Réserve de Popenguine : Les femmes sèment la vie dans le champ de la nature


Réserve naturelle - Credit photo : PNUD Senegal - Djibril SY

Le succès du Collectif des groupements de femmes pour la protection de la nature (Copronat) est un exemple à imiter. Ces femmes, au nom de la protection de l’écosystème, ont amélioré le quotidien de villageois situés aux alentours de la réserve naturelle de Popenguine.

A retenir

  • COPRONAT a supervisé la culture et la plantation de plus de 11.000 arbres dans et autour de la réserve.
  • Le Collectif a planté plus de 80 hectares de forêts de mangroves avec environ 50.000 arbres dans la zone marine de la réserve.
  • Depuis l'installation des pare-feux en 2002, aucun feu de forêt n’a touché la réserve.
  • L'entreprise d'écotourisme a connu une croissance importante au cours des dernières années, entre 2005 et 2009, le nombre de touristes a doublé passant de 300 à 600.

Le Collectif des groupements de femmes pour la protection de la nature (Copronat) a fait bouger les choses dans la réserve naturelle de Popenguine par ses actions en faveur de la faune et de la flore. Cette réserve a été créée en 1986 par le  Gouvernement du Sénégal. Elle couvre une superficie de 1.009 hectares, dont une frange maritime qui se trouve à 800 mètres de profondeur et plus de deux kilomètres de long. Le partenariat noué entre le gouvernement du Sénégal et les femmes de huit collectivités locales pour protéger le site depuis 1996, contribue à réduire la pauvreté. Et c’est la nature qui s’en porte mieux, la mangrove renaît, la diversité animale est désormais une réalité dans la zone avec le retour d’espèces comme le chacal, la mangouste, la civette, le gris céphalophe, le singe pats, et le lièvre de brousse.

C’est un véritable laboratoire de la coopération entre le Département des parcs nationaux et les populations à travers le « Plan d’action quinquennal de conservation pour le développement intégré d’un réseau d’aires protégées ». La réserve combine protection de l’environnement et gestion durable des ressources naturelles, dans un cadre d’autonomisation des communautés vivant aux alentours. Ces dernières trouvent des opportunités économiques dans ce partenariat pour la vie. Les femmes ont réussi à restaurer près de dix hectares de mangroves, faisant revenir les oiseaux paléarctiques et africains tropicaux.

La naissance, en 1989, de la Coalition des femmes de Popenguine pour la protection de la nature (Cfpn) a été suivie d’un bilan positif, conduisant à la création du Copronat qui met l’accent sur la dynamisation de l’économie locale, à côté de la réhabilitation des écosystèmes. Les femmes entourent de toute leur attention la lagune de La Somone, site de migration pour les oiseaux de l’écozone paléarctique occidental. Ce travail bien fait est le prétexte à la signature d’un protocole d’entente, en juin 1996, entre le ministère de l’Environnement et Copronat pour une cogestion de la réserve.

Fort de ses 1 500 femmes originaires de huit villages, Copronat gère désormais la conservation locale. Au fil du temps, les jeunes ont commencé à jouer leur partition avec l’implication de bénévoles garçons et filles pour soutenir les projets de développement communautaire, servir d’ «éco-gardes ». Cette collectivité de femmes a étendu ses actions à la gestion de l’eau, l’éducation environnementale, la création de pare-feux naturels et les zones tampons contre les feux de brousse.

Afin que l’homme n’épuise pas la nature, le collectif cherche à réduire la pression sur les ressources environnementales en fournissant aux résidents de la zone tampon de nouvelles sources durables de revenus. Il supervise des activités comme la diversification agricole, l’élevage, la promotion des techniques qui n’agressent pas les forêts périphériques. Copronat encourage et développe l’écotourisme dans la région, créant ainsi des emplois et de nouvelles sources de revenus grâce à l’embauche de guides, ouvrant des débouchés à l’artisanat et aux produits alimentaires.

Les femmes du Copronat gèrent le campement Keur Cupaam. Les visiteurs payent une moyenne de 6.000 francs pour un lit en dortoir de style et de 12.000 francs pour une cabine privée. Chaque visiteur paye également un droit d'entrée de 1.000 francs pour accéder à la réserve. Les éco-guides locaux sont payés en moyenne 5.000 francs par visite. L'entreprise d'écotourisme a connu une croissance importante au cours des dernières années, entre 2005 et 2009, le nombre de touristes a doublé de 300 à 600.

Les groupements s’activent dans la sculpture, la peinture, la fabrication de bijoux et de textiles. Les revenus générés par ces activités sont réinvestis dans les communautés des zones tampons, des infrastructures et la fourniture de services de base. Ce qui démontre que Copronat connait bien le social, mais aussi il s’active dans l’alphabétisation d’une population économiquement marginalisée.

Dans le cadre de ses activités génératrices de revenus, le Collectif a érigé dans chaque village des « kiosques à confiseries » pleins de céréales, de grains, de gaz butane et d’autres articles de première nécessité. Ainsi, les populations locales accèdent plus facilement à des produits indispensables à un prix concurrentiel. Les villageois confrontés à des difficultés d’accès au crédit peuvent aussi compter sur Copronat, qui dispose d’une caisse de crédit depuis 2007, pour des prêts à faible taux d’intérêt. Les intérêts engrangés servent à financer le développement local et des projets de conservation comme les coûts d’exploitation de pépinières. La sécurité alimentaire n’est pas en reste ; chaque village a sa banque de céréales, permettant aux populations d’accéder aux denrées alimentaires de base toute l’année, même en période de mauvaises récoltes et de hausses de prix.

Les femmes ne pilent plus grâce aux moulins à mil établis dans chaque village. La sécurité énergétique est aussi une réalité dans la zone ; un lot de bois collectif est mis à la disposition de chaque village, réduisant la pression sur les forêts. Des fourneaux économes à prix concurrentiel et le gaz butane ont affranchi les femmes des tâches domestiques éprouvantes menaçant la santé. Sur ce plan, Copronat a recruté des assistants de santé communautaire mis à la disposition du personnel de soutien. Il a construit un forage de puits et un château d’eau pour améliorer l’accès à l’eau douce et faire reculer les maladies d’origine hydrique. Le Collectif soutient les écoles locales en matériel éducatif. Autant d’actions qui font de Copronat une réussite. « Nous continuons à faire de la conservation une priorité travailler et donner aux femmes une position de leadership dans la gestion des ressources naturelles », confie Fatou, la trentaine, dont la vie a changé avec sa forte implication dans les activités du Collectif.

Les leçons et les expériences de COPRONAT ont été partagées avec d'autres communautés et associations de femmes à travers le Sénégal et dans d'autres pays en Afrique de l'Ouest. Des délégations ont été reçues de la Mauritanie, la Guinée, le Bénin, le Burkina Faso et le Mali. COPRONAT reçoit également un grand nombre de chercheurs, étudiants et praticiens du développement de façon continue. Une femme, la quarantaine, mère de famille, membre du Collectif témoigne : «Les gouvernements devraient apprendre de notre expérience. Les communautés doivent non seulement être responsabilisées dans la gestion des aires protégées, mais sont en fait mieux placée que n'importe qui pour gérer les zones dégradées. Dans notre région, depuis que  la cogestion communautaire a été mise en place, la faune est revenue, l'érosion a diminué et la biodiversité est en plein essor. »

Le Collectif des groupements de femmes pour la protection de la nature (Copronat) a reçu l'aide de plusieurs partenaires dont le PNUD sous la forme d'un soutien financier, scientifique et technique.