Ouverture du dialogue national interactif sur les lois, les Droits Humains et le VIH en RDC - Discours de M. Nick René HARTMANN, Directeur Pays a.i du PNUD

26 nov. 2013

Excellence Madame la Ministre de la Justice,

Monsieur le Représentant du Parlement,

Monsieur le Coordonnateur du Programme national Multisectoriel de Lutte contre le SIDA (PNMLS)

Monsieur le Coordonnateur pays de l’ONUSIDA,

Monsieur le Secrétaire Exécutif de l’Union Congolaise des Organisations de Personnes vivant avec le VIH (l’UCOP+),

Mesdames et Messieurs les Représentants des Institutions d’appui à la riposte contre le VIH/SIDA, en vos titres et qualités,

Distingués invités,

C’est un honneur pour moi de prendre la parole à l’occasion  de l’ouverture du Dialogue National sur les lois, les droits humains et le VIH, une PREMIERE du genre en RDC dans le cadre des efforts entrepris par le pays pour une réduction significative de la stigmatisation et discrimination dont sont victimes des milliers des Personnes vivant avec le VIH/Sida (PVVIH) et des Personnes Affectées.

En effet, on constate chaque jour que la stigmatisation et la discrimination à l’égard des personnes malades et de leur entourage nuisent aux efforts entrepris pour enrayer la propagation du VIH et ont un impact négatif dans les différentes communautés.

Je voudrais saluer l’engagement du Chef de l’Etat pour avoir promulgué la loi sur les droits des PVVIH en 2008 et pour son leadership politique qui s’est traduit par un objectif ambitieux, appelé « Génération sans sida » en 2010.

Je salue également  l’engagement fort du Programme National Multisectoriel de lutte contre le Sida (PNMLS) et du Gouvernement de la République par l’intermédiaire du Ministre de la Justice sur ces questions de droits humains. Je félicite aussi l’Union Congolaise des Organisations des Personnes vivant avec le VIH (OCUP+) et les organisations au sein du Groupe Droit et VIH pour avoir réussi à mobiliser les ressources pour la tenue de ce Dialogue national.

Dans la riposte au VIH/Sida, on sait depuis fort longtemps que le Droit constitue une composante critique de toute réponse au VIH, qu’il s’agisse de lois formelles ou non écrites, ou encore de l’application des lois et de l’accès à la justice. Tous ces éléments contribuent à évaluer si les personnes vivant avec le VIH ou touchées par le VIH peuvent accéder aux services prévus à cet effet, se protéger elles-mêmes du VIH et vivre dans le respect de la dignité.

Toutefois, dans plusieurs pays, dont la  République Démocratique du Congo, l’environnement juridique exerce encore une influence négative sur l’épidémie. Cet environnement juridique  punit, plutôt qu’il ne protège les personnes touchées et empêche d’atteindre  l’objectif de la  « Génération sans sida ».

En effet, la RDC se situe dans la catégorie des pays  dotés de lois qui  criminalisent les modes de transmission ou la contamination liées au VIH, et qui brisent les notions de la confidentialité. Ces  lois ont donc un effet très dissuasif sur les personnes concernées par l’épidémie et les découragent d’effectuer le test de dépistage ou de révéler leur séropositivité.

 

Par ailleurs, l’enquête sur l’index de stigmatisation et de discrimination des personnes vivant avec le VIH nous montre que la discrimination continue de sévir à un degré très élevé.

Dans ce rapport, 52,25 % de PVVIH ont honte d’elles-mêmes à cause de leur statut sérologique ; 47,54 % ont une piètre opinion d’elles-mêmes ; 40,37 % vivent un sentiment de culpabilité  et 39,65% se blâment elles-mêmes.

On relève aussi que 18,75 % de PVVIH interrogées ont envie de se suicider.  

La même enquête révèle que 55,26% des PVVIH souffrent des commérages malfaisants; 44,22% subissent des insultes, du harcèlement ou d’autres menaces verbales et 15% endurent des agressions  physiques.

