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Dissiper les malentendus sur le genre

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Les femmes sont des chefs de file en matière de gestion des ressources naturelles. PNUD auc Philippines

Les discussions sur la réduction des risques de désastres sont au cœur des débats menant à la Conférence mondiale sur la reconstruction en juin prochain. Les questions sur le genre feront sans aucun doute partie intégrante de la conversation. Aussi est-il temps de dissiper certains malentendus liés à ces problématiques :

1 : L’égalité des sexes ne concerne que les femmes.

Si le concept largement répandu d’ intégration du genre est synonyme de prendre les femmes en compte, il n’est pas question de se contenter d’éparpiller le mot « femme » à travers des documents ou propositions.

A travers l’histoire (et encore aujourd’hui), les femmes ont trop souvent été maintenues à l’écart des processus décisionnaires. Intégrer une dimension de genre consiste à comprendre les dynamiques de genre au niveau local, plutôt que de se concentrer sur les femmes de manière générale.

Le projet que je coordonne intègre des initiatives menées dans six pays. Il a pour but de préparer les communautés aux conséquences des catastrophes et des changements climatiques, particulièrement les petits exploitants. Les dynamiques de genre sont définies selon trois aspects : les rôles et responsabilités des hommes et des femmes, les différences en termes d’accès aux ressources (par exemple la terre, l’eau et les finances) et les rapports de pouvoir entre  hommes et femmes. Comprendre ces différentes dynamiques permet de garantir des mesures d’adaptation rapides et efficaces.

Voici un exemple.

Dans la région de Tillabéri, dans l’ouest du Niger, l’insécurité alimentaire dure depuis plus d’une décennie. Pendant la saison des pluies, les hommes - qui possèdent généralement les terres - produisent des cultures vivrières comme le millet et le sorgho. Pendant la saison creuse, ils migrent pour trouver un emploi complémentaire. Les femmes restent à la maison pour s’occuper du foyer.

Notre projet a bien saisi cette situation et la dynamique de pouvoir qui lui est associée. Nous avons donc introduit de nouvelles variétés de millet qui résistent à la sécheresse, puis amélioré les pratiques de gestion de l’eau. Ces efforts ont permis de diminuer la charge de travail des hommes et d’accroître la production des cultures. De plus, le projet a encouragé les femmes à cultiver des légumes hors-saison pendant la saison creuse.  

Ces approches complémentaires ont permis une amélioration considérable de la sécurité alimentaire, grâce à de meilleurs rendements des cultures vivrières tant pour la consommation que pour la création de revenus.    

2 : Genre rime avec vulnérabilité.

Souvent, et surtout lorsqu’on tente de justifier des décisions de gestion des risques basées sur le genre, on utilise l’argument suivant : « Les femmes sont souvent plus vulnérables face aux risques et doivent donc être ciblées. » C’est certainement vrai, mais cela ne veut pas dire pour autant qu’il faille se concentrer sur ces vulnérabilités.

Les femmes sont des chefs de file en matière de gestion des ressources naturelles et possèdent des connaissances et savoir-faire précieux, pouvant nourrir les démarches et programmes d’adaptation. Donner la parole aux femmes peut renforcer les approches de réduction des catastrophes et des risques climatiques.

En Haïti, cela a permis de sélectionner des arbres en vue de la reforestation. Les hommes voulaient planter des arbres pour avoir du charbon et du bois (deux activités qui génèrent des revenus), tandis que les femmes préféraient planter des arbres fruitiers pour la consommation des ménages (sécurité alimentaire). Le projet a permis de fournir les deux.    

3 : Une approche sensible au genre est compliquée, coûteuse et chronophage.

Cette affirmation ne pourrait pas être plus éloignée de la vérité.  Les démarches de réduction des risques basées sur le genre sont tout simplement des approches plus efficaces. 

Si l’on va plus loin, mettre en œuvre des approches sensibles au genre peut également contribuer à faire évoluer les rapports entre les hommes et les femmes dans la société. L’autonomisation est une composante clé de la résilience.

Qu’il s’agisse des productrices de légumes de Prea Vahear au Cambodge, ou des cultivatrices de cultures vivrières de Tillaberi au Niger, ces femmes ont toutes un sentiment d’appropriation de leur travail : c’est leur projet et leurs résultats. Elles ne sont plus vulnérables ; elles se sentent suffisamment indépendantes pour réduire les risques et garantir une résilience à long terme.   

Cet article fait partie d’une série d’articles rédigés par des experts du PNUD qui partagent leurs vues et leurs expériences pendant la période précédant la tenue de la Plateforme mondiale sur la réduction des risques de catastrophes en mai et de la Conférence mondiale sur la reconstruction en juin.

CCAF Gender and Food-Women in Haiti tending seedlings%2c including fruit trees%2c for reforestation_UNDP HaitiDes femmes membres du comité de gestion de l’eau à Haïti devant leurs plantations d’arbres fruitier. Photo : PNUD Haiti

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