• Réduction des inégalités en Amérique latine : quelles leçons pour les États-Unis ?

    29 janv. 2014

    Artesana utilizando materiales producidos localmente
    Une femme utilise des produits locaux pour son travail artisanal, dans la région de Salta, en Argentine. ©PNUD Argentine

    Alors que le débat sur les inégalités s'intensifie aux États-Unis, quelles leçons tirer de l'exemple latino américain qui, malgré la persistance du problème, est la seule région à avoir réduit les disparités de revenus au cours de la dernière décennie ? 

    Première économie du monde, les États-Unis n'en sont pas moins le plus inégalitaire des pays industrialisés. En 1979, 20 pour cent des Américains les plus riches se partageaient 43 pour cent des revenus nationaux, et 9 pour cent de ces revenus étaient détenus par à 1 pour cent d'entre eux. Aujourd'hui, ces deux tranches se taillent respectivement plus de 50 pour cent et près de 15 pour cent des revenus bruts. 

    Depuis, l'Amérique latine est progressivement devenue une région à revenu intermédiaire et a su réduire la pauvreté. Ces 10 dernières années, 16 pays sur 17 ont réussi à réduire fortement les disparités de revenus. Comment s'y sont-ils pris ? 

    D'abord, la réduction des inégalités est très largement causée par l'amélioration des revenus liés au travail domestique. En effet, la forte demande en produits ménagers née de la croissance économique a favorisé l'emploi et la hausse des salaires. Cela a permis d'amoindrir les disparités de salaires entre diplômés et travailleurs non qualifiés. Mais, aux États-Unis, cet écart s'est creusé ces dernières années. 

    Ensuite, l'Amérique latine est le leader mondial des programmes sociaux d'aide financière aux démunis, conditionnés au maintien des enfants à l'école et au respect du calendrier vaccinal et des visites médicales. Ces transferts, chiffrés entre 0,5 et 3 pour cent du PIB, représentent près du tiers de la réduction des inégalités et constituent le principal mécanisme de réduction de la pauvreté dans 18 pays de la région au profit de 113 millions de citoyens. Si les transferts sociaux ne sauraient remplacer des services sociaux faibles, ils ont néanmoins permis de transférer des ressources financières sans trop d'intermédiation. 

    Aux États-Unis, malgré une fiscalité généralement progressive, les transferts sociaux directs demeurent un point faible. Le crédit d'impôt sur les revenus salariaux est l'élément principal de la politique fiscale redistributive, mais il repose sur le système fiscal – qui oublie souvent les ménages déshérités exclus du système de sécurité sociale et du marché du travail. 

    Enfin, un « dividende démographique » (baisse des taux de fertilité et meilleure espérance de vie) a favorisé une plus large participation à l'activité économique en Amérique latine.

    Aux États-Unis, la seule chose qui pourrait s'apparenter à un dividende démographique serait une réforme globale de l'immigration pour favoriser un afflux de travailleurs légaux, dont les effets multiplicateurs stimuleraient les économies locales.    

    L'Amérique latine traîne le handicap de plusieurs siècles de discrimination fondée sur la classe sociale, la race et le sexe. Mais, elle peut inspirer les États-Unis, dont l'architecture du système de protection sociale et professionnelle repose sur une économie en plein essor et non sur une économie en déclin. Tant que la croissance économique des pays développés restera faible, les mesures redistributives exigeront plus d'actions préventives au niveau des politiques sociales que du marché du travail. C'est le principal enseignement du cas latino-américain : il y a des limites à ce que les marchés peuvent faire pour réduire les inégalités.