• Comment l’Afrique peut-elle parvenir à la sécurité alimentaire ?

    22 mai 2012

    Un fermier au Kenya
    C'est un paradoxe difficile a comprendre que l'Afrique subsaharienne, un continent dote d'autant de richesses, fasse toujours face a la famine et a la malnutrition. Photo: PNUD

    Situation des plus paradoxales, sur un continent doté d’immenses ressources agricoles, l’Afrique subsaharienne fait toujours face à la faim et à la malnutrition.

    Le paradoxe est d’autant plus frappant que la région a connu ces dernières années des taux de croissance économique élevés, parmi les plus forts au monde, et des améliorations de l’espérance de vie et de la scolarisation. Rien de cela toutefois ne s’est accompagné de progrès en matière de sécurité alimentaire.

    Près de 218 millions d’Africains, soit plus d’un sur quatre, restent sous-alimentés et plus de 55 millions d’enfants de moins de 5 ans, soit plus de 40 %, souffrent de malnutrition.

    Le spectre de la famine, qui a pratiquement disparu en d’autres lieux, continue de hanter de vastes groupes de population de la région : il s’est manifesté en Somalie en 2011 et le Sahel est de nouveau à risque en 2012.

    L’insécurité alimentaire chronique de l’Afrique subsaharienne provient de décennies de sous-investissement dans les campagnes, où l’infrastructure se détériore, l’agriculture languit, les inégalités fondées sur le sexe et autres facteurs se creusent et les systèmes alimentaires stagnent.

    Les petits agriculteurs, ceux-là mêmes dont dépend le relèvement du secteur agricole, se trouvent de longue date pris entre l’arbre et l’écorce.

    Les aléas de la météorologie et les variations saisonnières des prix alimentaires, doublés de nouvelles menaces provenant de la croissance démographique, des pressions environnementales et des changements climatiques, ne font qu’empirer la situation.

    Mais il ne faut pas confondre histoire et destin et les Africains ne sont pas irrémédiablement condamnés par le sort à souffrir de la faim. Si les pouvoirs publics, armés d’une volonté politique solide, agissent résolument pour faire en sorte que tous et toutes puissent accéder aux denrées alimentaires et aient les moyens financiers de se les procurer, il peut s’enclencher sur le continent un cercle vertueux de développement humain accru et de sécurité alimentaire renforcée.

    Tel est l’argument central du Rapport sur le développement humain en Afrique du Programme des Nations Unies pour le développement intitulé « Vers une sécurité alimentaire durable » lancé aujourd’hui à Nairobi.

    Une action focalisée sur la seule agriculture ne suffira pas pour mettre un terme à l’insécurité alimentaire. Le secteur vivrier africain devra non seulement produire considérablement davantage, mais il faudra aussi des interventions coordonnées dans de multiples autres secteurs, infrastructure rurale et services de santé notamment, ainsi que des mesures pour instaurer de nouvelles formes de protection sociale et autonomiser les communautés locales.

    L’Afrique subsaharienne peut s’extirper de l’insécurité alimentaire omniprésente en accroissant la productivité agricole des petits exploitants, en mettant en place des politiques de nutrition plus efficaces, tout particulièrement pour les enfants, en aidant les communautés et les ménages à résister aux chocs et en encourageant une participation et une autonomisation plus larges de la population, notamment de la part des femmes et des groupes ruraux pauvres.

    Le défi est de taille, il y a urgence en la demeure et l’investissement requis est considérable, mais les retombées pour le développement humain dans la région sont immenses.

    Donnez-nous votre avis : Que devraient faire les gouvernements africains pour assurer la sécurité alimentaire ?


A propos de l'auteur
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Tegegnework Gettu est le Sous-Secrétaire général et Directeur du Bureau régional pour l’Afrique
Programme des Nations Unies pour le développement

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