La culture du ricin, un moyen de lutte contre la pauvreté dans le Sud de Madagascar


Soamanana, cultivatrice de ricin

La population de la région Androy, dans le Sud de Madagascar, essaie de lutter contre la pauvreté par la relance de la production des graines de ricin.

A retenir

  • 95% de la population d’Androy se situe en dessous du seuil national de pauvreté et environ 85% se trouve même dans une extrême pauvreté.
  • 500 producteurs des graines de ricin ont été formés et suivis pour accroître leur rendement. 20 parmi eux, ont été formés et équipés pour devenir des paysans-semenciers professionnels
  • Ce projet fait la promotion de la pratique du marché inclusif en partenariat avec l’entreprise Philéol qui assure l’achat et la transformation des graines de ricin.
  • Un an après, le revenu des producteurs a augmenté en moyenne de 30%, en grande partie parce que leur perte post récolte à diminuer de plus de 30%.

Simary, cultivateur depuis plus de 30 ans  et habitant de la commune de Marovato, située dans le Sud de Madagascar, a hâte de récolter ses graines de ricin car il s’attend à une bonne saison, ce qui lui permettra d’améliorer sa vie quotidienne dans les mois qui viennent.

Pourtant, le Sud de Madagascar, spécialement la région Androy, est une zone où les conditions de vie sont particulièrement difficiles. Dans l’Androy, la population vit dans des conditions précaires, près de 95% de celle-ci se situe en dessous du seuil national de pauvreté et environ 85% se trouve même dans une extrême pauvreté. Cette région est soumise à de rudes conditions climatiques, avec une pluviométrie faible (entre 300 et 600 mm/an en moyenne) et aléatoire ainsi que des vents violents et asséchants. L’Androy a toujours été à l’écart des dynamiques de développement et des efforts d’investissement (public et privé), en particulier à cause de son enclavement. L’économie locale repose essentiellement sur l’élevage extensif et l’agriculture vivrière de subsistance. Il en résulte que cette région est sujette à l’insécurité alimentaire chronique. Nombreux sont donc les habitants qui y survivent grâce aux distributions de vivres effectuées fréquemment par les organisations humanitaires. Face à cette dure réalité, de nombreuses personnes ont décidé de se tourner vers la culture des graines de ricin, dont la rusticité leur permet d’être moins tributaires de la pluviométrie.

« Depuis que j’ai repris la culture du ricin, je ne frappe plus de porte à porte pour quémander à manger. La récolte me suffit » a déclaré Kafira, une habitante du village d’Anjeky. Elle ne manque d’ailleurs pas d’ajouter que grâce à la l’amélioration de sa récolte, due aux moyens de production mis à sa disposition, elle a pu avoir un poulailler qui lui permet de répondre à certains de ses besoins alimentaires pendant la période de soudure.

Dans le cadre du Programme de Moyens de Substance Durable et Lutte Contre la Pauvreté (MSDLCP), le PNUD met en œuvre un projet d’amélioration des revenus des producteurs des graines oléagineuses (le ricin) dans la région Androy. Kafira fait partie d’un groupe de 500 personnes bénéficiaires de l’appui de l’ONG EFA (Ezaka ho Fampandrosoana ny eny Ambanivohitra) qui bénéficie d’une subvention de ce projet en faveur de la relance de la production de ricin.

Au cours de cette première phase, 500 producteurs pilotes ont été formés et suivis pour accroître leur rendement. Ils ont également bénéficié d’équipement et d’intrants agricoles. Parmi eux, 20 ont été formés et équipés pour devenir des paysans-semenciers professionnels. Notons que la gestion communautaire des équipements est un grand pas en avant réalisé face au défi de structuration de la filière locale de la culture de ricin.

« Avant, je ne récoltais pas beaucoup de graines de ricin mais grâce aux charrues de notre groupement que j’utilise, j’ai pu cultiver plus de plantes de ricin et la récolte sera meilleure. Cela va me permettre d’envoyer un enfant de plus à l’école car depuis la reprise de cette culture, j’ai pu inscrire déjà un de mes enfants à l’école » confie avec beaucoup de fierté Soamanana, mère de 10 enfants et cultivatrice de ricin Ce projet fait la promotion de la pratique du marché inclusif (c’est-à-dire concernant également les plus pauvres) en partenariat avec une grande entreprise ;  Philéol qui assure l’achat et la transformation des graines de ricin. « A travers l’entreprise Philéol, le marché est assuré. Nous lions et intégrons les paysans avec les marchés mondiaux ; c’est un élément essentiel de la lutte contre la pauvreté car le marché local seul ne peut pas suffire», comme l’explique M. Nicolas Kazadi.

Après la première année d’exécution dudit projet, le revenu des producteurs a augmenté en moyenne de 30%, en grande partie parce que leur perte post récolte à diminuer de plus de 30%. Pour la campagne 2011-2012, la surface moyenne par paysan est de à 0,5 ha pour un rendement de 250 Kg à 300 kg/ha. « Nous envisageons, au bout de la 3èmeannée, d’arriver à 5.000 paysans soutenus ; ce qui veut dire 30 à 50.000 personnes derrière eux qui vont bénéficier de ces appuis à travers des revenus améliorés » conclu M. Kazadi. Un optimisme qui traduit le grand espoir que suscite ce projet au sein des populations malgaches de la région d’Androy comme témoigne Simary : « Avant je mélangeais le ricin avec d’autres cultures mais maintenant, j’ai décidé de cultiver seulement le ricin pace que ça rapporte plus »