Les impacts de la crise de 2012 au Mali

Graphique taux de croissqnce du PIB
Taux de croissance du PIB du Mali en 2012-2013

La crise sociopolitique et sécuritaire en 2012 a plongé le pays dans une crise économique et sociale très profonde. La suspension de l’aide publique au développement, à l’exception de l’aide humanitaire de la part de la quasi-totalité des partenaires au développement, l’abandon de nombreux projets d’investissement, la réduction drastique des ressources et des allocations budgétaires, y compris dans les secteurs sociaux de base, la fermeture de nombreuses unités économiques, particulièrement dans le domaine de l’hôtellerie et du tourisme, ont affecté durement les revenus et l’emploi de milliers de personnes. Cependant, l’année 2013  a démarré au Mali avec une perspective de sortie de crise qui se profile avec la fin des actions militaires en cours dans le Nord.

Tendances économiques                                                                                                                                                                          
Le taux de croissance du PIB a atteint, en fin 2012, un niveau de récession de -1,2 pour-cent qui reflète les effets des chocs subis par l’économie durant cette année. Cependant, ce taux est légèrement au-dessus de celui de -1,5 pour-cent qui avait été prédit avec un scénario pessimiste en novembre 2012 (et du -3,1 pour-cent des prévisions de septembre 2012). En effet, les estimations de croissance ont été revues avec la mission du FMI ayant séjourné au Mali au mois de Mars 2013 et cette légère amélioration est liée à la prise en compte des résultats provisoires de la campagne agricole 2012-2013.

Il ressort ainsi une augmentation de la production de céréales et de coton imputable à la bonne pluviométrie enregistrée en 2012, à une progression de 27 pour-cent de la branche du riz, de 9,9 pour-cent de la branche des autres cultures vivrières et de 7,5 pour-cent des produits de l’extraction (essentiellement or). Par ailleurs, les chocs subis par l’économie ont été fortement ressentis par le secteur privé. En effet, dans le secteur industriel, même si la destruction de l’appareil de production a été globalement circonscrite, plusieurs sociétés ont subi des dommages matériels et des vols pour un montant estimé à 500 millions de FCFA.

La majorité des entreprises ont indiqué avoir diminué leur volume production et utilisé moins de 50 pour-cent de leur capacité de production. Dans l’hôtellerie, le nombre de visiteurs a baissé de 90 pour-cent. Dans le secteur bancaire, les pertes dues à la crise ont été estimé 17,7 milliards de FCFA avec le rapatriement du personnel travaillant dans le Nord et le pillage des établissements par les rebelles. Cependant, la reprise économique devrait être au rendez-vous en 2013 avec un taux de croissance de 4,8 pour-cent due notamment à une bonne pluviométrie et à un retour des bailleurs de fonds.

Inflation

Concernant l’inflation, les prix à la consommation ont connu une hausse en 2012 en atteignant 5,4 pour-cent contre 2,8 pour-cent en 2011. En ce début d’année 2013 il connaît un léger recul à 3,1 pour-cent, ce qui représente encore un niveau élevé. Toutefois  cette hausse de l’inflation n’est pas uniquement liée  à la crise politique et sécuritaire : il subit les effets de la conjoncture internationale. Il devrait passer sous la barre des 3 pour-cent en fin 2012. Cependant, une perspective de révisions du prix de l’électricité se dessine car il est ressorti des discussions entre le gouvernement et le FMI que ce prix est largement sous-évalué car resté à son niveau de 2003 alors que les prix du pétrole  ont triplé au niveau mondial.

Reprise de l'appui budgétaire

Graphique ressources publiques au Mali en 2013
Ressources publiques au Mali en 2012-2013

La crise, au milieu de l’année 2012,  a entraîné une baisse drastique des ressources budgétaires, occasionnée par la suspension de l’aide budgétaire. Le graphique ci-contre montre la chute de l’aide budgétaire qui devient proche de zéro en 2012. Cependant, les ressources totales du budget ont pu être
compensées grâce à une gestion efficace des finances publiques par les autorités maliennes, notamment à travers une révision à la hausse de l’impôt sur le bénéfice des sociétés minières ainsi qu’un relèvement de la taxe sur les produits pétroliers.  

Pour l’année 2013, il est attendu des perspectives d’augmentation de l’aide publique de 187 milliards de FCFA au minimum. Il s’agit d’un retour de l’aide budgétaire (€ 120 millions de l'UE, un décaissement de US$ 60 millions de la BAD, un déboursement de US$ 18,7 millions du FMI, ainsi que € 20 millions des Pays-Bas dans le cadre du Fonds de Stabilisation.

A cela s’ajoute 33 milliards provenant du secteur de la téléphonie et une augmentation des dividendes des sociétés minières (de l’or notamment). Le 15 mai, la conférence de Bruxelles a débouché sur des annonces financières importantes à hauteur de € 3,25 et certains bilatéraux comme la Suède ont déjà annoncé la reprise de leur appui budgétaire en 2013.

Cette reprise de l’aide est d’une importance capitale car différents scénarios ont montré que l’impact de l’aide publique au développement sur l’économie malienne est important. En effet, la croissance réelle du PIB serait de 1,6 pour-cent et 4,7 pour-cent respectivement pour une reprise à 50 pour-cent et à 100 pour-cent de l’aide publique au développement contrairement à une récession de -1,5 pour-cent (taux de croissance sans APD).

En ce qui concerne les prévisions de dépenses, il est prévu 240 milliards de FCFA au titre du retour de l’Administration dans le Nord, du soutien de l’effort de guerre, de l’appui au secteur privé et aux secteurs de l’éducation et de la santé. Cela mènera ainsi à un déficit prévisionnel dans la Loi des Finances rectificative de 54 milliards, que les autorités se proposent de résorber (partiellement) par un gel de 30 milliards de crédit. Cependant, elles prendront soin d’en informer à temps le Parlement pour éviter de commencer avec un gros déficit.

Réformes des finances publiques

Enfin, deux réformes majeures sont attendues pour 2013. Il s’agit de l’Audit des arriérés et de l’Audit de 460 entreprises (sur 1000) qui font de fausses déclarations. Notons que les fausses déclarations de chiffres d’affaires induisent un manque à gagner d’environ 15 milliards de FCFA au Gouvernement. Il a été conclu, avec le FMI, que les finances publiques ont relativement été bien gérées en 2012: les autorités ont atteint quasiment tous les indicateurs et il n’y a quasiment pas de point en suspens.

En dépit du contexte difficile de 2012, les perspectives macroéconomiques du Mali s’annoncent favorables pour l’année 2013. La croissance réelle du PIB devrait se situer à 4,8 pour-cent  en 2013 grâce à (i) l’augmentation de la production aurifère, (ii) un regain du volume d’activités dans les autres secteurs en raison d’un retour à la normale dans le pays et (iii) à la reprise progressive des projets financés par les Partenaire techniques et financiers (PTF) du Mali.