Projet Sensibilisation et dialogue social en Casamance

Contexte et justification


La crise militaro-politique déclenchée par l’ouverture du conflit en 1982 dans cette région jadis considérée comme le «grenier du Sénégal» en référence à ses importants potentiels naturels de développement, s’est complexifiée au cours des 30 dernières années avec des conséquences désastreuses sur le développement économique et social. Outre le nombre élevé de victimes directes ou indirectes du conflit, estimé entre 3,000 et 5,000, avec notamment plus de 800 victimes des mines, les défis majeurs au développement concernent en particulier, la longue durée du conflit, les échecs successifs des accords du passé, le sous-emploi des jeunes, le banditisme transfrontière qui en découle, l’éclatement des branches armées et la dimension transfrontière conduisant à l’insécurité liée au conflit et aux mines, l’enclavement de la région et la limitation des capacités institutionnelles pour prendre en charge la situation.

Les populations les plus vulnérables incluent: les personnes déplacées ayant perdu leurs moyens de subsistance dont leurs terres, les victimes de mines, les ménages des zones enclavées avec un accès difficile aux services sociaux de base, les jeunes sans qualification, sans-emplois et obligés de rejoindre les rangs du maquis éclatés en plusieurs factions rebelles, faute d’options alternatives, les femmes avec des difficultés d’accès aux rizières dont certaines sont depuis, infectées de mines, les anciens maquisards en chômage et en quête de moyens de subsistance dans les terroirs.

Les exactions commises par les forces rebelles continuent de faire régner un climat d’insécurité qui constitue un obstacle au développement durable. On assiste cependant, à un épuisement général face au conflit avec «des populations fatiguées tout comme des combattants fatigués» de ce long conflit. Dans un souci de décrispation pour un apaisement des tensions, le Président de la République, lors de l’audience accordée à Madame Helen Clark, Administrateur du PNUD en juillet 2011, a demandé l’appui technique et financier des Nations Unies dont le PNUD, en vue d’accompagner les efforts de Paix et Développement en Casamance. Cette requête, en plus des efforts en cours du PNUD dans le déminage et ayant déjà abouti à la restitution de terres libérées des mines dans les localités de Ziguinchor, Dar-Salam, Goudomp et de Bounkiling, en partenariat avec l’Union Européenne et la Coopération Italienne, justifie ce nouveau projet novateur du PNUD en Casamance. Il constitue le complément naturelindispensable aux efforts antérieurs à travers notamment la revalorisation des terres ainsi libérées des mines pour une démonstration de la création inclusive d’emplois et de la relance de la croissance en vue d’une paix durable dans cette région si meurtrie par ce long conflit.

Objectifs du projet

L’objectif du projet est de contribuer à la mise en place d’un environnement favorable à la reprise des négociations et à la signature d’un accord de paix durable en Casamance. Il s’agira de la conduite d’actions de plaidoyer, de sensibilisation, d’information, de communication, d’organisation des populations et de réconciliation pour un dialogue social effectif nécessaire à la création de dynamiques de groupes et à la coopération villageoise, inter-villageoise et transfrontière comprenant les zones des ailes armées des fronts nord et sud, nécessaires au succès de la mise en oeuvre des activités de relance économique et de relèvement.

Effets escomptés



  • Effet 1 : Un environnement favorable à la résolution définitive du conflit armé est effectivement mis en place et conduit à la signature d’un accord de paix durable;
  • Effet 2 : Les capacités des structures locales de mis en oeuvre des activités de plaidoyer pour la paix, de prévention et de résolution des conflits sont renforcées, notamment celles des femmes, des jeunes, des OSC, des médias pour efficacement réaliser les activités en faveur d’une paix durable en Casamance ;
  • Effet 4 : L’appui à la tenue de séances villageoises inter-villageoises, régionales et transfrontières de sensibilisation, formation, information, communication et réconciliation pour la promotion de la tolérance et de la paix conduit au processus communautaire de mise en place d’un réseau fonctionnel de promotion de la paix ;
  • Effet 6 : Un mécanisme fonctionnel de collaboration et de coopération entre les communautés transfrontalières est effectif ;
  • Effet 7 : Education à la culture civique de la paix intégrée dans le curricula des écoles durant toute la durée de la phase pilote ;
  • Effet 8 : L’appui à la sécurité communautaire et à la lutte contre armes légères à petit calibre est effectif dans l’ensemble des régions de la Casamance et dans les zones transfrontières dès de premier trimestre de la phase pilote

Acteurs et bénéficiaires

Au niveau opérationnel, le programme ciblera notamment les plateformes des femmes, les plateformes des jeunes, les Organisations Communautaires de Base (OCB) au plan villageois et inter-villageois, les jeunes avec ou sans qualification, porteurs de projets, les ménages pauvres, les OCB, les Conseils de quartier, les CVD, les CIVD, les associations de personnes victimes des mines, en situation de handicap et PVVIH. De manière spécifique, il s’agira d’accompagner l’initiative des femmes et des jeunes à influencer le dialogue pour une paix durable.

