• L'inégalité à la croisée des chemins

    22 avr. 2014

    farmers in Peru
    Agriculture durable à Apúrimac, au Pérou. ©PNUD Pérou

    L’Amérique latine a connu une baisse des inégalités lors de des dix dernières années mais de nouvelles données montrent que la tendance est aujourd’hui à la stagnation. La concentration des revenus est même en hausse dans certains pays. C’est en effet ce que révèle la dernière révision des données sur les ménages, selon la base de données socio-économiques pour l'Amérique latine et les Caraïbes (SEDLAC) publiée par la Banque mondiale. Si le coefficient de Gini (l'indice le plus couramment utilisé pour mesurer l'inégalité des revenus) a diminué en moyenne de 0,94 % par an dans la région, ce pourcentage est tombé à 0,33 % en 2011, puis à 0,02 % en 2012.

    Sur la base de ces données, les estimations du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) montrent que l'inégalité a stagné entre 2010 et 2012 dans six des seize pays analysés.

    Comment expliquer un tel blocage ? En l’absence de changements significatifs en matière de transferts sociaux et de retraites au cours de cette période, le marché du travail apparaît comme responsable, en particulier à les travailleurs peu qualifiés du secteur tertiaires qui a généré la majorité des emplois lors du boom économique. La croissance des revenus représente un avantage pour la société car elle permet de réduire la pauvreté, mais en raison de la hausse des coûts unitaires du travail, elle représente aussi un coût pour les entreprises. Aujourd’hui, ces changements ouvrent la voie à d’intéressants débats politiques.

    Une première solution pour faire face à cette stagnation des inégalités serait d’entreprendre des réformes structurelles pour améliorer le climat des affaires. Une façon simple de réduire les coûts unitaires du travail serait de libéraliser les marchés du travail et déréglementer les prestations d’emploi. Plusieurs pays de la zone euro suivent aujourd'hui cette stratégie. Cependant, du point de vue du développement humain, ce remède est pire que le mal, car à long terme, il porte atteinte au tissu économique et social.

    Une autre solution serait de renforcer les filets de protection sociale, en se concentrant particulièrement sur ​​le renforcement du rendement de l'éducation pour différents segments du marché du travail. Cette approche s’apparente plus à une « course à l'éducation et à la technologie » qu‘à une course à la réduction des coûts de main-d'œuvre. Peu de pays opteront pour cette voie, qui n’apporte que peu d’avantages politiques à moyen et long terme.

    La dernière solution pour faire face à la stagnation des inégalités serait de ne rien faire. Il s’agit là du scénario le plus probable pour l’Amérique latine, car des réformes en la matière engagerait un capital politique et institutionnel important. Les pays essaieraient alors de maintenir le rythme de réduction de la pauvreté grâce à une croissance économique plus forte. Ceux-ci prendront probablement conscience de l’inefficacité à moyen et long terme d’une telle stratégie d’ici 2020.

    Nous assisterons en tout cas dans la région à un regain d'intérêt pour les réformes structurelles. Tels le voyageur du poème de Robert Frost, nous ferons face à deux routes divergentes et nous nous attristerons de ne pouvoir en choisir qu’une.