Helen Clark : Allocution lors de la réunion annuelle de groupe du Bureau régional du PNUD pour l’Afrique ayant pour thème « Vers une Afrique émergente »

22 juin 2015

C’est avec grand plaisir que je me joins au Président de la République de Madagascar, S.E. M. Hery Rajaonarimampianina pour vous souhaiter la bienvenue à la réunion de 2015 des groupes du Bureau régional pour l’Afrique du PNUD.

Je remercie le Président et le Gouvernement malgache d’accueillir cette réunion des responsables du PNUD en Afrique. Nous souhaitons également la bienvenue à nos partenaires clés que sont l’Union africaine, le Secrétariat du NEPAD, le monde académique et les Gouvernements de Madagascar et de Maurice.

Le PNUD est uni à Madagascar par un solide partenariat. Nous saluons la récente décision du pays d’accorder une place prioritaire au développement humain et durable dans sa nouvelle stratégie à moyen terme. Les acquis du développement durable indiquent qu’une population en bonne santé, autonomisée et instruite est un puissant moteur de l’économie et un facteur de renforcement de la société. En investissant dans les personnes et dans la capacité du pays à maintenir cet investissement, Madagascar jettera les bases d’un développement inclusif et durable.

Une Afrique émergente

Dans le cadre de la présente réunion des responsables régionaux et de pays du PNUD en Afrique, nous concentrons notre attention sur les modalités selon lesquelles le système des Nations Unies pour le développement peut contribuer aux progrès du continent.

L’an dernier, l’Union africaine a adopté son Agenda 2063, un programme visionnaire qui oriente le continent sur la voie de l’émergence. Elle a également adopté la Position commune africaine sur le programme de développement pour l’après-2015. Ces programmes résolument axés sur l’avenir appellent à « bâtir une Afrique intégrée, prospère et en paix, dirigée par ses citoyens ».

Ces deux documents donnent à tous les partenaires, y compris aux Nations Unies, des indications claires sur l’avenir que veut l’Afrique.

Le Bureau régional pour l’Afrique est le plus grand des bureaux régionaux du PNUD. Ceci reflète le nombre de pays couverts, l’ampleur des opportunités et des défis qui se présentent pour l’Afrique subsaharienne et l’importance de faire des progrès pour atteindre les objectifs mondiaux de développement inclusif et durable.

D’ici à la fin de l’année, sont attendus de nouveaux accords mondiaux sur le financement du développement, les objectifs de développement durable et le changement climatique. Nous sommes déjà parvenus à un accord sur le nouveau cadre mondial de réduction des risques de catastrophe. Tous ces accords guideront les priorités du développement mondial pour toute une génération. C’est pourquoi je vois l’année 2015 comme porteuse d’une possibilité qui ne se présente qu’une fois par génération de définir et de fixer clairement une orientation et des priorités mondiales pour assurer l’avènement de l’avenir que nous voulons.

Le programme de développement durable que les États Membres des Nations Unies négocient actuellement est universel par sa portée : il couvre tous les pays du globe. Mais il est impératif, dans sa mise en œuvre, d’accorder la plus haute priorité à l’Afrique dans sa quête d’un développement inclusif, durable et résilient.

Les défis à relever sont de taille :
• Je viens de participer au lancement de l’évaluation des besoins post-catastrophe pour le Malawi qui s’efforce de se relever au lendemain des inondations massives survenues au début de cette année. Ce pays connaît des cycles récurrents d’inondation et de sécheresse, qui sont exacerbés par le changement climatique. Il est impératif de trouver les ressources nécessaires pour « reconstruire en mieux » et pour réduire les risques de catastrophes pour l’avenir.

Ici, à Madagascar, les cyclones, les inondations et les sécheresses ont également eu de graves impacts sur le développement. Déjà en 2015, 20 pays africains ont subi de graves inondations. Les sécheresses prolongées constituent également un immense problème pour beaucoup. Bien qu’ils soient les moins responsables du changement climatique, les pays à bas revenu sont ceux qui en subissent les coûts les plus élevés en termes de pertes de vies, de moyens de subsistance mis à mal, et d’habitations et d’autres ouvrages d’infrastructure détruits.

• En février, je me suis rendue en Guinée, au Libéria et en Sierra Leone qui s’efforcent tous de se relever d’un choc d’un autre genre : l’épidémie meurtrière d’Ebola. Les économies de ces trois pays figuraient parmi celles qui connaissaient la croissance la plus rapide en Afrique. Elles ont été heurtées de plein fouet non pas par une chute des cours des matières premières, ni par une récession mondiale, mais par la faillite des systèmes de santé et autres et leur incapacité à enrayer l’épidémie à ses débuts.

• Le Soudan du Sud et la République centrafricaine ont eux aussi subi des chocs très brutaux, provenant de l’incapacité de systèmes politiques à résoudre les différents par la médiation et à pratiquer l’inclusion au lieu de l’exclusion. Les conflits prolongés ont gravement déstabilisé ces deux pays, sans que l’on puisse discerner à l’heure actuelle une sortie possible de la crise pour le Soudan du Sud. En d’autres lieux, des insurgés radicalisés, depuis Boko Haram jusqu’à Al Shabaab, sèment la mort et réduisent à néant les possibilités d’avenir au-delà des frontières nationales.

