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La riposte contre la sécheresse doit être pérenne, pas sporadique

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Des enfants transportant de l'eau, Dadaab, Kenya. Photo : Leonard Odini/PNUD Kenya

Depuis fin 2016, la sécurité alimentaire au Kenya s'est profondément dégradée. Avec la sécheresse, les ruisseaux et rivières se sont asséchés, décimant les récoltes et le bétail sur l'ensemble du territoire. D'après l'UNICEF, près de 110 000 enfants de moins de cinq ans ont besoin d'un traitement, contre 75 300 en août 2016.

Dans les comtés les plus sévèrement touchés de Turkana, Marsabit et Mandera, un tiers des enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition aigüe, soit le double du seuil d'urgence.

Une riposte sous-financée

Il faut répondre de toute urgence à cette crise. La distribution systématique de suppléments alimentaires aux enfants en bas-âge et aux femmes enceintes ou allaitantes peut éviter une flambée catastrophique de la mortalité dans les mois à venir.

Lorsque le gouvernement a déclaré la sécheresse « catastrophe nationale », plus de 2,6 millions de Kenyans avaient besoin d'une aide alimentaire d'urgence. Ce chiffre continuera d'augmenter à moins de lever 166 millions de dollars US pour venir en aide aux populations les plus vulnérables (anglais). Seul un tiers de ce montant est disponible à l'heure actuelle.

Ne vous laissez pas influencer par les alertes aux inondations des dernières semaines. Elles n'ont en aucune façon diminué la malnutrition causée par la sécheresse. Les inondations indiquent une faible infiltration des eaux pluviales causée par un manque de végétation et une dégradation des sols. Cela signifie que beaucoup d'eau s'écoule sur les sols mais qu'une faible quantité est absorbée.

Or, la grande majorité des petits exploitants en Afrique subsaharienne dépendent de l'agriculture pluviale pour assurer leur subsistance.

Nous devons accroître la résistance et faculté d'adaptation de ces communautés en investissant dans et l'infrastructure rurale. Il faut donc se détourner de l'agriculture pluviale au profit de la collecte d’eau à grande échelle et de systèmes d'irrigation novateurs.

Actuellement, le rendement des récoltes sur le continent s'élève à un dixième de la productivité moyenne des exploitations occidentales. L'Afrique subsaharienne est la seule région où la production agroalimentaire par habitant est malheureusement sur le déclin. Certaines régions de Somalie et du Kenya affectées par la sécheresse actuelle ont enregistré des récoltes déficitaires de 70 à 100 %.

Dans les pays plus riches, diverses cultures résistantes à la sécheresse ont été développées, notamment plusieurs variétés de maïs, de niébé et de sorgho.  Mais la faiblesse du cadre législatif pour leur homologation et le manque de technologies adéquates entrave leur adoption en Afrique équatoriale.

Au PNUD, nous développons les capacités en termes de production agroalimentaire en enseignant notamment des méthodes d’adaptation comme la conservation de l’eau dans des tranchées et réservoirs. Ce dispositif réduit la dépendance aux pluies et crée des modèles pratiques pouvant être instaurés à grande échelle.

Grâce aux progrès réalisés dans les technologies mobiles, les petits exploitants disposent aussi de meilleurs outils pour prévoir les crises. Le gouvernement kenyan doit collaborer étroitement avec les collectivités pour mettre en place des mesures d’alerte précoce. Les autorités des comtés, principalement créées pour rapprocher les services des citoyens, sont particulièrement adaptées à dresser la liste des priorités et à trouver des solutions viables.

Les ripostes sporadiques aux situations d'urgence causées par le changement climatique ne suffisent plus. Nous avons besoin de solutions pérennes pour nous attaquer efficacement au problème de la sécheresse et à son impact dévastateur sur les communautés les plus vulnérables du Kenya, en particulier les femmes et les enfants.

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