La veuve Awa Niang de Linguère s’affranchit de l’extrême pauvreté


Awa Niang dans sa bergerie

Bénéficiaire d’un micro crédit de 150 000 F CFA, Awa décide de s’engager dans l’aviculture et le commerce de la volaille. Une activité  qui la fera connaître des mois plus tard à toute la communauté du Djolof. Que de chemin parcouru entre temps ! Tout comme Awa Niang, 487 femmes de la commune de Linguère sont soutenues par le Programme de Réduction de la Pauvreté ( PRP/PNUD) finance par le PNUD – Luxembourg  et tirent leurs revenus journaliers des microprojets productifs qu’elles réalisent grâce au dispositif technique et financier conçu dans une perspective d’une croissance inclusive, endogène et pro pauvre.

 

Il est huit heures du matin à Thiélly, Awa Niang, une veuve d’une trentaine d’années, prépare le petit déjeuner à ses deux petits-enfants, pressés de reprendre le chemin de l’école. Comme pour la plupart des mères de familles de ce quartier périphérique de la commune de Linguère (Sénégal), la quête de la subsistance quotidienne est devenue une tradition à laquelle ces braves dames doivent s’acquitter pour la survie de leurs ménages.  La vente des produits de première nécessité, elle en a fait depuis des années sa principale activité génératrice de revenus. Mais, le contexte économique local morose a fini de porter un coup dur à son activité. Ce contexte est caractérisé par la baisse du pouvoir d’achat des populations consécutive à une baisse drastique des revenus de transfert de cette localité d’émigration, à la réduction des productions agricoles suite aux variations pluviométriques de ces dernières années et aux hausses récurrentes des prix des denrées de base.

 

A force de résister aux chocs exogène et endogène, Awa finit par perdre espoir et s’en remettre à ses proches parents qu’elle sollicite de temps en temps pour un appui financier en vue de combler les besoins en consommation de sa famille. C’est alors qu’elle s’aperçut à quel point sa vie et celles de ses enfants étaient en train de basculer dans l’extrême pauvreté.  Ses revenus qui, jadis, oscillaient entre 45 000 F Cfa et 55 000 F Cfa mensuellement, ne dépassaient plus 13 000 F Cfa, trop insuffisants pour couvrir ses besoins monétaire et non monétaire. Les trois repas ne sont plus assurés, l’éducation de ses enfants frappés par la malnutrition perturbée ; bref, la survie de sa petite famille au quotidien devient infernale. Les demandes d’assistance qu’elle effectua au Service Départemental de l’Action Sociale et à la municipalité de Linguère restèrent sans réponse.

 

Un beau matin, sur le chemin qui mène au marché hebdomadaire de la ville, elle rencontra le Président du Conseil de Quartier de Thiélly qui l’informât de la tenue d’une réunion de sensibilisation et d’information des femmes sur les modalités d’accès aux financements du PRP (Programme de réduction de la Pauvreté) financé par le PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement) en partenariat avec la Coopération Luxembourgeoise. A l’issue de la réunion, elle s’inscrit sur la liste des femmes potentiellement bénéficiaires auprès du conseil de quartier, un cadre de concertation et de promotion de la bonne gouvernance locale, mis en place par le programme qui venait de virer dans le compte de la Mutuelle d’Epargne et de Crédit (UMECAS/Louga) un fonds revolving  d’un montant de 25 000 000 F Cfa (50.000 $) , destiné uniquement au financement des micros activités des femmes des (5) cinq quartiers de la commune de Linguère, à raison de 5 000 000 F CFA (10000 $) par quartier.

 

Bénéficiaire d’un micro crédit de 150 000 F CFA (300$), Awa décide de s’engager dans l’aviculture et le commerce de la volaille. Une activité  qui la fera connaître des mois plus tard à toute la communauté du Djolof. Que de chemin parcouru entre temps !

 

La somme ainsi reçue par le biais de la Mutuelle est donc une opportunité pour  la jeune veuve de réaliser une activité qu’elle méconnait totalement. En dépit de son expérience dans le petit commerce informel, elle ignore les phases de réalisation de son projet, les modalités de mise en œuvre ainsi que les dépenses à engager pour chaque activité à mener. Les Services du Développement Communautaire avec lesquels le PRP/PNUD a signé une convention de partenariat, l’appuieront à disposer d’un business plan de 8 mois.