 

Ce vécu quotidien des  PVVIH nécessite une intervention urgente au niveau national et institutionnel. Je veux croire que toutes les informations collectées dans l’analyse situationnelle et les manques identifiés dans le domaine des droits humains et du VIH, provoqueront un sursaut salutaire en RDC, tant au niveau législatif, budgétaire, juridique que comportemental.

 

Nous savons tous que « les lois ne peuvent à elles seules enrayer le sida ». Néanmoins, l’environnement juridique joue un rôle puissant dans le bien-être et la protection des droits des PVVIH et des  populations vulnérables au VIH.

 

Des lois bien pensées, mises en application avec impartialité et rigueur, et soutenues  par des ressources financières et humaines adéquates, peuvent élargir l’accès aux services de prévention et de soins de santé, améliorer la qualité des traitements, renforcer l’assistance aux personnes affectées par l’épidémie, assurer la protection des droits de l’Homme  et économiser les fonds publics.

 

Excellence Madame la Ministre de la Justice, Distingués invités,

Le Programme des Nations Unies pour le développement (le PNUD) a toujours appuyé le Gouvernement de la RDC pour promouvoir un développement humain durable, soucieux du respect des droits humains fondamentaux des femmes et des hommes de ce pays.

C’est ainsi que dans  l’élaboration du Plan Stratégique National 2014-2017, le PNUD a fortement soutenu une des priorités nationales, à savoir à savoir « l’amélioration d’un environnement favorable aux PVVIH et Personnes affectées ». Le PNUD saisit encore cette occasion pour appuyer ce Dialogue national qui regroupe des délégués issus de la société civile, du Gouvernement et du Parlement afin de dégager les axes majeurs pour les prochains plans opérationnels de lutte contre le VIH.

Concrètement, cela signifie qu’il faut repenser  la loi 08/11 en ses articles 41 et 45 dans la mesure où ces derniers criminalisent la transmission volontaire du VIH et ne donnent pas suffisamment de garantie de confidentialité sur le statut sérologique. De même, il faudra améliorer l’accès au dépistage pour les populations clé et les groupes vulnérables, ainsi que l’accompagnement et la prise en charge.

La riposte au VIH/Sida est un enjeu pour chaque Congolais et chaque Congolaise. Le PNUD encourage donc chacun et chacune à lutter contre la stigmatisation et la discrimination envers les PVVIH et les populations clés malheureusement très exposées au risque du VIH telles que les prisonniers, les travailleuses du sexe, les jeunes filles et garçons ainsi que les homosexuels.

Le SIDA n’est pas une maladie honteuse. On ne peut pas encore la guérir mais on peut enrayer la progression de la maladie. Comme le disait déjà le SG de l’ONU Ban Ki-moon en 2007, « nous sommes tous concernés par cette maladie ». Si notre comportement quotidien face au VIH et à ceux qui en souffrent devient plus responsable, plus respectueux, plus humain ; si nous sommes correctement informés sur la prévention, les modes de transmission, l’accès aux préservatifs, le dépistage, les traitements existants, ensemble nous réussirons à vaincre la stigmatisation, la discrimination. Enfin, je souhaite que ce Dialogue national réfléchisse aussi très activement à l’intégration des aspects des droits humains et de la riposte au VIIH dans les programmes de développement du pays.    

Enfin, je veux remercier nos collègues des bureaux régionaux du PNUD a Addis Abbeba et à Dakar pour tout le soutien qu’ils ont apporté au Comité préparatoire du Dialogue, tant sur le plan technique que financier. Grâce à eux, nous avons pu bénéficier des expériences des autres pays tels que le Ghana, le Malawi et le Kenya qui ont organisé cet exercice avant la RDC, premier pays en Afrique Francophone.

Je tiens à confirmer,  que tout en respectant son mandat, le PNUD ne ménagera aucun effort à soutenir la RDC dans la promotion d’un environnement favorable à la protection des droits humains en rapport au VIH, grâce à la lutte contre la discrimination et la stigmatisation des  PVVIH et autres groupes à haut risque dans le but d’atteindre « zéro discrimination lié au VIH, zéro nouvelle infection, zéro décès lié au VIH ».

 Je vous remercie