Grâce aux MuSo, on s’entraide et on surmonte les difficultés

homme et femme devant une caisse rouge et une caisse verte
Membres d'une mutuelle de solidarité soutenue par le PNUD à Idiofa (province du Bandundu). Crédits: Joseph Moura pour le PNUD, 2012.

Depuis 2013, le Programme des Nations Unies pour le développement met en place des Mutuelles de Solidarité (MuSo) pour les habitants du territoire de Masisi (Nord Kivu) ;  en plus de développer l’Economie Sociale et Solidaire, ces outils ont le potentiel pour relancer l’investissement et l’entrepreneuriat dans cette zone rurale de l’Est de la République démocratique du Congo.

Stylo à la main et cahier posé sur les genoux, Gasozi reprend ses calculs à haute voix pour que l’ensemble des personnes présentes l’entende : « J’ai emprunté 60 000 francs congolais (approximativement 65 dollars américains) et avec ça j’ai pu acheter suffisamment de semences de pomme de terres pour produire 8 sacs. Généralement, on vend un sac pour 18 000 francs. Alors si on multiplie, ça fait environ… 140 000 francs, non ? »

A 4000 francs près, « papa » Gasozi avait son calcul juste. « Bon, je n’ai pas de téléphone pour faire le calcul comme toi, moi ! » puis il rajoute en souriant « et de toute façon, je dois rembourser mon emprunt… avec les taux d’intérêts! »

Quand on le voit parler de cette future dépense, Gasozi ne semble pas trop affecté par cette obligation de remboursement. 

L’UNION FAIT LA FORCE

Et pour cause : Gasozi est membre d’une mutuelle de solidarité – une structure qui regroupe des habitants d’une même localité autour d’une idée simple : mettre ensemble un peu d’argent de côté pour financer ses projets et s’entraider.

Gasozi fait partie de Maendeleo (« développement » en kiswahili), une MuSo créée en septembre 2013 dans le cadre du projet de consolidation de la paix dans les zones minières artisanales du Nord Kivu. Sosthène, l’un des vingt membres de Maendelo, en explique les origines et le fonctionnement : « Nous avons d’abord été sensibilisés par les amis de CARE et d’ETN* (ONG partenaires du PNUD), puis comme on a considéré que c’était une bonne idée, ils nous ont formés pour que l’on puisse effectivement nous organiser. »

« Comme c’est nous-mêmes qui devons fixer le tarif des cotisations, on a décidé que la cotisation mensuelle serait de 5 000 francs congolais (environ 5.5 dollars américains) soit 4500 francs pour la caisse verte et 500 francs pour la caisse rouge. »

A retenir

  • 75 MuSo créées depuis juin 2013 autour des cinq localités ciblées (Bihambwe, Kibabi, Kinigi, Matanda, Rubaya)
  • 1503 membres associés dans les MuSo, dont 726 femmes.
  • 15,5 millions de francs congolais collectés jusqu'à présent.
  • (source : CARE International)

Caisse verte ? Caisse rouge ? Mais caisse que c’est ? Pas une blague en tout cas, si l’on en croit Sosthène : « La caisse rouge sert de fonds d’urgence : quand un des membres a un souci personnel, on lui accorde un prêt pour qu’il puisse se sortir de ce mauvais pas. »

« La caisse verte, elle, sert à financer les projets des membres, comme Gasozi par exemple… mais on ne fait des prêts que tous les 3 mois, pour éviter les abus et pour cumuler suffisamment d’argent. Le prêt doit être remboursé avec un taux d’intérêt ; nous l’avons fixé à 3%. Pour le moment on n’a pas rencontré de résistances, parce que ces taux d’intérêt vont directement dans la MuSo… et pour nous-mêmes. »

Bintu Mupendi, une membre de la MuSo Kanguka Flash de Matanda, témoigne de l’intérêt de ce système : « A un moment, j’ai eu des problèmes pour assurer la scolarisation de mes deux enfants ; avec l’accord des autres membres de la MuSo, j’ai pu bénéficier de la caisse rouge… et mes enfants ont pu continuer à suivre les cours. »

AUTO-CONTRÔLE

Outre des taux d’intérêts largement plus avantageux que ceux pratiqués par les banques privées, l’atout de la Mutuelle de Solidarité réside dans sa composition- même.

Dans la mesure où tous les membres se connaissent et vivent à proximité, il y a relativement peu de chances qu’un des membres essaie de voler ses voisins. La gestion des fonds étant collégiale, le risque que des tensions émergent est réduit.

Malgré cela, les règles fixées par les membres sont parfois difficiles à respecter, comme l’explique Sosthène : « Certains membres de la MuSo ne peuvent pas encore respecter les cotisations fixées ; comme ils sont agriculteurs, ils doivent attendre la période de la récolte pour pouvoir gagner de l’argent et contribuer à la MuSo. »

Etant donné que les membres fixent eux-mêmes le règlement de leur MuSo, Sosthène pense à adapter les cotisations en fonction des périodes de récolte. « Mais il faudra d’abord que j’en parle avec tous les membres ! »

Pour Ahmadou Guisset, coordonnateur du projet de consolidation de la paix dans les zones minières et artisanales du Nord Kivu, « les MuSo constituent des exemples parlants du renforcement de la cohésion sociale au sein des communautés. En plus d’offrir une porte d’entrée au monde de la microfinance pour leurs membres, elles démontrent aussi que l’entraide permet de dépasser toutes les difficultés… à condition qu’elles soient bien organisées. »

Depuis juin 2013, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a facilité la création de 75 Mutuelles de Solidarité dans les cinq localités ciblées par le projet, rassemblant ainsi 1503 habitants dont 726 femmes.

Ce projet conjoint du PNUD, de la FAO et d’UNICEF bénéficie notamment d'un financement de 6 476 821 USD du Gouvernement du Japon - ainsi que de l'apport de l'Agence Suédoise de Développement International (ASDI) pour l'amélioration de l'accès des communautés à des sources d'eau et d'hygiène assainies.

Il s'inscrit dans le cadre de la Stratégie Internationale de Soutien à la Sécurité et la Stabilité (ISSSS), qui appuie la réalisation du Programme national de Stabilisation et de Reconstruction des zones sortant des Conflits armés (STAREC).

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* ETN : Equipe d'Education et d'Encadrement des Traumatisés de Nyiragongo

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Carte des MuSo réalisée sur la base des données transmises par notre partenaire CARE International.
Renforcer la cohésion sociale

Les objectifs poursuivis par ce projet conjoint se résument comme suit :

 

- L’amélioration de la situation socio-économique des populations dans les zones minières, la promotion de l’emploi des jeunes et la relance économique;

 

- L’amélioration de l’accès à des  services sociaux de qualité, avec une attention particulière  à la protection des enfants et des femmes;

 

- L’amélioration de l’organisation communautaire, ceci concerne entre autres la gouvernance communautaire, le ‘civil oversight’ des centres de négoce et l’organisation des creuseurs.

Par leur principe même, les MuSo mises en place par le PNUD participent autant à l'amélioration de la situation socio-économique de la population qu'à une plus grande organisation communautaire... et visent ainsi à renforcer la cohésion sociale au sein des communautés bénéficiaires.

Le projet en images
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