 

Plus son activité se développait les trois premiers mois, plus elle prenait appétit à accroître le nombre de poussins afin de satisfaire sa clientèle. Mais très vite, la jeune entrepreneure se rend compte que son activité s’essouffle à cause d’une sous-estimation des charges d’exploitation et d’une faible maîtrise des coûts de production. Elle bénéficiera par la suite d’une formation en gestion financière et administrative organisée par le PRP/PNUD. Le déficit managérial comblé ainsi par une démarche andragogique basée sur l’expérience vécue au premier trimestre a complètement  changé les pratiques de gestion de Awa, devenue plus rigoureuse dans le choix des investissements, calcule son fonds de roulement tous les cycles de production, évalue parcimonieusement ses dépenses d’exploitation et atténue les risques par la vaccination de ses sujets. Ainsi, la vente de 5 bandes de 35 poussins lui a permis de rembourser entièrement le crédit contracté au bout de huit mois seulement et d’acheter un veau à 80 000 F CFA (180 $) pour mener une activité d’embouche bovine.

 

Après avoir soldé son crédit, elle décide alors de diversifier son activité, en vue de passer à une vitesse supérieure. Sélectionnée de nouveau par le conseil de quartier dans la liste des femmes bénéficiaires de la seconde génération des financements, Awa, avec le même enthousiasme, saisit de nouveau l’opportunité et se rapproche du dispositif technique mis en place par le PRP/PNUD. Pour donner une nouvelle dimension innovante et intégrée à son projet, l’animateur du programme la conseillera d’associer l’aviculture au micro jardinage de table. Avec l’appui du Service Départemental du Développement Rural, elle réaménage ses cages superposées de 1 m de hauteur, servant d’abris pour les poussins d’un jour, sur une superficie de 10 m². Le toit de la nouvelle cage est aménagé pour servir au micro jardinage. Les investissements réalisés avec des matériaux de récupération (bois, grillage et toile) ont permis à Awa d’augmenter sa capacité de production, passant de 35 poussins par cycle rotatif à 200 poussins d’un jour par cycle de 45 jours. Elle achète 25 g de semences de laitue et 25 g de semences de tomate, constitue son stock d’aliments,  de prophylaxie et 30 litres de fertilisation macro.

 

Son nouveau projet est financé à partir de l’épargne réalisée à la mutuelle pour un montant de 235 000 F Cfa et un crédit de 150 000 F Cfa emprunté sur les fonds financés par le PRP/PNUD. Les recettes générées par la vente de la volaille financeront une nouvelle activité d’élevage de 14 chèvres dont les 8 femelles donneront naissance à 4 couplets. Cette nouvelle activité permettra à la veuve de thésauriser son capital et de réduire les risques inhérents à l’aviculture.

 

Grâce à l’appui technique et financier du PRP/PNUD, Awa Niang est devenue une femme actrice du développement économique local. Elle confie : « le financement  et l’accompagnement du PRP/PNUD m’ont permis de valoriser mes capacités productives ; mes activités économiques génèrent des revenus substantiels qui me permettent de satisfaire mes propres besoins et de m’occuper de l’éducation de mes deux enfants, en payant un répétiteur pour eux, en dehors des heures de cours. Les conditions d’accès au crédit mises à la disposition des femmes du quartier sont très faciles et je n’ai pas eu de difficultés à rembourser mon crédit à la mutuelle dans  les délais. Je souhaite que cette expérience perdure pour que toutes les femmes démunies de cette localité en bénéficient. J’ai retrouvé ma dignité  ».

 

Awa estime aujourd’hui ses revenus nets mensuels à plus de 130 000 F Cfa ( 260$) par mois, assez suffisants, dit-elle, pour élever ses enfants, se prendre en charge et assurer l’épanouissement de sa famille. Ses deux enfants grandissent en bonne santé, grâce à une alimentation plus saine, varié et riche. Sa nouvelle vie, elle l’envisage avec plus d’optimisme, d’ambitions et de bonheur. Son rêve devenue réalité, elle souhaite intégrer, au prochain renouvellement, le bureau du  conseil de quartier et le conseil municipal de Linguère, afin de mettre toute son expérience au service des femmes vulnérables à la pauvreté.

 

Tout comme Awa Niang, 487 femmes de la commune de Linguère sont soutenues par le PRP/PNUD et tirent leurs revenus journaliers des microprojets productifs qu’elles réalisent grâce au dispositif technique et financier conçu dans une perspective d’une croissance inclusive, endogène et pro pauvre. Le renforcement de l’inclusion des femmes dans le système financier décentralisé couplé à la mise en place d’un mécanisme de bonne gouvernance locale articulé autour des conseils de quartier a été décisif dans l’empowerment économique des femmes de Linguère. Aussi, la démarche participative initiée dans une optique de création de moyens d’existence durable par la mise à disposition de technologies à faible coût et adaptées aux AGR a permis aux personnes vulnérables comme Awa Niang d’accéder aux opportunités pour réaliser leurs autonomisation socio-économique.