrice du bureau, Branka Lučić, et son assistante, Daniela Čukelj, ont accueilli M.K. et lui ont expliqué la procédure judiciaire et ce à quoi elle devait s’attendre. Elles lui ont même montré un croquis de l’endroit où elle allait s’asseoir. Le personnel du bureau a ensuite accompagné M.K. le jour de l’audience.

A retenir

  • 40% des Croates estiment que le système pénal ne répond pas aux besoins des victimes.
  • En 3 ans, les 7 bureaux de soutien opérationnels ont procuré conseils et suivi à 7500 victimes.
  • Il est possible d’obtenir une aide dans les cas de violence familiale, d’agression, de cambriolage, de viol, de meurtre, de corruption ou de crime organisé, en plus des crimes de guerre.

« Le jour où j’ai été témoigné, jour que je craignais depuis des années, Branka était là pour me soutenir. En bavardant de tout et de rien de sa voix douce, elle a détourné mon attention du procès. Cela a eu plus d’effet sur moi que n’importe quel médicament. La peur a fait place à une sensation de paix et de sécurité et au sentiment du devoir accompli. Après, j’étais tout à fait calme. Je suis allée travailler, je me sentais extraordinairement bien, comme si un poids énorme m’était enlevé. »

Les bureaux de soutien comme celui de Vukovar sont une création du PNUD, en collaboration avec le ministère de la Justice et la Cour suprême croates. En trois ans seulement, les sept bureaux qui sont déjà opérationnels (quatre ont ouvert en 2008 et trois en 2011) ont procuré un soutien et un suivi psychosocial à 7 500 victimes, un chiffre qui ne cesse d’augmenter.

Les bureaux étaient conçus à l’origine pour fournir une protection aux victimes de crimes de guerre commis entre les années 1991-1995 qui ont marqué la dissolution de la Yougoslavie, mais ils se sont rapidement agrandis pour répondre aux besoins des victimes intimidées ou trop atteintes pour pouvoir témoigner. Il est possible d’obtenir une aide dans les cas de violence familiale, d’agression, de cambriolage, de viol, de meurtre, de corruption ou de crime organisé, en plus des crimes de guerre. Les services sont gratuits et d’une totale confidentialité.  

Lors de la création des quatre premiers bureaux de soutien aux témoins en 2008, le PNUD a recruté du personnel (psychologues et travailleurs sociaux pour la plupart), lui a fait suivre une formation spécialisée et a meublé et sécurisé les bureaux et les salles d’attente. Ces salles d’attente privées remplissent une fonction primordiale, car elles sont un havre pour les témoins, qui ne courent aucun risque de tomber sur leur assaillant dans les couloirs du palais de justice. Les bureaux ont aussi fait appel à un réseau de bénévoles ayant subi une formation spéciale, dont de nombreux étudiants en droit. Il y en a déjà plus de cent.

Le PNUD et les pouvoirs publics ont alors lancé une campagne de sensibilisation nationale pour que les citoyens comprennent que les victimes de crimes ont des droits protégés par la loi et sachent où s’adresser pour trouver de l’aide. Un site spécial a été créé (www.mprh.hr/mphr-en), avec des informations pratiques sur les procédures pénales.

Enfin, depuis novembre 2008, chaque convocation au tribunal est accompagnée d’un dépliant décrivant les services qu’offrent les bureaux de soutien aux témoins ainsi que leurs coordonnées. Grâce à de telles initiatives, un nombre croissant de personnes se rend dans les bureaux de soutien, ce qui a amélioré le taux de réponse des témoins lors des procès.

Après une première année dont le bilan a été positif, le ministère de la Justice et l’administration judiciaire ont entrepris de couvrir les coûts des bureaux de soutien aux témoins et aux victimes, ce qui en garantit la viabilité.

Le PNUD en a ouvert une deuxième série et début 2011, il y en avait un dans chaque grande ville de Croatie. Les sept bureaux opèrent avec un budget de moins de 1,1 million de dollars, grâce à un financement du PNUD, des Pays-Bas, de l’Espagne, des États-Unis, et de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Le ministère de la Justice s’est engagé à financer les trois nouveaux bureaux qui s’ouvriront en 2012.

Des enquêtes d’opinion montrent que 40 pour cent des Croates pensent que le système pénal ne tient pas compte des besoins des victimes de crimes. Une part importante de ceux qui disent avoir été l’une de ces victimes reconnaît n’avoir jamais porté plainte auprès de la police.

Lorsque le PNUD a proposé de créer des bureaux de soutien aux témoins, les juges croates se sont montrés sceptiques, car ils craignaient que cela n’empiète sur leur travail. Mais à présent, ils font partie des plus ardents défenseurs de ce système. Ils citent une diminution du nombre de procès annulés faute de témoins, une augmentation du nombre de victimes particulièrement vulnérables qui décident de dénoncer un crime et de fournir des preuves et un nombre croissant de personnes qui acceptent de témoigner.

Le modèle croate de bureaux de soutien aux témoins a été salué partout dans le monde comme une réussite et un modèle à suivre. Dans une résolution passée en 2011, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a félicité le PNUD pour son travail et préconisé l’établissement et le financement de bureaux de soutien aux témoins dans toute la région.