• La violence envers les femmes : une réalité persistante en Amérique latine

    14 mai 2014

    Beaucoup considèrent encore que les violences faites au femmes sont un sujet qui appartient au cercle privé. ©Revista Humanum/Tangi Bertin

    On ne peut qu’être sensible aux violences faites aux femmes quand on en est soi-même victime. Elles prennent des formes diverses et touchent un quart des femmes de la région selon l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS). Ces violences sont la cause première de décès chez les femmes de 15 à 49 ans, avant le cancer, le paludisme, les accidents de la route et la guerre.

    Cette année marque le 20ème anniversaire de la signature de la Convention interaméricaine sur la prévention, la sanction et l'élimination de la violence contre la femme, ou « Convention de Bem do Pará ». Où en sommes-nous aujourd’hui ?

    Moins d’un tiers des pays de la région (28 %) ont proposé des plans nationaux visant à répondre à ces questions et la plupart d’entre eux (78 %) les intègrent déjà dans leurs politiques de sécurité. Ces chiffres sont issus de l’analyse que nous avons menée dans 32 pays de la région et figurent dans l’étude Engagement des états : plans et politiques pour éradiquer la violence contre les femmes en Amérique Latine et aux Caraïbes.

    Cette étude met en lumière les principaux obstacles qui entravent l’action de l’État. Parmi eux, la fragmentation de la réponse institutionnelle, la déficience des coordinations et des compétences techniques et le manque de cohérence entre les politiques et les instruments juridiques. Étant donnée l’ampleur de la tâche, il est essentiel que les États développent une approche institutionnelle plus holistique et inclusive et qu’ils rassemblent davantage leurs ressources.

    Nous ne pouvons non plus ignorer le problème de l’information - ou plutôt, celui de la désinformation. Nous nous reposons sur nos acquis, nos méthodes et n’avons pas de suffisamment de données comparatives pour couvrir tous les aspects du problème. Seulement 62,5 % des pays de la région ont mis en place des systèmes d’information pour mesurer la violence contre les femmes : ce n’est pas suffisant.

    Aujourd’hui, cette problématique est omniprésente dans l’agenda public, mais beaucoup reste à faire. Les cadres juridiques et institutionnels sont plus favorables mais nous savons qu’il est encore difficile de les mettre à contribution. Dans la région, 11 pays ont adopté de nouvelles lois à l’encontre des violences conjugales et familiales. La question est à présent plus librement débattue, mais nombreux sont ceux qui considèrent encore que ces situations appartiennent au cercle privé.

    La célébration du 20ème anniversaire de la Convention de Bem do Pará, ainsi que la mise en place du nouvel agenda post-2015 et l’examen Beijing +20 sont l’occasion d’attirer à nouveau l’attention sur cette question. En la plaçant au centre de l’agenda et en utilisant les ressources disponibles, on peut agir pour mettre un terme aux violations des droits de la femme.