• Quand le monde travaille au profit d'une minorité, ou la mainmise privée sur la démocratie

    24 janv. 2014

    Children in a slum in Bangladesh
    Selon un nouveau rapport du PNUD, l'inégalité des revenus a augmenté de 11% dans les pays en développement entre 1990 et 2010. ©Kibae PARK/ONU

    Sept personnes sur dix dans le monde vivent dans des pays dont les inégalités économiques ont augmenté au cours des 30 dernières années. Dans un document publié cette semaine, Nick Galasso d'Oxfam America et moi avons analysé le phénomène grandissant de la concentration des revenus et de la mainmise politique.

    Première constat : les riches s'enrichissent encore plus vite. En tout, la moitié des adultes les plus pauvres de la planète, soit 3,5 milliards d personnes, possède 1 700 milliards de dollars, soit l'équivalent des avoirs des 85 personnes les plus riches du monde. Aux États-Unis, 1 % de riches s'est taillé 95 pour cent de la croissance post-crise financière en 2009 et 2012, alors que 90 pour cent des Américains se sont encore appauvris.

    Deuxième constat : ce phénomène grandissant de concentration des revenus et des richesses se double très souvent d'un pouvoir et d'une influence politiques. Cela paraît évident, mais on l'oublie très facilement. Par le lobbying, le financement de campagnes électorales ou le refus de respecter la règlementation, les riches exercent leur emprise sur la manière dont le reste de la société est gouverné. Dans Working for the Few (Quand le monde travaille au profit d'une minorité), nous analysons le mécanisme par lequel la richesse se traduit par une influence politique qui, à son tour, enrichit davantage une minorité de privilégiés.

    L'influence disproportionnée des riches peut prendre différentes formes. Prenons, par exemple, le Mexique où le PDG d'América Móvil, Carlos Slim, contrôle près de 80 pour cent des services téléphonie fixe et 70 pour cent des services de téléphonie mobile du pays. 

    Ce quasi-monopole a un coût considérable permanent pour l'économie mexicaine et les Mexicains, qui paient des tarifs de communication excessifs. Autrement dit, le Mexicain ordinaire fait chaque jour un transfert d'argent (une redistribution, pour ainsi dire) au profit de l'homme le plus riche du monde.

    Troisième constat, plus subtile : une fois que la richesse et l'influence politique sont exclusivement entre ses mains, la minorité de privilégiés engrange tous les bienfaits de l'éducation et du marché du travail. La mobilité sociale disparaît, et des groupes sont exclus de la société. Et, lorsque la réussite est le fruit d'un système qui ne profite qu'aux puissants et aux riches, rien n'est juste.

    Je conclurai par une mise en garde. Le phénomène grandissant de la concentration de revenus et de richesses constitue une menace pour les sociétés stables et inclusives - la répartition déséquilibrée des richesses pervertit les institutions et sape le contrat social qui lie le citoyen à l'État. Cela s'est déja produit. Si nous ne prenons pas garde à cette tendance inquiétante, l'histoire risque de se répéter.

    Donnez-nous votre avis : Comment réduire les inégalités économiques et briser le cercle vicieux de la richesse et du pouvoir  ?


À propos de l'auteur
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Ricardo Fuentes-Nieva est chef du service de recherche pour Oxfam GB. Avant de rejoindre Oxfam, Ricardo a travaillé au PNUD, où il a dirigé la réalisation du premier Rapport sur le développement humain en Afrique et pris part à la rédaction de plusieurs Rapports sur le développement humain