La production bananière pour lutter contre l’insécurité alimentaire et la paupérisation de la population dans le Nord-est


Mère de 12 enfants entre 15 et 41 ans, Marie Jean subvient à ses besoins grâce un projet de plantation de bananes dans la localité frontalière de Meillac.


« Avant ce projet, je travaillais comme marchande ambulante de l’autre côté de la frontière. Je devais me rendre tous les jours en République dominicaine et je marchais pendant de longues heures pour pouvoir ramener de l’argent pour nourrir et éduquer mes enfants » explique Marie Jean, une des résidentes de Meillac, une localité à la frontière avec la République dominicaine.

A retenir

  • Plus de 300 personnes bénéficient du projet de plantation de bananes à Meillac, soit 25% de la population locale
  • 30 hectares de production bananière
  • Un régime de bananes coute environ 1500 gourdes (25 dollars US) en Haïti. Un régime compte une quinzaine de mains (grappes) et chaque main compte entre 3 et 20 bananes.
  • Le projet a commencé il y a deux ans et entre dans le cadre du programme de micro-financement du PNUD financé par le Fonds pour l’environnement mondial à hauteur de 38 000 dollars américains

 

A 60 ans et avec 6 enfants directement à sa charge, Marie Jean est depuis 23 ans chef de famille et doit lutter tous les jours pour subvenir à ses besoins et à ceux de ses six enfants mineurs. Elle est l’unique femme membre de l’organisation des Planteurs de Meillac et c’est un vrai moteur au sein de cette association.

 

« On doit attendre 9 à 12 mois après la plantation avant de couper les régimes de bananes et les vendre sur le marché. Ainsi, je peux avoir d’autres activités et m’occuper de ma famille, explique Marie Jean. « Il existe également d’autres opportunités de productions vivrières que l’on cultive aux pieds des bananiers telle que le pois, le manioc et le kalalou (okra) et que l’on récolte à deux ou trois reprises tout au cours de la croissance des bananiers. Les revenus des ventes sont distribués entre les membres de l’organisation de manière égale. Une soixantaine de familles bénéficie du projet de plantation de bananes, ce qui représente près de 300 personnes ».


Située dans la commune de Ferrier à 5 kilomètres de Fort-Liberté, la localité de Meillac compte près de 1 200 habitants. Elle dépend principalement de la vente de charbon de bois, de la pêche et de l’élevage bovin (bœufs, cabris et moutons). La localité est arrosée par deux rivières, Lamatrie et Massacre. C’est une zone semi-aride qui connait un faible taux de précipitations annuel. 

 

« Nous enregistrons une moyenne de 500 millimètres de pluie par an, ce qui affecte les principales sources de revenu de la région qui dépendent fortement de l’eau. Ainsi, pour valoriser l’eau et optimiser son usage nous investissons dans les cultures à haute valeur marchande telle que la banane, explique Renel Bruno, assistant technique du programme de micro-financement du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Ceci permet aux communautés d’élever leurs niveaux de vie et par conséquent de diminuer l’exploitation des ressources naturelles et la dégradation de l’environnement à travers la production de charbon de bois.

 

Et pourquoi planter des bananes ? « La banane, c’est ce qui pousse le mieux ici ainsi que la bayahonde, un arbre qui pousse à l’état sauvage que l’on trouve en abondance dans cette région. Au début du projet, nous avons défrichés 10 hectares de terres qui étaient peuplées de bayahondes. On est en train d’augmenter la superficie de ce projet pour passer de 10 hectares à 30 hectares de production bananière », explique Renel Bruno.

 

Le projet de plantation de bananes à Meillac a commencé il y a deux ans et entre dans le cadre du programme de micro-financement (PMF) du PNUD financé par le Fonds pour l’environnement mondial (FEM) à hauteur de 38 000 dollars américains.

 

Le programme de micro-financement du PNUD finance 18 projets localisés dans le Nord-est d’Haïti dont l’objectif est de protéger et réhabiliter l’environnement à travers le financement de micro-projets dans les cinq domaines thématiques suivants : changements climatiques, biodiversité, dégradation des terres, polluants organiques persistants et eaux internationales.

 

« L’idée du programme de micro-financement est de créer des partenariats et des relations durables avec les organisations communautaires. Il ne s’agit pas uniquement de mettre en place des projets. Au-delà de la durée du financement qui est de 2 ans, nous gardons un contact régulier avec les membres de la communauté et nous créons des synergies entre les différents partenaires et des opportunités de partage d’expériences et d’expertises » explique Renel Bruno.

 

« Maintenant nos récoltes sont plus importantes. Les acheteurs de Fort-Liberté et du département en général, viennent eux-mêmes s'approvisionner sur place. Ce projet a permis d’améliorer la commercialisation de nos produits et ainsi d’améliorer la situation des planteurs. Nous sommes dans une zone difficile d’accès et les moyens de communication et de transport sont basiques. Ce projet nous permet de nous familiariser avec les nouvelles méthodes de culture et d’avoir un contact professionnel avec l’extérieur », affirme Marie Jean.