Exhumer les histoires des disparus du Guatemala


Par Héctor Morales Delgado

Guatemala City, Guatemala – Après 36 ans de guerre civile au Guatemala, la Commission de la Vérité et de la Réconciliation a recueilli des milliers de témoignages confidentiels sur les agissements de l’État. Les faits comprennent des violations des droits de l’homme et des attaques contre la population civile. Toutes ces informations ont été enregistrées mais n’ont débouché que sur peu de procédures pénales.

A retenir

  • Après 36 ans de guerre civile au Guatemala, la Commission de la Vérité et de la Réconciliation a recueilli des milliers de témoignages confidentiels sur les agissements de l’État.
  • Près de 13 des 20 millions de documents disponibles ont été numérisés à ce jour, avec l’aide technique du gouvernement suisse.
  • Ils fournissent un compte-rendu détaillé des nombreuses violations des droits de l’homme perpétrées à l’encontre de plus de deux mille Guatémaltèques.

Rebecca Morales, âgée de 80 ans, continue d’espérer que 30 ans après la disparition de son fils, elle trouvera des indices qui indiqueront où, comment et pourquoi Marco Amaldo a disparu ce matin-là, emmené par la police judiciaire alors qu’il tenait encore un panier de pain à la main.

En dépit des accords de paix signés en 1996, ce pays d’Amérique centrale n’a pas été en mesure de s’acquitter de certaines de ses obligations relatives à la justice transitionnelle, une série de mesures mises en place pour adresser les conséquences des abus des droits de l’homme.

En 2010, le PNUD a lancé le Programme de justice transitionnelle (dont l’acronyme espagnol est PAJUST). Il s’agit d’une stratégie visant à ce que les victimes retrouvent leur dignité et à ce que les survivants de ce conflit armé touchent des réparations. L’initiative a reçu l’appui d’un certain nombre de partenaires, dont l’État, la société civile, les gouvernements du Danemark, des Pays-Bas et de la Suède, ainsi que l’Agence américaine pour le développement international et le gouvernement régional basque en Espagne.

« Nous sommes tous très impatients de voir les résultats et espérons que cette initiative permettra au pays d’arriver à une réelle consolidation de la paix. Heureusement, nous commençons à en récolter les fruits aujourd’hui », a déclaré Xavier Michon, directeur de pays du PNUD au Guatemala.

Après avoir obtenu l’aval des archives nationales, le programme a également pu rendre publics les dossiers officiels des opérations militaires et de police pendant le conflit.

« Les archives de la police nationale sont extrêmement importantes et elles sont à présent accessibles à qui souhaite les consulter », explique le directeur du réseau, Gustavo Meoño. Il y a quelques années, il aurait été impensable qu’un tel homme soit nommé à la tête de cette institution, car il a été lui-même persécuté pendant les affrontements armés.

Le principal atout du programme de justice transitionnelle du Guatemala est le soutien combiné qu’il reçoit de tous les partenaires de PAJUST. Ainsi, avec l’appui technique et l’expertise du PNUD, PAJUST a pu enquêter sur les violations des droits de l’homme en faisant appel à divers moyens, comme la consultation des archives, les techniques de police scientifique, l’analyse anthropologique ou les procédures pénales. Cela a amélioré ses chances de succès et donne visiblement de bons résultats qui permettront de rendre justice et d’arriver à une réconciliation nationale.

Pour sa part, Ana Carla Ericastilla, directrice des Archives générales d’Amérique latine, estime que près de 13 des 20 millions de documents disponibles ont été numérisés à ce jour, avec l’aide technique du gouvernement suisse. Les archives comprennent à présent des informations systématisées en provenance des différentes forces de sécurité nationales et départementales. Elles fournissent ainsi un compte-rendu détaillé des nombreuses violations des droits de l’homme perpétrées à l’encontre de plus de deux mille Guatémaltèques.

« Nous avons ouvert une salle informatisée pour que le public ait accès aux documents déclassifiés », explique Mme Ericastilla. Chaque jour, des centaines de personnes viennent les consulter pour y trouver des informations sur des amis ou des êtres chers.

Rebecca Morales espère que les données tirées des archives et des exhumations lui permettront de savoir comment son fils Marco Arnoldo a péri. Il vivait avec elle quand il a été enlevé à moins de deux kilomètres de l’endroit où la plupart des exhumations ont eu lieu.

« Rien que la possibilité de savoir ce qui a pu arriver à mon fils change déjà notre vie », explique-t-elle.

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