Partenariat

Au niveau stratégique, le programme visera les partenaires institutionnels que sont : Ministère de l’Economie et des Finances (DCEF, DI, UCSPE, ANSD, DGP) ; Ministère chargé des Affaires Etrangères, l’ANRAC, les ARD, et les organisations de la société civile locales, les ONG, la Coopération italienne, la Coopération allemande, l’USAID, Banque Mondiale, l’Union Européenne, le Canada et la BAD.

Financement du projet

  • Cout total du projet 2, 000, 000 $ EU
  • Contribution PNUD 500, 000 $ EU
  • Contribution du Gouvernement A déterminer
  • Financement recherché 1, 500, 000 $ EU

Expérience du PNUD en la matière

Le plaidoyer, le dialogue social et le renforcement des capacités des acteurs ont toujours été à côté du développement humain durable, au centre des programmes constitutifs du cadre de coopération entre le Sénégal et le PNUD.

Dans les premières phases de mise en oeuvre du Projet de Réduction de la Pauvreté (PRP) sur financement du PNUD, un bureau a été ouvert à Ziguinchor avec une effective synergie avec les Collectivités Locales et les Services déconcentrés de l’Etat.

Le Projet Sensibilisation et dialogue social en Casamance sera également un complément des actions en cours du PNUD en Casamance dominées par son intervention actuelle aux côtés du Centre National d’Action Anti-mines du Sénégal (CNAMS) dans l’appui au déminage humanitaire des différentes zones affectées et l’assistance aux victimes à travers le "Projet d’Assistance à la Lutte Anti-mines en Casamance (PALAC)". Le PNUD a également financé une assistance technique internationale en vue de renforcer les capacités du CNAMS.

Le PNUD, en dehors de l’appui au déminage en partenariat avec l’Union Européenne, n’a pas été suffisamment présent ces dernières années en Casamance dans le domaine du relèvement communautaire et encore moins dans l’appui au processus et à la consolidation de la paix. Ceci est en grande partie dû au fait de la gestion directe du conflit armé par le gouvernement sans l’implication de la communauté internationale. Cette vision a aujourd’hui changé et l’intervention du PNUD se justifie par la requête faite par le gouvernement à l’endroit de certains partenaires dont le PNUD.

Les leçons d’expérience capitalisées par le PNUD dans la mise en oeuvre de ces différents programmes antérieurs en plus de ceux du déminage en cours seront mises au profit du nouveau programme pour offrir les conditions de meilleures chances de succès dans l’autonomisation nécessaire des groupes cibles.

Descriptif du projet

Le programme Paix et Développement en Casamance (PPDC) envisage, sur une période de cinq ans, structurée en deux phases de 2 et 3 ans, La phase 1 sera marquée notamment par une capacitation des jeunes issus des groupes les plus vulnérables. A cet effet, il sera question d’offrir aux jeunes les plus vulnérables, des emplois temporaires d’intérêts communautaires et à HIMO. La promotion d’emplois durables suivra à travers l’entreprenariat individuel, familial et communautaire de modernisation et d’accroissement des capacités productives des systèmes de productions agricoles, pastorales, halieutiques et d’initiatives dans les processus de transformation, conditionnement, entreposage, emballage et commercialisation des produits, pour la relance de la croissance économique à travers un mécanisme effectif d’appropriation et d’autonomisation. D’abord au profit des populations civiles, les plus vulnérables et les plus affectées par le conflit, pour fixer les jeunes dans les terroirs avec des possibilités de production en toute saison, le programme sera par la suite, dédié à attirer les combattants en dehors du maquis et de s’insérer dans le processus de relance socioéconomique en fonction des avantages comparatifs naturels dont regorge la Casamance, jadis considérée comme l’un des principaux greniers du Sénégal. Le projet permettra ainsi de se tenir prêt à un DDR à tout moment qu’interviendra la paix.

Le projet en bref
Cout total
2, 000, 000 $ EU
Localisation
Régions de Ziguinchor, Sédhiou et Kolda
Période
2013-2017