Et cependant, au milieu de tous ces défis, nous voyons aussi des progrès et des motifs d’optimisme. La solidarité africaine joue à cet égard un rôle important. Considérons, par exemple :

• La riposte des pays et des institutions face à Ebola sur le continent. Nombreux sont ceux qui ont apporté une aide humanitaire, mis à disposition des agents de santé et/ou accordé des appuis financiers. L’Union africaine, la Banque africaine de développement, la CEDEAO et l’Union du fleuve Mano ont joué un rôle clé par leurs interventions.

• Le rôle des institutions africaines et des personnalités éminentes du continent dans le règlement des différends qui présentent des menaces pour la paix et la stabilité ; et le nombre élevé de soldats africains déployés au sein des forces de maintien de la paix. L’appui apporté par la SADC à Madagascar pour reprendre la voie du gouvernement constitutionnel est un bon exemple de l’aide que peut apporter une institution sous-régionale.


• L’élan en faveur d’une intégration régionale et sous-régionale qui élargit les marchés intérieurs et crée des opportunités de croissance et d’emploi. La SADC, la Communauté d’Afrique de l’Est et la CEDEAO figurent au nombre des acteurs engagés sur les voies de l’intégration.

Nous constatons également :

• De nombreux processus électoraux pacifiques et crédibles au niveau national et local. Ce phénomène a été particulièrement notable au Nigéria, pays le plus peuplé du continent, qui a, pour la première fois, opéré un transfert de pouvoir pacifique à un candidat de l’opposition.

• Des taux relativement élevés de croissance économique. Depuis 2005, la croissance annuelle du PIB africain se situe en moyenne aux environs de 5 %, malgré les pressions résultant des crises financières mondiales et de leurs séquelles. Se sont conjugués et ont contribué à cette croissance des prix favorables des matières premières, des investissements dans les industries extractives, une amélioration de la stabilité politique, un renforcement institutionnel, un accroissement de la sécurité pour beaucoup et une conjoncture macroéconomique stable.

• Une réduction de l’extrême pauvreté et une amélioration des services dans un grand nombre de pays. Nombreux sont les pays qui ont réussi à réduire rapidement leur taux de mortalité des moins de cinq ans. Bien plus nombreux sont les enfants scolarisés. Les taux de prévalence du VIH ont baissé et un nombre considérablement accru de personnes vivant avec le VIH dispose d’un accès aux antirétroviraux.

Dans l’ensemble, les perspectives de l’Afrique sont aujourd’hui très différentes de ce qu’elles étaient lors du lancement des OMD au début de ce siècle. De nombreux pays africains sont aujourd’hui portés par une remarquable dynamique et peuvent se féliciter d’avoir réalisé de solides progrès. Cela augure bien des efforts de réalisation des Objectifs de développement durable (ODD) que les dirigeants mondiaux devraient adopter aux Nations Unies à New York en septembre.

Appui du PNUD en faveur du programme des ODD en Afrique

Le PNUD a œuvré aux côtés des pays du continent alors qu’ils intégraient les OMD dans leurs programmes de développement national. Nous nous sommes attachés à renforcer les capacités, à transférer les connaissances et à appuyer l’accès aux financements. Au cours des cinq années écoulées, nous avons travaillé avec nos partenaires au sein des équipes de pays des Nations Unies, notamment avec la Banque mondiale, pour accélérer les progrès en vue d’atteindre les principales cibles des OMD. Nous pourrons mettre à profit toute notre expérience et tous les enseignements tirés de ces travaux en faveur de la réalisation des ODD. Grâce à notre Centre de services régional renforcé à Addis-Abeba, nous sommes particulièrement bien positionnés pour ce faire.

Beaucoup de bureaux de pays et d’équipes de pays des Nations Unies en Afrique travaillent d’ores et déjà avec leurs partenaires nationaux et locaux pour jeter les bases de la mise en œuvre des OMD. Il en est ainsi dans les deux pays où je viens de me rendre, le Botswana et le Malawi, où de nouveaux plans nationaux sont en cours d’élaboration. Il faut saisir la première occasion qui se présente d’appuyer l’intégration des ODD dans les programmes de développement nationaux.

Dans de nombreux pays, les capacités institutionnelles sont limitées. Or la poursuite d’un développement durable exige un gouvernement cohésif possédant les capacités requises pour appliquer des stratégies intégrées. Il sera important d’élaborer et d’appuyer des approches  exhaustives qui prennent en considération toutes les composantes économiques, sociales et environnementales du développement durable.

L’accélération de la réalisation des OMD s’est concentrée sur l’élimination des goulets d’étranglement et autres obstacles. Cela doit continuer avec les ODD et surtout en ce qui concerne les travaux inachevés des programmes des OMD.
Je suis persuadée que tous les efforts visant à réaliser les ODD seront en phase avec la vision de l’Union africaine énoncée dans l’Agenda 2063 pour l’émergence africaine.

