Discours de Mme Samoura à l'ouverture de l'atelier de formation pour l'intégration de l'anti-corruption dans l'UNDAF à l'Hotel Colbert Antananarivo

22 janv. 2014

Le hasard du calendrier fait que cet atelier se tient au mois de janvier, et m'offre donc l'occasion de vous adresser mes voeux de bonne et heureuse année. Je souhaite que 2014 soit pour vous tous ici présents, ainsi qu'a tous ceux qui vous sont chers, mais aussi a toute la population malagasy une année de paix, de prospérité et de concorde sociale afin que le pays avec l'aide de ses partenaires puissent mobiliser toutes les composantes de sa population et toutes ses ressources internes pour retrouver le chemin d’un développement inclusif dans un climat apaisé.

Je suis heureuse que vous ayez pu accepter notre invitation et que vous soyez venus parfois de loin pour participer à cette importante formation sur l’intégration de la lutte contre la corruption dans le Plan Cadre des Nations Unies pour l’Assistance au Développement appelé communément UNDAF.

Cette session de deux jours est une initiative novatrice qui a pour objectif de renforcer nos capacités collectives à prendre en compte la lutte contre la corruption dans nos programmes de coopération et nos programmes de développement. J’expliciterai pourquoi une telle approche est devenue un élément stratégique, absolument essentiel pour la réussite de nos interventions et nos investissements pour l’amélioration des conditions de vie de la population de Madagascar et l’avènement d’un pays plus prospère capable d’assurer un futur décent à l’ensemble de sa population et, notamment les jeunes.

Aujourd’hui, le Gouvernement finalise une Stratégie Nationale intérimaire de relance du développement, basé sur un bilan diagnostic des défis et opportunités de développement, une vision partagée et des priorités d’actions dans le cadre d’un partenariat avec les acteurs du développement. Un tel instrument facilitera les tâches des nouvelles autorités qui devront se doter rapidement de plan national de réhabilitation et de développement. Il en est de même pour le système des Nations Unies qui formule cette année son nouvel UNDAF pour le cycle 2015-2019 pour accompagner les efforts nationaux de reconstruction et de développement. Les défis à relever sont énormes comme le montrent différents rapports et enquêtes.

Nous notons que les faibles performances observées sur le plan socioéconomique depuis l'avènement de la crise ont continué. La croissance économique, tirée essentiellement par le secteur minier, est restée faible à moins de 1 % en moyenne sur la période 2009-2013. Sa répartition inégale n’a pas permis d’améliorer les conditions de vie des populations. Madagascar figure parmi les pays dont le taux de pauvreté est structurellement élevé et supérieur à 70 %. 

Le rapport sur l’environnement des affaires 2014 classe Madagascar à la 148ème place sur 189 pays, soit une perte de 4 places par rapport au classement 2013. 

Les indicateurs sociaux ont connu le même sort que les années précédentes en dépit de l'accroissement de l’aide dans les secteurs sociaux. De 0,543 en 2007, l’Indice de Développement Humain est descendu à 0,483 en 2013, plaçant Madagascar au 151è rang sur 187 pays classés.

L’enquête nationale de suivi réalisée en 2013, a confirmé que Madagascar n’atteindra aucun des OMD en 2015. Le marché du travail indique un taux de chômage particulièrement élevé chez les jeunes. Sur le plan environnemental, les services techniques et les ONG appelés à soutenir les initiatives locales de conservation et de gestion de l'environnement ont manqué de moyens pour faire face aux défis croissants liés à la pauvreté qui tend à favoriser la pression sur l’environnement.. 

Selon les différents bilans diagnostic du développement (CCA, SNRD etc), l’une des causes structurelles de cette faible performance du développement à Madagascar est la corruption. Selon Transparency International, rien que pour ces deux dernières années, l’Indice de la perception de la corruption à Madagascar est passé de 99è rang sur 180 pays classés en 2009 à 127è sur 177 pays en 2013. 

Mesdames et messieurs,

Une des définitions bien connue de la corruption selon le dictionnaire est «  l’utilisation ou le détournement d'un processus ou d'une interaction avec une ou plusieurs personnes dans le dessein, pour le corrupteur, d'obtenir des avantages ou des prérogatives particulières ou, pour le corrompu, d'obtenir une rétribution en échange de sa bienveillance. Elle conduit en général à l'enrichissement personnel du corrompu ou à l'enrichissement de l'organisation corruptrice (groupe, organisation, entreprise, club, etc.). C'est une pratique qui peut être tenue pour illicite selon le domaine considéré (commerce, affaires, politique...).Elle peut concerner toute personne bénéficiant d'un pouvoir de décision, que ce soit une personnalité politique, un fonctionnaire, un cadre d'une entreprise privée, un médecin, un arbitre….ou l'organisation à laquelle ils appartiennent ».

