Ne plus considerer la police comme une menace

Inauguration école de police de kasapa
Inauguration école de police de kasapa. Crédit : PNUD-RDC, Octobre 2013

Mercredi 16 octobre, tout est fin prêt pour l’inauguration officielle de l’école de police de Kasapa, Province du Katanga. La tribune est dressée, les drapeaux levés, les bataillons alignés, les bottines  cirées, les chaises installées, les médias invités et le vent …acharné qui souffle dans les micros !

Autrefois, ce complexe de bâtiments de Kasapa hébergeait des enfants en rupture de famille et/ou d’école. Après une réhabilitation financée par la JICA*, des policiers, hommes et femmes, ont pris le relais. Depuis 2009, par groupe de 500, ils suivent une formation assidue dans le cadre de la réforme des forces de sécurité décidée par le Gouvernement congolais. Cette session de 6 mois est la cinquième de la première phase du projet quadripartite PNUD (agent d’exécution)-JICA (principal bailleur) MONUSCO-UNPOL et Police Nationale Congolaise**. Coût total : 2 millions de dollars US. Avec en ligne mire : une police de proximité compétente, mieux équipée, apolitique, respectueuse des droits de l’Homme et conforme aux normes standards.

A retenir

  • Coût total : 2 millions de dollars US
  • 4 400 policiers et policières ont déjà été formés
  • 30 femmes à former dans la nouvelle promotion

«La province du Katanga est confrontée à une augmentation du banditisme et de la criminalité ordinaire, explique le Gouverneur Moïse Katumbi. « Nous avons une pléthore de policiers non formés ou mal formés. Certaines personnes volent même l’uniforme pour commettre des méfaits. La population ne se sent pas en sécurité. Or, la sécurité est la clef du développement durable, du commerce et de la confiance.  Ce projet de formation est donc un grand pas pour la province ».

Effectivement, la province du Katanga qui était parvenue à une certaine stabilité est à nouveau « en difficulté » : le Centre et le Sud dits « stabilisés » sont retombés dans l’urgence et 11 territoires sur 22 sont déclarés en crise.

Aujourd’hui,  je suis  fier de mon métier

L’école de Kasapa forme des policiers de base (dont 30 femmes), des brigadiers et des sous-commissaires, venus de Lubumbashi, Kolwezi, Likasi et d’autres villes encore. Ils ont commencé la formation, il y a un mois. En quatre semaines, ils ont déjà suivi 16 cours différents, passant de l’éthique et la déontologie au civisme, à l’expression française, l’enseignement général, la gestion des catastrophes, le Droit, sans oublier les entraînements de culture physique.

Dans les classes, on n’entend que la voix du prof. Aujourd’hui, la technique du Renseignement est à l’ordre du jour : sources ouvertes, officielles et secrètes. Parmi cette centaine d’hommes, on cherche les femmes. Elles sont 4 et lèvent le doigt fièrement. Difficile de les reconnaitre avec leur crâne rasé, leur visage non maquillé et la tenue bleu foncé (veste, pantalon et T-shirt de grosse toile) qui ne les avantage vraiment pas !

Plus tard, quelques apprenants se réunissent et discutent : « Avant, on n’était rien, on ne connaissant rien, dit Etienne. On n’était pas vraiment des policiers, on était des ramassés dans la rue. Aujourd’hui, je suis fier de mon métier, je suis un vrai policier ».

Au total, 4 400 policiers et policières ont déjà été formés dans la province via ce partenariat quadripartite.  Certains d’entre eux deviennent à leur tour des pairs éducateurs. La MONUSCO-UNPOL soutient le projet par le biais de ses instructeurs venus de différents pays de la région, reconnaissables à leurs bérets bleus.  Des instructeurs de la Police nationale congolaise encadrent également les apprenants.  « Le partenariat PNUD-JICA-MONUSCO-UNPOL-PNC vise à  former de nouveaux éléments de la police aux méthodes modernes du métier dans le respect des droits de l’Homme (…) et à sécuriser la population », complète Adama Coulibaly, Directeur Pays du PNUD. « La méthode de pairs éducateurs  a prouvé son efficacité car elle crée un effet « boule de neige » très stimulant pour les bénéficiaires et elle aide à renforcer la coexistence communautaire ».

Nous, on est meilleures que les hommes !


Elèves et instructeurs vivent dans le complexe de Kapasa pendant les 6 mois, ce qui nécessite donc une solide infrastructure en dortoirs, cuisine, logistique, salles de cours et d’entraînement.

Douze cuisinières s’affairent à la préparation du repas du soir : 400 kg de haricot rouge cuisent sur des grands feux de bois et trois immenses bassines de foufou sont prêtes à être consommées!

Et les femmes policières, qu’en pensent-elles ? « On veut donner l’image de la femme congolaise capable de protéger ses concitoyens et on veut s’intégrer dans la population », déclare Odette avec force. « Les femmes et les hommes sont différents. Donc, les policiers et les policières seront différents, poursuit Jeanine. « Nous, on a du caractère, on est plus dures dans la prise de décision, on a plus de courage et on est meilleures que les hommes ! ».

Avez-vous le même entraînement physique que les hommes ? « Bien sûr !!! », clament-elles toutes en choeur. Grands éclats de rires !

« Pour moi, c’est un rêve d’enfant de devenir policière, explique Sara. « C’est un beau métier, non ?, demande Evelyne, brigadier. « On veut aider notre pays et lui être fidèle ».

Et vos maris sont-ils d’accord avec votre choix ? Apparemment, oui ! Un bémol cependant : la tonte de leurs cheveux, l’interdiction du maquillage, bref la perte de féminité. « Quand un instructeur entre dans une salle de cours, il doit demander où sont les femmes car il ne nous reconnaît pas », se plaint Nicole. C’et un passage obligé, quand on sera sur le terrain, on pourra à nouveau porter nos tresses mais en attendant c’est dur à accepter».

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* La Coopération internationale japonaise (JICA) a également réhabilité les bâtiments de 2 autres écoles à Kapalata et Kasangulu.
** PNUD : Programme des Nations Unies pour le développement/MONUSCO : Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en RDC/PNC : Police Nationale congolaise.

Publication
Rapport socioénomique 2011-2012 et perspectives 2013

Le contexte économique actuel de la RDC indique qu’en dépit du taux de croissance affiché et de la baisse des pressions inflationnistes, la situation sociale est restée précaire en 2011 et même en 2012. La progression du pays vers les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) demeure très lente.

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