Des semences résilientes pour renforcer la résilience des communautés

Adapatation variétale du blé face au changement climatique
Champs d'adapatation variétale du blé face au changement climatique. Crédit: Géneviève Delaunoy, PNUD, Octobre 2013

Chapeau/Lancement : Le Katanga, comme trois autres provinces sœurs, teste l’efficacité des semences résilientes mises au point au Congo par des Congolais pour garantir la sécurité alimentaire et augmenter la capacité des producteurs face aux aléas des changements climatiques. Silence, ça pousse !

Province du Katanga, zone d’intervention de Kipopo. On emprunte la piste depuis Lubumbashi sur une distance de 25km, piste de latérite cahotante qui oblige à effectuer un long détour car le pont principal a été réduit en miettes par un camion en excès de poids, il y a 6 ans et il n’a toujours pas été reconstruit ! Habituellement, le trajet ne dure que 10 minutes ; depuis la destruction de cet unique pont, il faut compter une heure. Pas facile pour les agriculteurs d’évacuer leur production par la route ou d’y acheminer des matériaux…

De plus dans cette zone depuis quelques années, la saison sèche s’étire de façon alarmante jusqu’à durer 8 mois d’affilée sur 12. La pluie s’amenuise ;  les agriculteurs et les pisciculteurs sont les premiers à en souffrir. Ces changements climatiques incontrôlables sont un casse-tête pour cette population déjà très vulnérable (80%)  dans une province extrêmement riche en minerais, soit,  mais dont le sol acide est beaucoup  moins fertile qu’ailleurs et où l’insécurité alimentaire domine.

PANA-ASA en bref

  • Projet du Ministère de l’Environnement, Conservation de la Nature et Tourisme via la Direction du Développement durable
  • Démarrage en 2010 ; durée du projet 4 ans
  • Objectif : réduire la vulnérabilité chez les petits producteurs et populations rurales face aux effets du changement climatiques sur les systèmes agraires pluviaux et la sécurité alimentaire
  • Financement : Fonds mondial pour l’Environnement (FEM) dans le cadre de l’appui aux pays les moins avances (PMA) et le PNUD
  • Montant : 6 millions de US$ dont 3 millions du Gouvernement ; 50 000 US$ du PNUD
  • Partenaires : services publics, ONG, associations féminines, INERA (Institut national pour l’étude et la recherche agronomiques), ITITA (Institut international d’agriculture tropicale, UNIKIN (Université de Kinshasa-Centre de recherche sur le maïs, SENASEM (Service national de semences), SNV (service national de vulgarisation), METTELSAT, Radios communautaires RCK/Katanga, Formoza/Bas Congo, Ditunga/Kasaï Oriental, Tomisa/Banduddu
  • 4 sites pilotes de l‘INERA : Ngandajika (Kasaï Oriental), Kipopo (Katantga) , Kiyaka (Bandundu) et Gimbi (Bas Congo)

Météo et semences résilientes

C’est là que depuis 2010 intervient le projet PANA-ASA : projet d’adaptation du secteur agricole au changement climatique. Concrètement, PANA-ASA renforce les capacités techniques des petits producteurs et des populations rurales dans les outils de production et de planification agricole.

Au bout de la piste de latérite, presque au milieu de nulle part, se dresse la station météo de l’INERA qui garde encore le triste souvenir des pillages de 1995 mais qui a été rééquipée depuis en thermomètres, anémomètre, héliomètre, girouette, héliographe, évaporomètre. Chaque jour, les données météos sont collectées, mesurées, comparées tant sur la sécheresse du sol, la force du vent, que sur la variété des températures dans l’air et dans la profondeur de la terre. Ces informations sont transmises quotidiennement à Kinshasa et aux radios communautaires qui indiquent ainsi aux agriculteurs le meilleur moment pour labourer, semer et récolter.

Parallèlement, un criblage des variétés résilientes de riz, manioc, haricot, arachide et niébé a été réalisé au niveau des trois grandes zones agro écologiques de la RDC, ce qui a abouti à l’identification des variétés et clones adaptés au changement climatique dans ces zones et qui permettent, à présent, d’alimenter la chaîne de production de semences dans les provinces de Bandundu, Bas Congo, Kasaï Oriental et Katanga.

Au Katanga, 100 ménages ont été identifiés dans 4 villages sur un total de 464 dépendants dont 58 femmes et 42 hommes chefs de ménages.  Les 100 ménages ont reçu les semences d’un champ à couvrir de 0,5 hectare par ménage, en novembre 2013.

Jean-Claude, chef du projet, explique : « Le projet PANA-ASA est un projet participatif. On a intégré les communautés dans la réflexion et dans le ciblage des ménages. On leur a expliqué et ils ont compris puis accepté la sélection variétale des semences.  On appuie aussi 10 associations d’agro-multiplicateurs dans chaque province en privilégiant les associations féminines grâce auxquelles nous pouvons tirer des enseignements très précis sur les succès et les progrès à faire. Par exemple, il est important que le paysan soit attentif à la météo et aux conseils diffusés par les radions communautaires. Si par exemple, il ne tient pas compte de l’arrivée tardive des pluies, la floraison sera en décalage et la récolte moins abondante. »

Cultiver toute l’année

La recherche sur les variétés résilientes a été plus longue que prévu, le projet PANA-ASA est donc encore dans sa phase opérationnelle mais les résultats sont prometteurs. A cela s’ajoute les formations dans l’usage des engrais et intrants organiques et non pas chimiques trop toxiques pour les sols. D’autres formations visent le système de gestion et de maintenance de la chaîne de production des semences résilientes établi dans chacune des 4 zones d’intervention. C’est ainsi que nous sommes amenés à entrer sur la pointe des pieds dans un hangar où trônent des centaines de sacs de semences résilientes. On ne peut s’y attarder pour des rasons sanitaires strictes.

Plus loin, des aménagements hydro-agricoles ont été réalisés dans des bas fonds pour permettre la culture en toute saison. Le blé arrive à la taille de Maurice, chef de la station de l’INERA qui mesure pas moins de 2 mètres… Les rangs de blé s’alignent fièrement parcourus par des petits « ruisseaux » à perte de vue. Deux étangs piscicoles de 6 ares chacun ont été aménagés à Kanyameshi ensemencés avec 50 kg d’alevins de tilapia nilotica.

Autre volet complémentaire de ce projet PANA-ASA, la distribution de chèvres et moulin : 44 géniteurs (dont 4 boucs) et 4 moulins pour la transformation agricole ont été donnés au bénéfice des 100 ménages ciblés dans les 4 villages pilote selon un modèle du métayage rotatif de façon à ce qu’à terme toute la communauté puisse disposer de caprins et devienne autosuffisante.

Le projet PANA-ASA, associé avec l’INERA, se projettent donc sur le développement humain durable à long terme en voulant redynamiser la recherche agronomique via l’apport de semences (animales, piscicoles  et végétales) saines et résistantes aux maladies, aux insectes et en s’adaptant au climat.

Dans la province du Katanga comme dans les trois autres provinces pilote, les défis majeurs du secteur périurbain et rural demeurent la sécurité alimentaire, la lutte contre la pauvreté, l’épuration des matériels dégénérés, la préservation de la biodiversité et de l’environnement et l’intégration des marchés pour la compétitivité économique.

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