Guatemala : Rétablir la vérité pour affronter le passé


Au Guatemala, le PNUD aide la nation à cicatriser les plaies d'un passé douloureux, à assurer la réconciliation et la justice aux victimes de guerre, et à poursuivre les coupables.

Il a fallu 29 ans à Alfredo pour connaître sa véritable histoire. Le jeune homme de 31 ans, originaire du Guatemala, vit aujourd'hui aux États-Unis. Il a toujours cru qu'il s'appelait Oscar et que le Lieutenant Oscar Ovidio Ramírez Ramos, son père tant aimé, était un héros militaire dans son pays natal.

Mais, en partie grâce à un programme appuyé par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) qui cherche à faire la lumière sur les violences de l'ancien régime et à assurer une réparation aux victimes, Alfredo a appris la terrible vérité.

A Retenir

  • Plus de 200 000 personnes ont perdu la vie et plus de 45 000 autres ont “disparu”, dont environ 5 000 enfants, au cours des 36 années de guerre civile qui ont fait rage au Guatemala. 93 pour cent des atrocités ont été perpétrées par l'armée
  • Parmi les soldats qui ont pris part au massacre de Las Dos Erres, cinq sont désormais en prison, en partie grâce au soutien apporté par le PNUD. Des personnalités de haut rang, parmi lesquelles l'ancien président, sont en attente de jugement pour le rôle qu'ils ont joué dans d'autres atrocités
  • Le PNUD consacrera 36 millions de dollars US entre 2010 et 2014 au soutien d'une justice transitionnelle au Guatemala.

“Ma grand-mère et mes tantes m'ont élevé dans le culte de mon père, mort lorsque je n'avais que quatre ans. Selon leur version de l'histoire, mon père était un héros”, rapporte-t-il. Mais les actions engagées par le bureau du procureur du Guatemala, soutenues par le programme de justice transitionnelle mené par le PNUD, ont révélé qu'en 1982 Ramírez Ramos avait pris part au tristement célèbre massacre de Las Dos Erres. Plus de 200 personnes, parmi lesquelles des femmes, des personnes âgées et des enfants, ont été tuées par des commandos. La famille d'Alfredo en faisait partie, mais sans qu'on sache pourquoi, le jeune lieutenant a eu pitié d'Alfredo, alors âgé de trois ans, et l'a élevé comme son propre fils.

Ce massacre, qui représente un sombre chapitre du conflit qui a opposé pendant 36 ans les forces du gouvernement aux guérillas, a causé la mort de 200 000 personnes (principalement parmi les populations autochtones) et la "disparition" de plus de 45 000 autres. Les combats ont pris fin en 1996 avec la conclusion d'un traité entre les rebelles et l'armée. Les deux parties ont accepté le principe d'une amnistie exemptant les soldats mais permettant de poursuivre les auteurs d'atrocités.

Depuis 2010, le programme de justice transitionnelle apporte son soutien aux groupes de défense des victimes et aide les victimes de violence à obtenir réparation; aide la police à enquêter sur les crimes commis; et contribue à renforcer les compétences du bureau du procureur et du procureur général.

Une longue liste d'affaires sont apparues. Le PNUD a soutenu la formation de la police et du bureau du procureur général en matière d'archéologie médico-légale, d’exhumation de charniers, d'écoute téléphonique et d'infiltration, et a participé à l'élaboration d'un programme de protection des témoins. Les mesures prises par l'État pour lutter contre l'impunité, de même que le soutien apporté par le PNUD, ont contribué à réduire la violence très élevée qui sévit dans la société guatémaltèque, et à augmenter le taux de condamnation de 70 pour cent depuis 2009, non seulement pour les crimes commis durant la guerre, mais pour l'ensemble des crimes commis.

Cette amélioration des conditions de sécurité explique peut-être que certains anciens soldats, rongés par la culpabilité, aient contribué à faire condamner les atrocités passées. C'est le cas de deux anciens commandos qui avaient pris part au massacre de Las Dos Erres, qui ont contacté le bureau du procureur général. En partie grâce à leurs témoignages et au travail engagé depuis des décennies par le procureur Sara Romero, les enquêteurs ont pu retrouver Alfredo et lui apprendre la douloureuse vérité.

Il s'avère que le véritable père d'Alfredo a survécu au carnage. Tranquilino Castañeda vit toujours. Tous les membres de sa famille, dont ses huit enfants, ont été jetés dans la fosse ce jour de 1982. Il a toujours cru qu'Alfredo comptaient parmi eux. “Maintenant, je peux mourir en paix”, a déclaré Don Tranquilino. “J'ai passé des années à tenter de noyer mon chagrin dans l'alcool, en vain. J'ai été sauvé parce que je n'étais pas sur place. Avec les résultats de l'enquête, je dois maintenant remettre mes idées et mes esprits en ordre. Mon histoire était complètement fausse, mais j’aperçois aujourd'hui le bout du tunnel”.

L'exhumation des charniers, soutenue par le PNUD et dirigée par le procureur Romero, ainsi que les travaux de la Fondation d'anthropologie médico-légale ont permis d’établir que la mère d'Alfredo avait été tuée avec le reste de sa famille.

La tuerie de Las Dos Erres est désormais emblématique de la justice transitionnelle et du soutien apporté par le PNUD au bureau du procureur général. Plusieurs anciens commandos sont aujourd'hui en prison et certains attendent d'être extradés d'autres pays pour répondre de leurs crimes. Des procédures ont été ouvertes contre certains des principaux fonctionnaires de haut rang, dont l'ancien président de facto Efraín Ríos Montt, qui dirigeait le pays à l'époque du massacre de Las Dos Erres. Pour le Guatemala, ces enquêtes ont joué un rôle fondamental dans la remise en question de la culture de l'impunité.

Le PNUD aide de nombreuses victimes à établir la vérité, même si, comme dans le cas d'Alfredo, cette vérité est parfois douloureuse.

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