Hispaniola de plus en plus verte des deux côtés de la frontière

13 avr. 2012

image Centre de germoplasme et de production d’espèces fruitières et forestières de Dosmond.


Haïti - Cap-Haïtien, le 13 avril 2012 -
« Tous ensemble nous pouvons récupérer la couverture végétale, tous ensemble nous pouvons réduire la pauvreté et les risques au niveau de la frontière » a affirmé Victor Manuel Garcia Santana, le vice-ministre des sols et des eaux du ministère de l'environnement de la République dominicaine. L’enthousiasme et la détermination des représentants des gouvernements haïtiens et dominicains étaient palpables à la première réunion du comité de pilotage de la phase 1 du projet binational de « Revégétalisation et de gestion des ressources naturelles transfrontières », le projet Frontière verte.

Tenue au Cap-Haïtien, la rencontre binationale a regroupé autour d’une même table l’ensemble des experts environnementaux et équipes techniques des deux pays ainsi que les trois agences de mise en œuvre, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et le Programme Alimentaire Mondiale (PAM). La réunion a mis en exergue les résultats atteints à ce jour : avec plus de 300 hectares reboisés, 450 emplois créés, 3 pépinières communautaires en pleine production, 600 familles et 12 communautés rurales bénéficiaires, le projet avance sur les bons rails.

Lancé en mai 2011, Frontière verte a pour objectif d’améliorer les conditions de vie des populations haïtiennes et dominicaines vivant le long de la frontière à travers une action environnementale qui vise à réconcilier les communautés avec leur milieu et à réduire leur vulnérabilité au changement climatique.

Les communautés vivant dans la zone frontalière entre Haïti et la République dominicaine connaissent un niveau élevé de précarité et de vulnérabilité. Pour leur survie, celles-ci puisent dans les ressources naturelles. Comment les en dissuader ? « L’idée est de parvenir à un développement social équitable au niveau de la frontière. Nous devons travailler pour vivre en dignité, contribuer à la paix et lutter contre les problèmes migratoires et conflits transfrontaliers, explique le ministre de l’environnement haïtien, Joseph Ronald Toussaint. « Les activités de reforestation agissent dans ce contexte comme une forme de rémunération pour des services écosystémiques, une forme de justice sociale qui permet aux ruraux de bénéficier  d’emplois verts  et d’œuvrer pour le bien-être de leur communauté et pour une meilleure gestion des ressources naturelles de leur pays ».

Les quatre composantes du projet s’articulent autour de la reforestation, le renforcement des capacités locales (campagne de sensibilisation dans les écoles, formation des différents partenaires, création d’outils de suivi et de contrôle de la déforestation, etc.) la démonstration d’alternatives durables et la consolidation de la coopération binationale. Le directeur national insiste sur la notion de partage d’expériences sur des alternatives durables et vertes  au niveau binational mais également et surtout au niveau local et communautaire. L’exemple du sous-projet de transformations des micro-entreprises familiales de cassaveries montrent que l’action porte sur des activités qui existent déjà et sur les moyens d’améliorer leur performance, les revenus des familles tout en réduisant les méfaits sur l’environnement.*

Vers une économie verte en Haiti?
La rencontre binationale a été l’opportunité de formuler des recommandations sur les prochaines étapes du projet. Le ministre haïtien a notamment exprimé des ambitions envers un passage à l’économie verte : « Avec la République dominicaine, nous pensons à une initiative porteuse qui est d’appliquer le concept d’économie verte dans les activités de la phase 2 du projet. Il existe de nombreux exemples tels que les microcentrales de production d’énergie ou la valorisation de la gestion des déchets (NDLR : comme par exemple le concept du compostage, c’est-à-dire le recyclage des déchets pour les transformer en engrais). Il faut être innovateur et bousculer les sentiers battus ». Une autre suggestion a été celle de mettre en place des douanes « vertes » qui contrôleraient le passage à la frontière de substances sensibles et nuisibles à l’environnement.

