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Les flux migratoires, bons ou mauvais pour le développement ?

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Un travailleur au TajikistanLe montant des transferts de fonds au Tadjikistan est, par rapport au PIB par pays, parmi les plus élevés au monde. Photo: Mashid Mohadjerin

Face à l’afflux de réfugiés et de migrants qui fait actuellement les titres en Europe, et aux dirigeants politiques qui débattent des mérites de l’immigration, il est important de prendre du recul et d’examiner l’impact sur le développement, aussi bien pour les pays d’émigration que pour les pays d’accueil.

La migration internationale de la main-d’œuvre est devenue un moteur essentiel de développement grâce aux envois de fonds, à savoir l’argent envoyé par les travailleurs migrants (et les diasporas ) à leurs proches restés au pays.

Ces transferts constituent une véritable bouée de sauvetage pour de nombreuses familles, notamment en Asie centrale, où le montant des envois de fonds est parmi les plus élevés au monde. Le Tadjikistan et le Kirghizistan sont des champions mondiaux dans cette catégorie depuis 2011.

Ces flux ne soutiennent pas seulement l’économie : ils sortent des millions de personnes de la pauvreté.

Au Kirghizistan, par exemple, les afflux de fonds ont réduit le pourcentage de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté de 5 à 7 points de pourcentage par an de 2010 à 2014, ce qui représente 300 000 à 400 000 hommes, femmes et enfants.

Mais ces dernières années, nous avons observé une nette diminution de ces chiffres.

Notre étude « Labour Migration, Remittances, and Human Development in Central Asia » révèle que les migrations et les transferts de fonds sont en baisse depuis 2014, en grande partie dû au ralentissement économique en Russie et au Kazakhstan, ainsi qu’à une application plus stricte des règles applicables à l’immigration en Russie.

Si cette tendance venait à se poursuivre, cela pourrait avoir des répercussions importantes en termes de développement.

Mais il ressort de notre étude que — même pour le scénario minimaliste — les flux migratoires et les transferts de fonds resteront assez importants au cours des 15 prochaines années dans la région.

En effet, le nombre de travailleurs arrivant sur le marché du travail dans les pays moins prospères d’Asie centrale va probablement continuer à dépasser considérablement la capacité de leurs économies à les absorber.

Entre temps, la Russie va continuer d’attirer un nombre croissant de demandeurs d’emploi, du simple fait de ses niveaux de revenus plus élevés.

En d’autres termes, les facteurs qui poussent une personne à émigrer continueront d’inspirer de nombreux citoyens à quitter leur pays en quête de perspectives meilleures.

Les migrations ne sont en soi ni bonnes ni mauvaises. Leurs résultats dépendent dans une large mesure de la manière dont elles ont lieu et du type de politiques qui sont en place à la fois dans les pays d’origine et dans le pays d’accueil.

Une analyse centrée sur les personnes peut aider les gouvernements à mieux gérer les avantages et les coûts des migrations. Les nouveaux Objectifs de développement durable soulignent l’importance de meilleures politiques de migration, notamment pour atteindre l’Objectif 10, relatif à la réduction des inégalités dans les pays et d’un pays à l’autre.

Au PNUD, nous aidons les pays à intégrer les flux de personnes et de fonds dans leurs stratégies de développement. Ces efforts – qui visent à soutenir les institutions nationales et locales, à accroître la participation des communautés aux questions de migration, à sensibiliser les communautés de la diaspora et à faire en sorte que les envois de fonds soient utilisés pour financer des projets de développement local — pourraient être extrêmement fructueux.

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