Ainsi définie, la corruption est reconnue au niveau des instances internationales comme un véritable frein au développement

Aussi, le 17 septembre 2007, lors du lancement de l'Initiative de recouvrement des avoirs volés par des dirigeants corrompus, (Stolen Asset Recovery Initiative ou Initiative StAR) organisé par l'ONUDC et la Banque Mondiale. Le Secrétaire général des Nations Unies, M. Ban Ki Moon, a fait remarquer dans son discours que :«La corruption mine la démocratie et la primauté du droit. Elle conduit à des violations des droits humains. Elle érode la confiance du public dans le gouvernement. Elle peut même tuer, par exemple, lorsque des fonctionnaires corrompus permettent la falsification des médicaments, ou quand ils acceptent des pots de vin qui permettent la réalisation d’actes terroristes. [...] Elle a des effets néfastes sur la prestation des services sociaux de base. Elle a un impact particulièrement néfaste sur les pauvres. Et il est un obstacle majeur à la réalisation de nos objectifs de développement du Millénaire. »

En effet, la corruption affecte la politique, car elle diminue l’efficacité de l’action gouvernementale, peut délégitimer les dirigeants et faire perdre confiance dans les institutions publiques. La corruption a des effets négatives au niveau économique : elle décourage les investissements, augmente le coût du business, fausse la compétition entre les entreprises, diminue la qualité des produits pour les consommateurs. Elle a, enfin, des mauvais effets sociaux : dès qu’il y a la corruption, les citoyens ne sont plus égaux devant la loi, les services sociaux sont de mauvaise qualité et l’environnement se dégrade. Par ailleurs, la corruption frappe de façon plus forte les citoyens les plus pauvres, car ils ne peuvent pas de payer des pots- de- vin et donc n’ont plus accès aux services publics de base. 

La corruption nous concerne donc tous et affecte tous nos secteurs d’appui au développement. Pensez à une école qui reste sans matériel scolaire parce qu’un fonctionnaire a mis dans sa poche les fonds destinés à l’achat de ces matériels ; pensez à une route qui, quelques mois après sa construction est pleine de nid-de-poule car ce n’est pas le meilleur constructeur qui a gagné le marché mais le plus grand corrupteur ; pensez à un agent de douane qui bloque un containeur jusqu’à ce qu'il recoive une enveloppe sous la table. Oui, la corruption peut aussi tuer. Par exemple si un fonctionnaire du ministère de la santé détourne les fonds destinés à un hôpital, ou si un médecin donne aux patients des médicaments contrefait. En passant, et comme vous le verrez dans la formation, la corruption n’est pas seulement celle monétaire mais elle a plusieurs formes, parfois très subtiles et cachées mais non moins dangereuses, comme le conflit d’intérêt, le népotisme et le favoritisme. La corruption ne concerne pas seulement les institutions étatiques ou les entreprises privées. La corruption peut être partout, dans la société civile, dans les écoles, dans les structures locales. Et aussi dans les Agences de Développement. 

Mesdames et Messieurs

Madagascar a ratifié la Convention des Nations Unies contre la Corruption en septembre 2004. Le Conseil Supérieur de Lutte contre la Corruption a été mis en place depuis fin septembre 2002. Il est suppléé aujourd’hui par le Comité pour la sauvegarde de l’Intégrité. La stratégie nationale, la loi et le bureau anticorruption existent depuis 2004. La Chaîne pénale et la brigade anti blanchissement d’argent sont opérationnelles. Ce qui confirme l’engagement de Madagascar dans la lutte anticorruption.

Toutefois, malgré la confirmation de cette volonté, et malgré un îlot de résistance, force est de constater, notamment du fait de la crise socioéconomique et politique, que la corruption reste une entrave majeure aux efforts de développement du pays. 

L’ UNCT à Madagascar a décidé d’organiser cette formation afin de mieux intégrer les principes de la lutte contre la corruption dans la programmation du prochain UNDAF, et rendre plus efficaces les efforts des gouvernements, des Nations Unies et des autres partenaires pour la réduction de la pauvreté et le développement.

Avant de terminer mon allocution, je voudrais très sincèrement réitérer mes remerciements, tous ceux qui ont participé à l’organisation cet important atelier et tous ceux qui vont intervenir d’une manière ou d’une autre. Je voudrais également saluer les réflexions profondes qui seront fournies tout au long de la session.. 

Agissons pour que les actions déjà menées par Madagascar dans la lutte contre la corruption puissent se renforcer et être plus efficaces pour que les investissements futurs aient un impact positif significatif rapide dans la vie et la survie de la population Malgache.

Mesdames et Messieurs, 

Je vous remercie de votre aimable attention,