L’émergence exige une transformation structurelle pour faire accroître l’inclusivité et la diversité de l’économie. Elle exige des investissements humains et dans les services et les infrastructures, ainsi qu’un renforcement des institutions pour accéder au statut de pays à revenu intermédiaire, et à en éviter les pièges.

Pour assurer à la fois l’émergence de l’Afrique et la réalisation des ODD, il est impératif de se concentrer sur les points suivants :

Lutte contre les inégalités. Ceci est d’une importance vitale. En réduisant les inégalités, les pays africains relèveront le niveau de développement humain et tireront parti du plein potentiel qu’ont les femmes et les groupes marginalisés de contribuer au développement. Notre prochain Rapport régional sur le développement africain émettra des recommandations sur la lutte contre les inégalités de genre.

Mobilisation du potentiel de la jeunesse. La nombreuse population jeune de l’Afrique offre la possibilité de dégager un important dividende démographique, à condition d’investir dans le potentiel des jeunes. L’inverse est également vrai : une jeunesse aliénée et en colère ne saurait apporter à la société la contribution positive dont celle-ci a besoin.  

Amélioration des emplois et des moyens d’existence. Sur le continent, plus de quatre personnes sur dix vivent dans l’extrême pauvreté. Parmi les travailleurs africains, 80 % sont employés dans des activités à faible rendement dans l’agriculture ou trouvent des moyens de subsistance dans le secteur des services de faible valeur qui dégagent peu de revenus. Il faut générer davantage d’emplois et de moyens de subsistance décents par le biais d’une croissance inclusive et durable.

Maintien de l’intégrité des écosystèmes. Les ODD encourageront tous les pays à favoriser un progrès économique et social par des activités à faible empreinte écologique. Ceci est essentiel à la préservation du patrimoine de l’humanité qui assure notre avenir commun.

Lutte contre les facteurs de conflit et d’instabilité. Ceci pourra comprendre un renforcement de la cohésion sociale, l’établissement de l’état de droit et de capacités de résolution pacifique des différends, et une gouvernance plus inclusive et efficace.

Conclusion

Le Plan stratégique du PNUD pour 2014-2017 et la transformation structurelle qu’opère le Programme sont conçus pour lui permettre de se doter de capacités optimales afin d’appuyer les pays bénéficiaires de ses activités et de les aider à réaliser les objectifs de développement nationaux et mondiaux.

Les temps sont durs pour de nombreux organismes de développement. Plusieurs bailleurs de fonds traditionnels réduisent leur budget d’aide au développement et le consacrent de plus en plus à la réponse aux besoins humanitaires résultant de catastrophes et de situations d’urgence prolongées. Il est difficile de se rappeler une époque où autant de crises créaient des besoins d’une telle ampleur.

Mais les travaux  du PNUD sont plus nécessaires que jamais dans ces pays qui doivent se relever des crises et des catastrophes ainsi que dans ceux qui souhaitent accélérer leur émergence. Nous devons donc faire preuve d’initiative dans nos activités ainsi que dans la mobilisation des financements et dans l’adaptation de nos modèles d’activité. Nombre d’entre vous à la tête de bureaux de pays vous employez précisément à cette tâche et j’apprécie le fait que, comme les hauts responsables au niveau mondial, vous soyez prêts à prendre les décisions difficiles qui permettent à notre organisation de s’adapter aux objectifs visés dans une conjoncture particulièrement difficile.

Sous le leadership de Mar et avec la mobilisation de tous nos dirigeants au niveau des pays et au centre de services régional, je ne doute pas que le Bureau régional pour l’Afrique et ses bureaux de pays continueront d’être considérés comme des partenaires indispensables pour l’émergence de l’Afrique. J’espère que la présente réunion de groupe permettra de faire le point sur les évolutions des programmes mondiaux et régionaux ainsi qu’au sein du PNUD et dans l’ensemble du système de développement. Ainsi vous serez bien placés pour mener des activités de programme pertinentes et sensibles aux besoins de l’émergence de l’Afrique.

PNUD Dans le monde

A

Afghanistan Afrique du sud Albanie Algérie Angola Arabie saoudite Argentine Arménie Azerbaïdjan

B

Bahreïn Bangladesh Barbade Bélarus Bélize Bénin Bhoutan Bolivie Bosnie-Herzégovine Botswana Brésil Bureau du Pacifique Burkina Faso Burundi

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D

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E

Egypte El Salvador Emirats arabes unis Equateur Erythrée Ethiopie

G

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H

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I

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J

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K

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L

Laos Lesotho Liban Libéria Libye L’Ex-République yougoslave de Macédoine

M

Madagascar Malaisie Malawi Maldives Mali Maroc Mauritanie Mexique Moldova Mongolie Monténégro Mozambique Myanmar

N

Namibie Népal Nicaragua Niger Nigéria

O

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P

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R

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