Le Palais de Justice de Jacmel refait peau neuve


Plus de cent ans d'histoire empreignent les murs du Palais de Justice de Jacmel, une bâtisse de deux étages érigée en 1908, qui s'étend sur une surface de 160 m² en plein quartier historique. Ce Palais a survécu un siècle et a notamment survécu aux secousses du séisme du 12 janvier 2010. Malgré sa résistance, il a subi de graves dommages qui empêchent son usage par le personnel judiciaire et administratif.

 

« Avant le séisme, la salle d'audience située au 1er étage pouvait contenir jusqu'à 300 personnes lors des assises criminelles ou à l'occasion de prestation de serment. Après le tremblement de terre, nous avons été obligés de trouver une alternative le plus vite possible. C'est ainsi que depuis février 2010, les audiences se déroulent sous une tente remise par le Comité International de la Croix-Rouge, installé e dans la Cour du Manoir Alexandra, et nous utilisons le bâtiment annexe du Palais comme bureaux. Notre priorité était de relancer la machine judiciaire », explique Me Adeline Dougé François, doyenne du tribunal de première instance de Jacmel.

 

Les avocats, les greffiers et les commis greffiers travaillent ainsi depuis près de deux ans dans des conditions difficiles. « Ce ne sont pas des conditions idéales, on est plus de 50 personnes tassées dans l'annexe mais on n'a pas d'autres choix », affirme Me Luc Francois, avocat au barreau de Jacmel. « Les dossiers, les suivis des procès ne pouvaient pas rester en suspens. Des vies en dépendent. Les gens attendent et nous leur devons de rendre justice. »

 

La réhabilitation du Palais est essentielle pour la conservation du patrimoine mais aussi et surtout pour rétablir les espaces de travail du système judiciaire à Jacmel. Le lancement des travaux a été inauguré la semaine dernière par Me Jean S. Avillon, directeur des affaires judiciaires du Ministère de la Justice, en présence des autorités judiciaires de la ville, des représentants de l'Institut de Sauvegarde du Patrimoine National (ISPAN) et du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Ce dernier finance le projet à hauteur de 350 000 dollars américains.

 

« La justice est le garant des droits des citoyens. Sans justice, il ne peut avoir ni paix, ni sécurité, ni développement. Et lorsque les structures judiciaires sont détruites, elles doivent être réhabilitées de façon rapide et durable », souligne Paolo Delmistro, gestionnaire du projet Etat de Droit du PNUD. « C’est ce que les équipes du Programme des Nations Unies pour le développement ont fait dès le mois de février 2010, en facilitant la remise sur pied des infrastructures du Ministère de la Justice et de la Sécurité Publique ainsi que le renforcement des capacités par la mise en place de formations pour l'ensemble du personnel judiciaire. »

 

Le Ministère de la Justice a confié la mise en œuvre du projet et sa mise aux normes parasismiques à l'ISPAN sur une durée de 4 mois. Apres le séisme, l'ISPAN a mené une campagne d'identification des bâtiments historiques qui doivent être réhabilités sur l'ensemble du territoire. « Le Palais de Justice de Jacmel est un héritage historique qui caractérise l'architecture vieille de plus de cent ans. Notre devoir est de préserver ce bien. Le tremblement de terre a épargné ce bâtiment mais un grand nombre de bâtiments historiques se sont effondrés le 12 janvier 2010. Si ce bâtiment est toujours en vie, c'est grâce à la toiture en dalles qui lui a permis de résister », explique Elsoit Colas, directeur technique de l'ISPAN. « Les travaux que nous allons mener vont permettre à ce bâtiment de retrouver sa stabilité grâc e à  l'utilisation des normes parasismiques. »

 

Le bâtiment a fait l'objet de plusieurs études dont celle menée par l'association pour la protection et la valorisation du patrimoine dans la Grande Caraïbe (APVP Grande Caraïbe). Selon les conclusions de cette étude, l'exemple du Tribunal de Jacmel illustre les compromis à réaliser entre conservation et sécurité. L'idéal de conservation à l'identique est bousculé par le regard réaliste sur les défauts originels mais la maitrise technique permet de ne pas avoir à tout démolir, ce qui reste une nouvelle positive pour le paysage urbain des villes à fort potentiel patrimonial. Le retour d'expérience du séisme du 12 janvier 2010 sur d'autres types de bâtiments de conception traditionnelle en Haïti permettra de finaliser des stratégies de renforcement préventif au cas par cas, pour les constructions exposées à des séismes futurs dans le reste du pays.