Discours de la directrice principale du PNUD Haïti à l’occasion de la restitution du projet 16/6 le 17 janvier 2013

17 janv. 2013

C’est pour moi une grande fierté d’être parmi vous. Cette semaine succède au troisième anniversaire du tremblement de terre qui secoué Haïti en 2010. La presse internationale s’est appliquée à mettre en avant toutes les faiblesses, les lacunes, l’inefficience et l’insuffisance du dur labeur que vous tous, que nous tous, fonctionnaires du gouvernement, policiers, agences des nations unies, communauté internationale, organisations de base mais surtout, ce que les haïtiennes et haïtiens ont réalisés pendant ces trois dernières années et comme la majorité l’oublie souvent, pendant les deux cent dernières.

Les problèmes auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés ne sont pas le résultat d’une tragédie ponctuelle arrivée en 2010. Cette tragédie a mis en exergue une autre, bien plus importante : dans un pays qui compte 10 millions d’âmes, près de 8 sont pauvres.

C’est un grand honneur pour le PNUD d’avoir été nommé comme agence leader pour la mise en œuvre du projet que vous connaissez tous : 16/6. Je laisse à mes collègues le soin de rentrer dans les détails. Néanmoins j’aimerais mettre en avant ce qui est à mon sens le premier grand succès, atteint alors que nous définissions les modalités d’exécution. Lors d’une franche conversation avec les fonctionnaires du gouvernement en charge de la prise de décisions, il leur fut demandé si ils souhaitaient que ce projet soit exécuté par les Nations Unies et rende des comptes au gouvernement ou si ils avaient la capacité pour prendre les commandes, piloter l’exécution et recevoir notre appui lorsque cela s’avérerait nécessaire. La réponse vaillante du gouvernement fut d’assumer la responsabilité et de prendre le leadership.

Aujourd’hui, c’est à titre d’exemple que nous invitons tous les différents acteurs à analyser le mécanisme de fonctionnement de ce projet, dans un contexte où le Gouvernement peut ne pas avoir suffisamment de fonctionnaires pour réaliser le détail de chaque tache, ce dont disposent les agences internationales, mais qui ont sans aucun doute les fonctionnaires nécessaires pour penser, comprendre ses priorités et décider.

Quand 16/6 fut formulé, ce ne fut pas pour créer 16 quartiers privilégier. Nous sommes très loin de cette réalité : nous parlons de quartiers précaires, frappés durement par la pauvreté et le manque de services de base. Cependant, nous pouvons voir des résultats qui nous remplissent de fierté. Je ne me perdrais pas dans les citations, mais à Morne Hercule, une mère définit avec sérénité l’avancement de notre tâche : « Je n’ai plus honte de parler de Morne Hercule », dit fièrement Junior Dorléans, connu sous le nom de Jay. « Grâce au projet et à la dynamique des membres de la plate-forme communautaire qui nous représente, nous avions une route réhabilitée qui nous amène des regards de personnes de tous les horizons sociaux qui évitent les fameux bouchons du Haut de Delmas. » ; au même temps Yvette nous confie que, « en période pluvieuse, ma fille était souvent contrainte de rester chez nous ou de se rendre à l’école dans des conditions de propreté qui ne jouaient pas en faveur de son intégration, vu qu’elle fréquente une école congréganiste. Elle est vue autrement aujourd’hui et se fait plus d’amis, qui viennent même la voir ».

Comme je le disais, 16/6 ne fut pas créé pour aboutir seulement à un succès isolé, mais pour se convertir en un modèle. Notre espoir repose sur la volonté que le gouvernement dispose d’une structure, aujourd’hui sous la forme de l’UCLBP, qui puisse définir -basée sur une carte de pauvreté urbaine ou de critères justifiés- quels seraient les prochains quartiers à aborder, en se basant sur cette méthodologie déjà étrennée. La communauté internationale apporterait son appui et le gouvernement trouverait ses propres ressources pour obtenir un panel de fonds qui seraient destinés aux quartiers définis. A mesure que les ressources et les capacités augmenteraient, de plus en plus de quartiers verraient leur réalité changer, avançant dans une logique d’inclusion économique et sociale.
C’est l’idéal avec lequel a été créé le projet 16/6 et avec lequel nous le présentons aujourd’hui auprès de vous ; auprès de nous-même.