Une Haïti verte et non violente dans la tête de l’acteur Lambert Wilson

01 mai 2013

image Sur les hauteurs de Marre à Coiffe, Lambert Wilson observe un projet de reboisement.

En séjour dans le Sud d’Haïti ces 25 et 26 avril derniers, le comédien français Lambert Wilson a visité deux projets coordonnés par le Programme des Nations pour le développement (PNUD) et ses partenaires. Aux Cayes, il a  débattu des problèmes de violence avec de jeunes comédiens avant de se rendre à Aquin pour échanger sur la problématique de la reforestation avec les cultivatrices. «  Des rencontres bouleversantes » selon ses mots.

Invité par la mission de maintien de la paix de l’ONU en Haïti (MINUSTAH), Lambert Wilson est loin de son image de dandy du cinéma français. Son séjour, il veut le commencer par des thématiques qui lui tiennent à cœur : la lutte contre la violence et la protection de l’environnement, deux domaines d’intervention du PNUD. Dans l’hélicoptère qui le conduit dans le Sud du pays, l’acteur est pensif : « c’est une terre défigurée. La déforestation est flagrante vue du ciel. Il y a vraiment un travail à faire là-dessus ».

La scène comme vecteur de paix

Dès l’atterrissage, l’acteur impose le tempo. Chaussures de sport et jean, il veut rencontrer celles et ceux qui font bouger les choses. Il est rapidement confronté à la réalité des jeunes comédiens issus de quatre quartiers populaires des Cayes. Tous se sont lancés dans le projet des Podiums pour la Paix. Coordonnés par le programme conjoint pour la prévention des conflits et la cohésion sociale (PCCS)  et mis en œuvre par l’Association pour la promotion de la paix par les arts (APPARTS), ces podiums offrent des espaces d’expression pour les jeunes qui veulent sensibiliser leur communauté aux problèmes de violence. « La violence est multiple en Haïti, elle est physique, alimentaire, psychologique,… La scène est un moyen original de toucher la communauté  » déclare Eastwood Latour, jeune Haïtien d’à peine 18 ans impliqué dans le projet depuis deux mois. Devant le spectacle des jeunes acteurs et chanteurs, Lambert Wilson est attentif. « Ils ont écrit leurs textes eux-mêmes et peu d’entre eux ont suivi une formation théâtrale. Il y a pourtant de vrais acteurs qui sortent du lot. J’ai plein de questions à leur poser » sourit le comédien français. Assis autour de la célébrité, les acteurs en herbe commencent à expliquer leur expérience. « L’échange a été très riche et j’en ressors impressionné. Le théâtre est le reflet de notre société, le miroir de l’humanité et ces jeunes l’ont très bien compris » se réjouit-il. L’échange touche à sa fin tandis que le repas est préparé par les gagnantes du championnat des jeunes femmes entrepreneures organisé en 2012 par le PCCS. « Ce volet qui vise à promouvoir les micro entreprises fait partie d’un programme plus large de prévention des conflits et de cohésion sociale initié depuis trois ans et dans lequel s’intègrent aussi les Podiums pour la paix. Ces femmes sont depuis rassemblées en association et Monsieur Wilson est leur premier invité ! Ces projets sont financés par le Gouvernement espagnol au travers du fonds pour les objectifs du millénaire au développement.» explique Maureen Mayne,  coordonnatrice du programme inter-agence. 

Rendre leurs visages aux forêts

Militant écologiste de longue date, Lambert Wilson entame son deuxième jour de terrain sur les hauteurs de Marre à Coiffe, vers Aquin. Depuis fin 2010, le PNUD et la Municipalité y soutiennent les cultivateurs dans leur travail de reboisement. Plus de 50 hectares de terres y ont été reboisés. « J’apprends ici que la couverture forestière d’Haïti n'atteint pas les 2 % du territoire. En France aussi nous avons de grosses difficultés dues aux politiques non écologiques. En Bourgogne où j'ai une maison, les rivières sortent de leurs lits car leurs rives ont été déboisées. Avec tous les problèmes qui en découlent. L'écologie est une priorité et doit le rester ici comme ailleurs », déclare l'acteur rendu célèbre pour son interprétation de l'Abbé Pierre en 1989. 

La matinée se conclut à Tete Letang, par la visite d'une pépinière impliquant une association locale de femmes. « Ici, grâce au soutien financier de la Norvège, le Ministère de l’environnement, le PNUD et les femmes de la commune travaillent de concert pour renforcer les activités de reforestation et la relance de l'apiculture. Plus de 5 millions de plantules doivent être plantées dans un avenir proche. Tout ce travail renforce l'économie locale et doit générer jusqu'à 3000 emplois», explique Georges Ernest, ingénieur et directeur départemental du projet dans le Sud. Ces projets de reboisement s'intègrent dans un programme plus global visant à diminuer les risques socioéconomiques et environnementaux qui sont liés aux aléas naturels et auxquels sont sujettes les populations et les infrastructures dans les bassins versants du département du Sud.

Il est l'heure pour le comédien de poursuivre son aventure haïtienne mais déjà celui-ci nous confie : « Je m’attendais à pire en atterrissant ici. Oui le tremblement de terre a laissé des traces, mais le plus marquant est surtout la vie. Les Haïtiens s’activent pour reconstruire le pays, c’est visible partout et c’est impressionnant ». Une vision bien différente de celle habituellement relayée dans les médias...