Bâtir une maison à partir de la broderie !

09 janv. 2013

image LINDA ET SON FILS DEVANT LEUR MAISON

C’est d’un pas déterminé que Linda, 29 ans, mère d’un enfant, nous conduit chez elle. Elle a hâte de nous montrer la maison dans laquelle elle a emménagé depuis une semaine. Une fois arrivée, Linda s’arrête quelques minutes pour contempler son bijou. « Je ne peux pas y croire » déclare-t-elle, la voix encore pleine d’émotion. « Aujourd’hui, j’ai un toit grâce à la broderie ».

Auparavant, la petite famille vivait dans le centre social où le mari de Linda travaille comme infirmier, à Antanamitarana, un village situé à 22 km de Nosy Be (Nord-Est du pays). Elle n'avait pas de travail. De ce fait, elle était inquiète de ne pas avoir un toit à eux car si le contrat de son mari venait à prendre fin, ils se seraient retrouvés à la rue. Or, elle se rappelait que son père n’arrêtait de lui répéter qu’un homme sans toit « n’a pas de valeur ».

Fin 2011, Linda et 27 autres femmes ont bénéficié d’une formation en broderie, initiée dans le cadre de la composante AGR (Activités Génératrices de Revenus) d’un programme de conservation de la biodiversité et de contribution au développement économique des communautés vivant autour d’aires protégées,  financé par le Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM) et le PNUD.

 « Je brode depuis longtemps mais avant, je n’arrivais pas à vendre les nappes que je confectionnais » explique Linda. « Pendant la formation, j’ai confectionné un couvre lit pour moi-même mais une voisine l’a remarqué et me l’a acheté à 40.000 MGA [environ 20 USD] sans marchander ».

Après cette première vente, elle a confectionné de nouvelles nappes, avec des motifs et couleurs inspirés de la nature, comme elle l’a appris lors de la formation. Ses produits s’étant démarqués de la concurrence, la demande n’a pas tardé à arriver et Linda a alors pu les vendre 50 % plus cher.

 « Quand j’ai réalisé que je gagnais beaucoup d’argent, j’ai proposé à mon mari d’investir dans l’achat de matériaux de construction pour une maison ». Ce qu’elle a fait au fur et à mesure de ses ventes.

« J’étais très motivée pour commencer la construction mais lorsque les travaux ont débuté, j’ai perdu espoir devant l’ampleur de la tâche, surtout en termes financiers » explique-t-elle avec une voix teintée d’amertume.

 Si Linda est parvenu à sa fin, c’est aussi grâce au module de gestion simplifiée qu’elle a suivi pendant la formation,  et du soutien moral reçu de son époux. « Mon mari m’a conseillé de doubler les efforts. Il cherchait pour moi des clients et je parvenais à vendre 3 nappes par semaine, ce qui me rapportait quatre fois plus que ce que mon mari gagne en un mois» dit-elle avec fierté.

 Après 7 mois, leur maison, dont seulement la main d’œuvre a coûté  plus de 1.600.000 MGA (environ 800 USD), était terminée. « Ma vie a profondément changé et mon rêve est devenue une réalité » avoue Linda après un soupir de soulagement.