Cambodge : les anciens champs de bataille transformés en champs de l'espoir grâce au déminage

agriculteurs cambodgiens
L’agricultrice cambodgienne Prak Chrin, troisième en partant de la gauche, sème des graines de haricots verts sur ses nouvelles terres récemment déminées dans le district de Samlot de la province de Battambang. (Photo: PNUD Cambodge)

Battambang – Prak Chrin s’avance à pas lents en semant les graines de haricots verts dans les trous peu profonds que son fils, non loin d’elle, creuse à l’aide d’une houe, sur les nouvelles terres agricoles de la famille, dans un coin reculé au nord-ouest du Cambodge.

Niché dans une forêt à flanc de coteau, le champ fraîchement labouré était autrefois une terre couverte de buissons, infestée de mines, qui offre à présent à la quinquagénaire et ses trois fils la promesse d’un avenir durable. Le riz, le maïs et les haricots poussent désormais côte à côte sur le terrain complètement débarrassé de ses mines terrestres et autres explosifs depuis le mois de juin 2012.

A retenir

  • Un projet de déminage au Cambodge a contribué à nettoyer 5,400 hectares de terres, ce qui a permis de reprendre les activités agricoles sur ce territoire.
  • Entre 1996 et 2011, le nombre de victimes d'explosions de mines anti-personnel est passé de 4300 à 211.
  • Le Cambodge s'est donné pour objectif de déminer 645 kilomètres carrés de plus d'ici 2019.
  • Cette initiative a été financée par les gouvernements de l'Australie, de l'Autriche et du Canada.

« Je suis si heureuse d'être enfin en mesure de cultiver ma terre », affirme Prak Chrin.

L’agricultrice vit depuis 20 ans dans le village d’O Tatiek, en plein coeur du district de Samlot de la province de Battambang, située à environ 400 kilomètres au nord-ouest de Phnom Penh, la capitale du Cambodge. Les terres entourant le village se trouvent dans une région parmi les plus lourdement minées du pays. Mais grâce aux travaux de déminage entrepris durant de longues années avec le soutien du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et d'autres acteurs de la communauté internationale, l’ancien champ de bataille s’est peu à peu transformé en un champ porteur d’espoir pour les habitants de cette contrée.

À partir de 2006, le projet de lutte antimines du PNUD, mené avec l’appui de bailleurs de fonds internationaux, dont les gouvernements d'Australie, d'Autriche et du Canada, a permis d’extraire les engins de guerre meurtriers et de libérer plus de 5 400 hectares de terres polluées par les mines au Cambodge. Près des deux tiers des zones ainsi nettoyées ont été converties en terres agricoles que les villageois peuvent désormais arpenter sans peur.

Le PNUD a également œuvré aux côtés du gouvernement pour mettre en place la Stratégie nationale de lutte antimines. En conséquence, le nombre de victimes d'explosions de mines terrestres au Cambodge a considérablement diminué, passant de 4 300 en 1996 à 211 en 2011. Quelque 700 kilomètres carrés de terres ont été déminés par divers organismes avant d’être confiés aux soins des agriculteurs et des communautés rurales chargés de les cultiver ou de les utiliser pour construire des infrastructures vitales telles que les ouvrages d'irrigation, les routes, les écoles et les établissements humains.

Aussi modestes que peuvent paraître ces réalisations, elles représentent un progrès non négligeable pour les familles rurales dans un pays où près d’un quart de la population forte de quelque 14,5 millions de personnes vit avec moins de 1 dollar US par jour. En effet, la vie de ces populations dépend de l'accès aux terres cultivables, une nécessité devenue si impérieuse que le gouvernement n’a pas hésité à faire du déminage un objectif du Millénaire pour le développement à part entière.

Le Cambodge s'est fixé comme but de déminer 645 kilomètres carrés de terres supplémentaires d'ici 2019, une tâche colossale qui ne peut être réalisée sans l’assurance d’un financement soutenu de la part des bailleurs de fonds internationaux.

« Cette tâche devra se poursuivre au moins pendant les 10 à 15 prochaines années afin que les villageois puissent envoyer leurs enfants jouer et travailler sans peur sur leurs propres terres », a indiqué Keita Sugimoto, experte en déminage auprès du PNUD au Cambodge.

Dans son village d’O Tatiek, l’agricultrice Prak Chrin est désormais l’heureuse propriétaire d’un terrain de trois hectares, ce qui représente pour elle une véritable avancée par rapport au petit lopin d’à peine un hectare qu’elle cultivait quatre ans auparavant. Avec plus de terres à sa disposition, elle espère tirer des rendements supérieurs de sa prochaine récolte à la fin de l’année. À long terme, elle voudrait réaliser des économies grâce à la vente de sa production excédentaire afin de s’offrir une maison plus grande et plus confortable que la cabane de 15 mètres carrés qu’elle partage actuellement avec ses trois garçons.

C’est le rêve qu’elle souhaite réaliser à l’avenir. Mais pour l’heure, sa priorité est de vivre sans peur.

« Tous les matins, mes enfants et moi partons désormais travailler aux champs et conduire les vaches dans les pâturages en toute tranquillité, sans aucune peur », dit-elle avec soulagement. « Les choses vont beaucoup mieux maintenant pour notre famille » avoue-t-elle en conclusion.

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