• Assurer la transition démocratique au Kirghizstan

    04 nov. 2011

    Une femme et son enfant dans les campagnes du Kyrgyzstan - paralysées par le froid hivernal (Photo: PNUD)

    La république kirghize, un pays pauvre et enclavé d'Asie centrale postsoviétique, a organisé des élections présidentielles le 30 octobre dernier. Il s'agissait du premier scrutin présidentiel d'Asie centrale dans lequel le président sortant a respecté à la lettre une constitution fondamentalement démocratique.

    Dans une région où les élites comme le reste de la société associent souvent la compétition électorale à l’instabilité et aux troubles, les élections au Kirghizstan, à l'instar de ce qui s'est passé lors du printemps arabe, montrent combien le fait de rendre des comptes à la société est essentiel à la bonne gouvernance.

    La transition démocratique au Kirghizstan ne s'est pas faite sans peine.

    Elle a commencé en avril 2010 par un soulèvement populaire qui a renversé le président Kurmanbek Bakiyev, accusé par une grande partie de la population d'avoir compromis les premiers efforts du Kirghizstan dans la construction de la démocratie. Près de 90 manifestants ont été tués et 1700 ont été blessés au cours des violences qui ont conduit à la fuite de Bakiyev.

    Ce soulèvement a été suivi en juin 2010 d'une flambée de violences ethniques au cours desquelles 400 000 Ouzbeks ont dû fuir leurs foyers et le commerce, le transport et l'infrastructure de logement du sud du Kirghizstan ont subi des millions de dollars de préjudice.

    Depuis les événements de 2010, les démocrates du Kirghizstan se sont efforcés d’empêcher de nouvelles tragédies.

    Une nouvelle constitution limitant les pouvoirs présidentiels et obligeant le gouvernement à travailler sur la base de coalitions parlementaires a été approuvée par référendum populaire.

    Avec l'appui de la communauté internationale et des Nations Unies, une grande partie de l'infrastructure du sud du pays a été rénovée. Des organisations anti-corruption issues de la société civile ont été installées dans les ministères centraux, et des mesures destinées à assainir le pouvoir judiciaire ont été mises en place.

    Depuis le début de la transition, le Programme des Nations Unies pour le développement, en collaboration étroite avec d'autres agences de l’ONU et des partenaires internationaux, a assuré l'apport d'expertise et une large participation à l'élaboration d'une nouvelle constitution, a fourni une assistance électorale, a appuyé les efforts de réconciliation ethnique et a renforcé les capacités du gouvernement pour lui permettre de reconstruire le sud du pays et de négocier au Parlement. Le PNUD a également aidé à générer plus de 4 000 emplois dans les services publics, a permis à plus de 2 000 jeunes d'acquérir des compétences techniques et commerciales, et a soutenu la création de 3 000 entreprises.

    Ces changements semblent donner des résultats : la croissance du PIB jusqu'en août était de 7 %, et les revenus budgétaires de l'État avaient dépassé les attentes. Le gouvernement a intégré plusieurs des recommandations contenues dans les nombreux rapports nationaux et internationaux en matière de violence ethnique.

    La signature récente par le gouvernement de la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées et les travaux entrepris pour mettre en œuvre les recommandations du Conseil des droits de l'homme, dont le Kirghizstan assure actuellement la vice-présidence, sont des preuves supplémentaires des aspirations démocratiques du pays.

    S'il est vrai que le Kirghizstan connaît une véritable transition démocratique, celle-ci n'en reste pas moins fragile, 15 mois après le conflit dans le sud du pays.

    Nombreux sont ceux qui considèrent que les progrès ont été lents, et que les progrès en matière de droits de l'homme sont très inégaux.

    Des observateurs s'inquiètent des difficultés que pourrait connaître la nouvelle démocratie en l'absence de Roza Otunbayeva, une présidente aux principes élevés et inspirant la confiance, qui avait promis de ne pas se présenter aux élections lorsqu'elle avait accepté d'assurer la présidence pendant la période de transition de 18 mois.

    La communauté internationale doit soutenir les évolutions constructives et authentiques, sans oublier qu'il faut du temps – pour intégrer la valeur du compromis et les coûts d’une politique à somme nulle – afin qu'une démocratie s'installe de façon efficace et sure.

    Au cours de cette transition du Kirghizstan d'un gouvernement démocratiquement élu à un autre, il faut envoyer un message fort de soutien aux forces qui acceptent les principes démocratiques d’échanges et de concessions.

    La population et les dirigeants du Kirghizstan doivent comprendre que les réformes démocratiques, quelles que soient leurs difficultés, offrent les meilleures perspectives de stabilité dont ce pays a désespérément besoin.

    Il faut aussi que la population soit assurée qu'un gouvernement qui déploie constamment des efforts pour renforcer la protection des droits de l'homme, encourager la réconciliation ethnique et mettre véritablement en place des mesures de lutte contre la corruption, sera soutenu, même si les résultats sont parfois en deçà des attentes.

    Dans la mesure du possible, il faut que les donateurs envoient des signaux de soutien, décaissent les tranches d'assistance en suspens et envoient des messages positifs.

    En plus de s'assurer des sources de croissance génératrice d'emplois, le pays doit être capable de répondre de façon plus efficace aux catastrophes naturelles, de nettoyer les douzaines de dépôts de stockage de déchets radioactifs datant de l’ère soviétique, et de réduire la corruption et le trafic de drogue.

    Beaucoup reste à faire pour mettre le Kirghizstan sur la voie d'un développement sûr et sur le long terme. Les Nations Unies, et de façon plus générale la communauté internationale, ne doivent pas hésiter à lui tendre la main. Mais ne permettons pas à la perfection de devenir l'ennemi d'une amélioration progressive et réelle.

    L'auteur est la Sous-Secrétaire générale adjointe des Nations Unies et la Directrice du bureau régional du PNUD pour l'Europe et la CEI.


A propos de l'auteur
thumbnail

Kori Udovički est la Sous-Secrétaire générale adjointe des Nations Unies et la Directrice du bureau régional du PNUD pour l'Europe et la CEI.

Voir plus
La visite d'Helen Clark au Kyrgyzstan