Les échanges ont également porté sur les leçons apprises au terme de la première phase du projet Parmi les leçons apprises, le comité a souligné l’importance du rôle des brigades forestières et mis en avant les bénéfices qui en découlent tels que la création d’emploi et le renforcement de l’implication et de la responsabilisation des communautés locales dans le projet. « Il ne suffit pas de planter, il faut surtout assurer le suivi » rappelle Claude Phanord.

Au terme des 11 derniers mois, le projet Frontière verte a avancé et posé les premières pierres vers la restauration des écosystèmes frontaliers mais il reste encore du chemin à faire. « Il faut reboiser encore plus d’espaces, renforcer davantage les capacités des autorités locales pour une meilleure gestion et protection de leur environnement et mieux comprendre les dynamiques transfrontalières liées à la gestion des ressources naturelles, explique Antonio Perera, représentant du système des Nations Unies à la rencontre. « La phase 1 a fait de belles promesses qu’il y a lieu d’approfondir. Le système des Nations Unies à travers les agences du PNUD, du PAM et du PNUE s’engage à accompagner les gouvernements haïtien et dominicain vers la recherche de solutions aux différents problèmes environnementaux auxquels fait face la zone frontalière ».

A l’issue de la réunion, la délégation s’est rendue sur deux sites où le projet Frontière verte intervient. Le premier est le centre de germoplasme et de production d’espèces fruitières et forestières (arbres à pins, cèdres, pinus, citrus, noix d’acajou, etc.) dans la commune de Dosmond où plus de 400 000 plantules et une dizaine d’espèces ont été produits. Ce centre a été mis en place par le projet tri-national du Corridor biologique de la Caraïbe (CBC). Le deuxième arrêt s’est fait sur un site de reforestation longeant la frontière dans la commune de Capotille. Depuis le début du projet, près de 100 00 plantules y ont été mis en terre sur une centaine d’hectares des deux côtés de la frontière.

Le projet Frontière verte est principalement financé par le gouvernement norvégien. La première phase qui s’achève au mois de mai 2012 a été financée à hauteur de 2,5 millions de dollars américains.

Ce projet n’a pas de durée de vie limitée. Frontière verte, c’est un cadre, un concept pilote qu’on aimerait institutionnaliser au niveau national et binational », explique le ministre de l’environnement haïtien à la conférence de presse. « C’est une porte d’entrée aux initiatives qui visent à réduire la pauvreté à long terme. En ce moment, il existe nombre d’initiatives binationales et régionales telles que Frontière verte, Libon Vert et le projet ARTIBONITO qui font qu’une dynamique de partenariats régionaux est en train de se mettre en place. Haïti est fière de compter la République dominicaine, Cuba et la Norvège comme ses partenaires dans ses efforts de développement ». Site de reforestation dans la commune de Capotille où plus de 100 000 plantules ont été mises en terre sur une centaine d’hectares des deux côtés de la frontière. Centre de germoplasme et de production d’espèces fruitières et forestières de Dosmond où plus de 400 000 plantules et une dizaine d’espèces ont été produits. Centre de germoplasme et de production d’espèces fruitières et forestières de Dosmond où plus de 400 000 plantules et une dizaine d’espèces ont été produits. Le ministre de l’environnement haïtien, l’agronome Ronald Toussait s’adresse aux médias durant sa visite au centre de germoplasme et de production d’espèces fruitières et forestières dans la commune de Dosmond. Centre de germoplasme et de production d’espèces fruitières et forestières de Dosmond où plus de 400 000 plantules et une dizaine d’espèces ont été produits. Plus de 400 000 plantules et une dizaine d’espèces ont été produits par le centre de germoplasme et de production d’espèces fruitières et forestières de Dosmond. Espace réservé aux essais de germination au centre de germoplasme et de production d’espèces fruitières et forestières de Dosmond.