• Pourquoi la violence maintient les femmes dans la pauvreté

    04 nov. 2013

    Malala Yousafzai
    Malala Yousafzai, jeune pakistanaise attaquée par les talibans en octobre dernier pour avoir défendu l'éducation des filles. ©UN Photo/Rick Bajornas

    Selon des estimations prudentes, la perte de productivité résultant des violences domestiques atteindrait 1,2 pour cent du PIB au Brésil et en Tanzanie, et 2 pour cent du PIB au Chili, soit l’équivalent de ce que la plupart des gouvernements consacrent à l'enseignement primaire (environ 1,5 pour cent du PIB). Mais ces chiffres ne comprennent ni les coûts associés à l'impact émotionnel à long terme de cette forme de violence, ni son impact sur la seconde génération.

    L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) estime que 35 pour cent des femmes dans le monde ont subi les violences physiques ou sexuelles d’un partenaire intime ou des violences sexuelles de la part d’autres qu’un partenaire. Cela représente environ 938 millions de femmes, plus que le nombre de personnes sous-alimentées dans le monde, et près de l’équivalent de la population africaine.

    Les femmes vivant dans la pauvreté, en particulier dans les pays pauvres, se heurtent à de nombreuses difficultés lorsqu’elles cherchent à échapper à la violence liée au genre. La dépendance financière de ces femmes est en effet plus importante, et les voies de sortie qui s’offrent à elles, moins nombreuses, tandis que leur vie est souvent régie par des normes sociales séculaires, qui, au mieux, encouragent à fermer les yeux sur les exactions auxquelles elles sont confrontées, et, au pire, les pénalisent.

    Ces femmes risquent de faire face à une plus grande stigmatisation sociale si elles cherchent de l'aide, tandis que les institutions sont parfois trop faibles pour leur fournir l’aide dont elles ont besoin. Quant à savoir pourquoi de tels abus ne sont pas dénoncés, les femmes des pays en développement répondent le plus souvent qu’elles croient que cela ne servirait à rien.

    La violence liée au genre renforce les inégalités. Elle signifie aux femmes qu'elles valent moins que les hommes et sape leur capacité à faire des choix et à agir en conséquence de façon indépendante. Elle exige d’être traitée non seulement en tant que violation des droits humains fondamentaux des femmes, mais également en tant qu’enjeu économique.

    Dans certaines communautés, le développement se trouve perturbé par la violence liée au genre dans les écoles. Une enquête menée en 2008 (PDF, anglais) au Mozambique a ainsi révélé que 70 pour cent des filles étaient au courant du fait que certains enseignants exigent d’avoir des rapports sexuels avec leurs élèves comme condition à l’attribution de meilleures notes, tandis que 50 pour cent d’entre elles signalaient des abus sexuels commis par des élèves masculins.

    Les femmes exposées à la violence de leur partenaire intime ont manifesté plus d’absentéisme au travail, une productivité moins élevée et des gains plus faibles que celles qui n’étaient pas battues. Selon une étude effectuée au Vietnam, les auteurs masculins de violence intime manifestent aussi plus d’absentéisme au travail après un épisode violent. La peur d’être la cible d’actes de violence — dans les transports publics par exemple —dissuade encore davantage de nombreuses femmes de chercher un emploi.


    Malala Yousafzai, l'adolescente pakistanaise attaquée par des talibans parce qu’elle défendait l'éducation des filles, a déclaré : « Nous, les filles, pouvons changer le monde. » L'émancipation des femmes et des filles comme Malala, désormais icône planétaire de la lutte pour l'égalité des genres, s’avère être un catalyseur pour soustraire les sociétés à la pauvreté et stimuler la prospérité commune. Il est essentiel de mettre fin à la violence dont ces femmes et ces filles sont la cible et de lutter contre les normes culturelles qui la perpétuent.


À propos des auteurs

Jeni Klugman est directrice du secteur Genre et Développement au sein du Groupe Banque mondiale.


Matthew Morton est sociologue, spécialiste en genre et développement au sein du Groupe Banque mondiale.

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