Après Ebola, repenser le développement

14 nov. 2014

enfants montent les escaliers de Mabella Des enfants courent dans les ruelles du quartier pauvre de Mabella, à Freetown en Sierra-Leone. ©Lesley Wright/PNUD

L’épidémie d’Ebola qui sévit en Afrique de l’Ouest est en train de tuer, de détruire les communautés et de condamner des enfants à devenir orphelins aussi vite qu’une guerre civile.

Aujourd’hui, si le virus n’est pas stoppé, les acquis économiques et sociaux de ces trois pays à peine sortis de longues périodes de conflit et d’instabilité pourraient tout simplement partir en fumée.

Au Libéria, 60 pour cent des marchés sont maintenant fermés. En Sierra Leone, seul un cinquième des 10 000 personnes sous antirétroviraux sont encore en mesure de suivre leurs traitements. En Guinée, à cause de la crise, le gouvernement souffre aujourd’hui d’un déficit de financement de l’ordre de 220 millions de dollars.

Enfin sortis de leurs périodes les plus sombres, ces trois pays demeurent fragiles, divisés et en proie aux chocs. En ce sens, les vulnérabilités exposées par la crise soulèvent des questions sérieuses sur le processus de développement qu’ont connu ces pays.

La première vulnérabilité est le déficit chronique d’investissement dans les individus. Bien que la Guinée, la Sierra Leone et le Libéria aient connu une importante croissance économique au cours des dix dernières années (à hauteur de 3,8 et 10% par an), les conditions de vie sont restées les mêmes pour beaucoup de gens : il s’agit, au fond, de croissance sans développement.

A titre d’illustration, si les services de santé se sont améliorés depuis la fin des guerres civiles au Libéria et en Sierra Leone, en revanche la qualité et la couverture des soins laissent encore à désirer. Lorsqu’Ebola est apparu au Libéria, par exemple, le pays ne disposait que de 120 médecins pour une population de 4 millions d’habitants.

Les investissements directs étrangers n’ont pas non plus réussi à toucher les plus pauvres. Plus de 65 pour cent de ces investissements visent les mines et forêts, des activités qui enrichissent une minorité de personnes et ne créent que très peu d’emplois.

La lutte contre Ebola dans les bidonvilles semi-autonomes, surpeuplés et insalubres des capitales de ces pays a rendu la riposte infiniment plus compliquée. L’urbanisation du virus y présente des défis multiples, ruinant les systèmes de santé et menaçant la paix et la sécurité.

La deuxième vulnérabilité est l’absence de contrat social entre Etat et citoyens, résultat de la longue période de conflit qu’a connu la région. En effet, un sondage d’opinion mené par l’Afrobarometer en 2012 indique qu’il existe une méfiance profonde de l’Etat, alimentée par des insuffisances en matière de gouvernance et une qualité de vie stagnante.

Cette crise de confiance a vu les théories du complot se multiplier. Le gouvernement et les volontaires déployés chercheraient à propager Ebola. Certains nient l’existence-même du virus, inventé selon eux par les gouvernements pour s’attirer les fonds des pays donateurs.

Ce sont autant d’inquiétudes et de croyances qui ont incité les familles à dissimuler leurs morts et à les enterrer la nuit, ou à agresser le personnel de santé.

Pour s’attaquer à ce mélange explosif – un virus hautement contagieux, implanté au sein d’une société pauvre et fragile qui se méfie de l’Etat – on ne peut pas continuer à faire comme si de rien n’était.

La communauté internationale et les pays touchés peuvent s’assurer qu’une telle dévastation ne se reproduise jamais. Pour ce faire, il faut mettre les individus au cœur de tous les efforts de développement. Cela signifie renforcer les investissements en matière de santé, d’éducation, de création d’emplois et de services de base afin de permettre aux populations de raffermir leur résilience et leur autonomie.

Depuis plus de cinquante ans, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) travaille aux côtés des populations en Guinée, au Libéria et en Sierra Leone. Il opère au premier plan de la lutte contre le virus Ebola, soutenant l'urgence médicale, mobilisant les communautés contre la maladie et aidant les populations - y compris les survivants, les familles et le personnel chargé d’identifier et de traiter les patients - à se remettre de cette tragédie.

Aujourd’hui, l'approche du développement qui domine au niveau global privilégie la croissance économique et le renforcement de l'État au détriment du progrès social.

À terme, Ebola sera maîtrisé, mais les vulnérabilités exposées par cette crise doivent nous forcer à penser différemment et à investir sérieusement dans les populations. Si nous réussissons un tel changement de cap, il est possible qu’une crise comme celle-ci n’arrivera plus.

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