• Le développement à la croisée des chemins : Réflexions émanant de la région arabe

    10 juin 2014

    Des réfugiés syriens au camp de Zaatari, en Jordanie. ©PNUD

    Ces dernières années, les pays arabes ont connu de profondes mutations. Deux aspects revêtent une importance particulière pour la région en matière de financement du développement. 

    Premièrement, la région jour un rôle grandissant en tant que fournisseur d'aide publique au développement (APD). Les pays du Golfe arabe fournissent chaque année plus de 3 milliards de dollars aux pays du monde entier. À elle seule, l’Arabie saoudite fournit plus de 100 milliards de dollars à près de 90 pays depuis les années 70.

    Deuxièmement, lors des débats sur l’après-2015, l'accent a été mis sur la nécessité d'adapter l’aide aux moteurs de changement dans le monde, tels que la montée en puissance des pays à revenu moyen et le pouvoir grandissant des mouvements sociaux : deux questions pertinentes pour la région.  

    Le monde arabe enregistre des progrès très rapides en matière de santé et d'éducation, d’importants indicateurs de développement. Toutefois, des écarts sociaux et économiques croissants caractérisent ce processus.

    La questions de l’exclusion et celle des inégalités sociales ont nourri la vague de mouvements sociaux qui a vu le jour en 2011. Ces mouvements ont revitalisé le secteur du développement, et ont rendu nécessaire une remise en question fondamentale de nos approches.

    Même si, dans le passé, l'APD arabe a en grande partie été répartie par le biais de la coopération bilatérale et des plateformes multilatérales arabes, un rapprochement avec d'autres donateurs du Sud présente des avantages certains. Le centre de gravité de l'économie mondiale se déplace, à une vitesse importante, vers l'Orient. Cela implique de modifier les voies utilisées par la coopération pour le développement. 

    Les alliances stratégiques entre donateurs asiatiques et arabes pourraient largement contribuer à atteindre l'objectif commun consistant à appuyer de nouvelles modalités de développement an Afrique, étant donné que les donateurs arabes et asiatiques doivent renforcer l’appui qu’ils apporteront à l'Afrique après 2015. Les nouveaux partenariats établis dans ces trois régions pourraient revitaliser les anciennes voies du commerce, de la coopération et de l'innovation, créant une nouvelle « route de la soie » favorable à l’émergence de nouvelles modalités de développement.

    Les acteurs chargés du financement du développement dans la région ne doivent pas considérer les communautés comme de simples bénéficiaires de la charité. La société civile doit s’attacher à jouer un rôle d’agent du changement et les partenaires de développement nationaux et internationaux doivent renforcer la transparence, la responsabilisation et la participation en ce qui concerne les prises de décision. 

    Les institutions chargées du développement doivent aider les partenaires à abandonner la course linéaire et autocratique vers la croissance économique pour adopter une démarche plus contextuelle qui intègre les forces sociales, historiques et culturelles caractérisant l’état du développement dans la région arabe après 2011 au lieu de les dédaigner.   


À propos de l'auteur
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Kishan Khoday a travaillé pour le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) en Indonésie (1997-2005), en Chine (2005-2009) et en Arabie saoudite (2009-2013).

Il occupe aujourd’hui la fonction de dirigeant des pratiques du PNUD en matière d’environnement et d’énergie dans la région arabe et est en poste au Centre régional du PNUD au Caire.